‹ Souvenirs intimes sur m. de TalleyrandChapitre 35 sur 48 · M* DE. TALLEYRAND ANALYSE D APRES ^A PHRENOLOGIE · texte numérisé non relu

M* DE. TALLEYRAND ANALYSE D APRES ^A PHRENOLOGIE

En 1838, deux phrénologistes qui avaient assisté à l'embauttiement de M. de Talleyrand publièrent l'appréciation phrénologico-physiologique du célèbre diplomate. Ils avaient admiré la belle conformation extérieure de son crâne dénudé de ses téguments, la régularité de l'ovale qui en formait le plan horizontal, le modelé parfait de la courbe supérieure, le front large et haut ; ils admirèrent plus encore la conformation intérieure , la pulpe cérébrale blanche et d'une bonne consistance, comme celle d'un homme qui n'aurait eu que quarante ans au lieu de quatre-vingts. L'appréciation particulière de chaque organe cérébral, reproduite avec les détails les plus précis , se troilva exactement d'accord avec les facultés bien connues du défunt , les différents degrés d'accentuation étant évalués en prenant 4 comme le degré le plus élevé et 1 comme le plus bas.

« Dans l'estimation dies penchants ou instincts de M. de Talleyrand, Vamativîté, iRphilogéniture, Vacquisivité, la comhativité^ pouvaient être marqués par 3 , comparativement à

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la secrétivité marquée par 3 1/2, à Valimentali té ci VafPeC' tionnivité ou adhésivitô marquées par 2'i/2, à la hiophilie ou amour de la vie et à Xhabitativitô par 2, et à la destruclivitéj seulement par 1 1/2. Dans l'estimation des sentiments, l'organe de la fermeté et celui de la circonspection méritaient 4 ; la gaieté ou esprit de saillie , l'estime de soi et la bienveillance 3 ; Vapprobativité, la conscicnciositc, l'espérance, Vldéalita et l'imitation 2 1/2 ; la nievvcillositô 1 1/2, et la vénération seulement 1. Enfin, les facultés perceptives pouvaient être marquées: V individualité^ la looalité et Véventualitéj par 3 ; la configuration, le langage et le calcul, par ^ 1/2; Va tendue, la. pesanteur {résistance, tactilite), rprdre, par 2 ; le coloris, par 1 1/2 ; le tact, par 1 ; les deux facultés réfléctives, comparaison et causalité, par 3. »

Voici comment la phrénologie résume le parallèle établi entre la vie de M. de Talleyrand et sa prédominance organique : *

«Les organes intellectuels étaient, chez M. de Talleyrand, si bien développés, leur ensemble si harmonieux, que son intelligence était incontestable. U esprit de saillie, n» 3 , étant activé par la combativité, n» 3, l'aurait entraîné dans und causticité perpétuelle , si la secrétivité , n<» 3 1/2 , ou penchant à se cacher, et la circonspection, n»4, n'en avaient suspendu les effets jusqu'à ce que le jugement en Qût bien apprécié la valeur. — La comparaison et causalité, esprit philosophique ou raison, le portaient à formuler ces saillies ou axiomes qui acquéraient une nouvelle force par la justesse des parallèles. Mais tout cet ensemble intellectuel n'eût fait de M. de Talleyrand qu'un homme d'esprit seulement , s'il n*eût été au service d'instincts et de sentiments puissants. M. de Talleyrand servit tous leg gouvernements avec le iliême zèle et les déserta avec la même indifférence, n'en ainiant aucun plus qu'un autre, aucun assez pour le sauver

malgré lui quand il cessait d'avoir raison. Dans la comédie politiqpie, il sut souvent cacher sa pensée tout en la faisant prévaloir, se grimant selon les époques, grâce à ses deux organes prédominants, Tun instinctif, la secrétivitéy n^S 1/2, l'autre plus éclairé, un sentiment, la circonspection, n^*^. Ces deux organes, par leur puissance, comme l'organe de la vénération par son atrophie , n» 1 , et Torgane de la conscience par sa faiblgsse, n» 2 1/2, furent les principaux modiflcateurs de son individualité , Vabsence de la vénération concourant avec l'énergie ou la fermeté, n<»4, à le faire agir sans passion et arriver sûrement, quoique lentement, au but. C'est ainsi que , aussi puissant par la finesse et l'astuce que le conquérant par la force brutale et l'opinié^ treté, le diplomate dominait lés rois de l'Europe.

« Napoléon brisait de sa botte éperonnée les diadèmes tombés ; M. de Talleyrand lançait le sarcasme et la raillerie. S'il n'eut pas de conviction en politique, il ne pouvait en avoir davantage en religion ; car, outre qu'il n'avait pas le penchant à la théosophie , la vénération , il n'avait pas non plus le merveilleux qui, grandissant les choses, pare d'une imaginaire puissance l'interrogation que fait l'esprit à la cause première de toutes choses , à Dieu I Bienveillant quand il n'était pas irrité , il était , on peut dire , tolérant , comme aussi il était affectueux dans la vie intime et pour les gens de sa maison. La. faiblesse de développement du sentiment de patrie , ou l'instinct à habiter un lieu déterminé , l'eût rendu volontiers cosmopolite, si ses inlérêts et sanaissance n'eussent fixé son domicile social dans la France qu'il défendait à l'étranger en homme d'affaires ou en procureur. 11 aimait la famille et les enfants ; aussi portait-il une tendresse particulière à sa petite-nièce, dont la présence lui faisait oublier les souffrances de ses derniers moments. M. de Talleyrand , comme faculté perceptive , ou comme

ttÛ 'IKMJ^WHffiS wvnBst

Iftculté â« riBktioa> ^osfeédftit Vexpy«mion jttsle, le mo^ propre. Il avAit Ici i^tleur exaetè 4^la fait , et teeonnai^saît Tapidenaeatisettx qu'il n'avait vus q«ie ràt^ement ; coup d*œil Afttif , biett ({ue lotivoya^t p<Hi2t* â« pas ffHhit* iia pën^e , et ftii lui lioiHiAtt te tedips de <^h<di6ir IM termes de %ofi atcaeil. Bbmm ies trte^ il éMt $«« ftetiftible à la maaiqtie qu'il ne •oApi^Mti pas, et eependa&t il peuisiennait de jeunes mu- «tetetts^ i^A ^'ite Useiil de bonnes «études , dsttvre d'autant ptam méritoire^ ^'eUe u*étatt pas le résultat dMn égoïsme «i^stique^ mais t>ien dXine bieuveillan6e personnelle. L'art 4» deseiii «t «artout l«s <euvres t(di se distinguaient êmi- MemflMmlpar la fdn&e^lui plaisaient davantage. Nous avons dtt^àl'occjasiôïi de l'hygiène suiviepar M. de Talleyraûd, qu'il aimait la l^ntie chère. Eu effet , il avait finstinct de l*àli- «Mtttivilé éclairée par rintèllig^iK», comme l'amour physique s'ennofeUt par l'affectiofti vile, et, à propos de cet autre i&rgaae , l'auigtivité , il n'est pas douteux que les vœux du 4e^ibat, s'il se fût trouvé assez set pour les tenir, n'eussent été pour lui des causes de déplaisir, puisque de par le tionde on pwle e»coi* des amours de Tex-évôque d'Atitun ; toujours e6t*ii que cet in^inM ne fut que seoo^aire dans la direction de sa vi^ et qu'il était UH>p intellectuel pour être libertin. Si M. de Taiieyrand «imait à acquérir, sa raison mettait des bornes suffisantes à cet instinct puissant ; ce qu'il tenait , il le tenait bien, mais ii savait aussi être généreux ; et sans vouloir le comparer au brigand de Schiller, on peut dire qu'il prenait aux grands ce qu'il donnait aux petits. Il avait la conscience de sa valeur, et, par contre, l'estime de luimême ; aussi tenait-il peu à l'opinion des autres ; cependant, ce sentiment, qui s'appelle F amour-propre, était toujours «ous la dépendance des deux principales lois de son organisation , la ruse et le secret* ^Bien deséorivains mk déjà fWt le porfip*^ moral du

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prince Maurice de Talleyrand : les uns ont encensé sa mémoire et fait ressortir trop vivement par leurs éloges outrés ses imperfections ; les autres, au contraire, enjetantsur cette mémoire un anathème trop sévère, ont peut-être intéressé plus vivement qu'il n'est juste à sa personne, qui ne devra jamais servir de modèle , bien qu'en dépouillant certains défauts on trouve encore àglaiier quelques vertus. M. de Talleyrand sortait de cette école, le moi, qui s'associait si bien à ses penchants. Il chercha à être utile aux autres pourvu qu'il le fût à lui-même; mais il eût toujours ignoré la belle loi du dévouement , et bien qu'il ait écrit sur les exigences du dcvoir,qui, à son dire, furent sa règle, il eut avec lui des accommodements , car son esprit sut toujours tirer parti de toutes choses, même des choses sacrées. On peut dire qu'il a fait école sans faire d'écoliers, du moins quant à présent , car pas un de nos diplomates actuels n'aura sa circonspection, son adresse et «surtout sa volonté; personne ne sera maître comme lui de ses pensées avec lesquelles il savait soumettre les autres sans se soumettre lui-même; lui qui, au milieu des plus grands embarras, paraissait traiter l'affaire la plus simple et la moins importante du monde. Nous avons vu plus haut que le catholicisme a échoué près de lui ; en effet, il ne pouvait pas en être un disciple fervent : il était de ces hommes qui voient les ridicules ou les vices sans se plaindre ou les blâmer, qui n'approuvent ni n'improuvent, et restent neutres tant qu'ils sont inattaqués,

« Pour nous résumer phrénologiquement , M. de Talley» rand fut le type de la ruse et de la circonspection servies par une haute intelligence , s' appuyant sur la causticité combative, et tempérée par les sympathies de famille , mais sans penchant pour l'association ni pour les devoirs sacrés du dèvouen?ient« »

S92 SOUVENIRS INTIMXS

LIS MARQUIS DE MAUBRËUlL.

Ce personnage, qui a joué un grand rôle dans la vie de M. de Talleyrand, mériterait une notice à part. Avant de mourir en 1869, il avait en 1868 rempli pendant un mois les feuilles publiques d'un procès scandaleux qui a naturellement réveillé les souvenirs de 1814. Le marquis a, dit-on, laissé lui aussi des mémoires. En attendant qu'ils soient publiés, contentons-nous d'extraire simplement la notice suivante du plaidoyer de Tavocat de Tune des parties.

C'est comme époux de Catherine Schumacher, que nous avons vu ressusciter (car on le croyait mort), Jacques-Marie- Ârmand, comte de Guerry , de Beauregard, de Maubreuil, marquis d'Orvault. « — Catherine Schumacher qui avait, à ce qu'il paraît , fait déjà beaucoup d'heureux dans la haute noblesse, avait fini, dit l'avocat, par mettre légitimement sa main dans la main d'un des représentants de la plus ancienne et de la plus pure noblesse de France. Allez, en effet, en Bretagne, allez en Vendée, et demandez ce que c'est que la maison de Guerry, que la maison de Beauregard, que la maison de Maubreuil, que la maison d'Orvault. On vous répondra que tous ces noms-là évoquent les plus éclatants souvenirs dans ces vieilles provinces,' et qu'aujourd'hui l'unique héritier de ces grandes maisons et de ces gloires séculières est M. le marquis d'Orvault, celui-là même qui, le 23 octobre 1866 , à l'âge de quatre-vingt-trois ans, a épousé la fille de son cocher.

« Que voulez-vous ? Le marquis aime le luxe et il était iniiné. Il n'avait plus à lui que son nom : il l'a donné à Catherine Schumacher, et celle-ci, en échange, lui a promis qu'il finirait voluptueusement ses jours dans les jouissances et les délicatesses d'une vie opulente. Ce bizarre mariage

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a dignement couronné l'existence la plus bizarre. Le marquis d'Orvault, qui se faisait appeler alors le marquis de Maubreuil, a été Tun des personnages les plus extraordinaires de la Restauration. La famille du marquis avait largement payé sa dette à la Révolution : vingt-deux de ses parents portèrent leur tète sur les échafauds de la Terreur. L'Empire survient : le marquis de Maubreuil se fait soldat ; il devient chef d'escadron et obtient la croix de la Légion d'honneur.

« Le 31 mars 1814,1e jour de l'entrée des alliés à Paris, un brillant cavalier faisait partie du cortège des souverains étrangers; il attirait les regards de tous. 11 avait attaché une croix de la Légion d'lé)nneur à la queue de son cheval et la traînait dans la boue aux applaudissements de la populace. C'était le marquis de Maubreuil. Quelques instants plus tard, on le voyait distribuer sur la place Vendôme des pièces de 5 francs aux gens du peuple ; puis il fait passer un câble autour du cou de la statue de Napoléon pour la renverser de son piédestal. Bientôt il reçoit de M. de Talleyrand une mission sur le compte de laquelle on a beaucoup discuté.

«Que fait-il des pouvoirs à lui conférés? La reine deWestphalie, la femme du roi Jérôme, prenait le chemin de l'exil : elle traversait la forêt de Fontainebleau. Le marquis de Maubreuil se trouve sur sa route, s'empare de ses bagages, fait main-basse sur ses diamants et sur des sacs d'or contenant 84,000 francs. Traduit à raison de ce fait devant les tribunaux, il est condamné, le 6 mai 1818, à cinq ans d'emprisonnement et à 500 francs d'amende. Mais il s'évade de sa prison et passe en Angleterre où il séjourne pendant plusieurs années.

«En 1827, nous le voyons reparaître en France. Le 21 janvier de cette même année, on célébrait avec pompe, dans

M4 aoimENiiis n^riMsa

U basilique de Saint-Denis, un service pour Tanniversairo de la mort de Louis XVI. La cour, entourée de toute la noblesse de France , assistait à la cérémonie. Le marquis de Maubreuil s'avance, et publiquement, au grand jour, sous les yeux du roi, il frappe au visage M. de Talleyrand, qui était alors âgé de soixante- treize ans. Le vieux diplomate chancelle et tombe.

«Les Journaux du temps rapportèrent les débats du procès correctionnel auquel cet incident donna lieu : il se termina par la condamnation du marquis de Maubreuil à cinq ans de prison, 500 francs d'amende et à dix années de surveillance de la haute police. Le marquis n'a pas succombé à tant d'émotions. 11 a vécu assez pour devenir, en 1866, — car c'est à tort que la Biographie Didot le fait mourir en 1855, — l'époux de Catherine Schumacher. Aujourd'hui, comme toujours, il aime l'argent. C'est cette passion qui explique son mariage et son injuste résistance aux légitimes réclamations des demandeurs. L'amour de l'or s'est développé avec l'âge chez le marquis, à tel point qu'il lui a, dès cette époque, tout sacrifié. Vous allez en juger.

« Catherine, avant son mariage, était connue sous le nom demadameLa Bruyère, et, sans songer qu'un jour elle serait elle-même comtesse et marquise, elle avait vu de près des comtes et des marquis. Elle en avait rpçu parfois de Targent, parfois aussi de bons billets à ordre portant des signatures auxquelles elle pouvait faire confiance. Catherine ne se montrait pas dure pour ses débiteurs, mais le marquis s'empressa de mettre de l'ordre dans les affaires de sa femme, qui devenaient les siennes.

« Aussi avons-nous vu, ô honte 1 le marquis d'Orvault poursuivre jusque devant la Cour de Paris un malheureux vicomte qui avait fait la connaissance de Catherine dans un bal public , et qui avait eu la faiblesse de lui souscrire des

Dl^m fm làSiLSTIkAND. 29&

aainité Q^a bmeto;cagi»a a^paal uaaoauaa ^ecto at caatraim «II3K baaaaa momtra. %

Q (# j^uat» d'ajottter à oa qui précéda un asetraii^ du fldSh éOî^f^r <la Tavocal da Catharina Sckumaobav :

« J^e^n'ai rias^ ft olar dana leaactaa inexoralilea qiû a«l été Ifua. Mai», enfi», aujourd'b^ alla est mariéa^ ék parsonna&'a 1« diroii d'inepimioar la passé. L*Égliaa, à qm toutes Im âmes aai^t beanea, lui a donna aa bénédiotion^ Faraonaan^ le droiiCêtra plua difficile que TÉglisa.

« On raille ce mariage, oa dit que c'est uaa Indécaace êé plua. Pourquel?' M. de Maubreuil est paiit<«ètre un irrégulier dans l'histoire contemporaine, peut-être mèiii«) an for^ çant/mi pai» le mot, un braconnie» polkdque; mais il n'en as4 paa moina un man> et c'est tout oa qu'il faut. D'ailleurs^ et pour la d£pe eu passant^ ear ja ua peux pas refaire to^s 1^ récita où ou la mêle» il n'eat pas vrai qu'il ait jamais attaché la croix de la Légion d'honueuf à la quaua dasoa abeval al qu'U ait volé les diamaata de la raina de West* phalie.

« Laa anecdotes d# rhistoiramodemasont presque toutes à re^viaer. Mais quant à la véracité des pamphlats, o'aat autre obosa. Loraqu'un pamphlet contient la dosa de vérité d'une légande, c'est beaucoup. Croyona charitablement que M. le marquia da Mat^reuil a été calomnié; mais qu'il avait hii* mi^m^ calomnié M. de TalleyrandL »

Cinq lettres de M. da Tallayrand, reproéuita» dans la tome IV des Mémoires d'un boatgeoia de PmB^ sont d'un

intérêt médiocre, une seule exceptée : elles furent écrites pendant Tambassade à Londres. Celles qui étaient adres^ sées à M™« la princesse de Vaudemont prouvent que M, de Talleyrand n'avait guère de secrets pour cette ancienne amie. Dans la première, à propos d'une nomination de pairs, il regrette que le roi n'eût pas appelé à la chambre haute M***,« parce que cela le montrerait séparé de sa famille dont il n'a aucune des opinions. C'était une hostilité au faubourg Saint- Germain, et c'était bien. On a l'air de le trop craindre , ce faubourg où il n'y a pas une force réelle. Ce côté de la rivière fait pitié de loin. »

Le noble faubourg avait-il tort de ne pas aimer M. de Talleyrand?

Dans la deuxième lettre à la même, l'ambassadeur (à la date du 25 janvier 1832) confirme ce qui fut raconté à cette époque, que, dans les négociations sur les affaires, de la Belgique, il avait eu à combattre le mauvais vouloir et les arrière-pensées des puissances autres que l'Angleterre. Cette lettre est un document qui doit être consulté par les historiens de Tindépendance de la Belgique (i).

« L'Angleterre seule va et a intérêt d'aller avec nous. Les autres puissances voudraient nous désunir : si elles n'y réussissent pas, nous sommes sauvés malgré tous les obstacles : si elles nous désunissent, je ne crois pas à notre durée. Je suis convaincu que nous n'avons pas d'autre lien raisonnable à former. Les autres puissances paraissent quelquefois se rapprocher de nous : c'est de la pure fausseté : notre concours leur déplaît au fond, et c'est pour cela que tous les cabinets exécutent chaque matin quelque

(0 Serait-il vrai que la seule décoration du Lion de Belgique ait manque à la liste des décorations reçues par M. de Talleyrand, depuis Tordre da Saint-Michel jusqu'au Soleil de Perse

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chose qui puisse nous refroidir avec TAngleterre. Charles X pouvait et devait chercher son appui en Espagne, en Autriche et en Russie; le nôtre est ici. Voilà déjà lord Aberdeen qui nous attaque : c'est là son rôle...

i( ,... Je reviens à la politique. Metternich cherche à nous embarrasser ; il a, comme d'ordinaire, trois langages différents. Son but est de nous brouiller avec l'Angleterre et de se rapprocher de la Russie en créant avec elle les mêmes fantômes révolutionnaires avec lesquels il avait troublé la pauvre tête de l'empereur Alexandre. Adieu ; je crois que cette lettre-là est mieux dans le feu que dans le tiroir de votre table. »

Par une autre lettre, adressée à M. le comte MoUien, nous voyons que les ministres de Louis-Philippe consultaient M. de Talleyrand sur les affaires intérieures, mais sans suivre toujours ses indications sur les personnes et les choses. Ce que le diplomate recommandait surtout, c'était de n'employer que des agents dont le dévouement ne pourrait être douteux, et il s'étonnait que M. Perrier, avec sa connaissance des hommes, ne vît pas quand il demandait à quelqu'un son opinion, si la réponse était franche et complète :

« Aujourd'hui il faut être sûr des gens qu'on emploie ; rien ne doit se faire par complaisance. Je vois, et j'en suis taché, des noms à la sincérité desquels personne ne peut croire. M. de ***, par exemple, qui conduisait l'intrigue du — à Bruxelles, est un choix qui fait nécessairement un mauvais effet, car il prouve ce qu'il ne faut jamais laisser voir, qu'on a peur des vaincus. Il n'y a pas de faute à la- ({uelle cette peur-là ne conduise. »

Dès lettres de M. de Talleyrand, confidentielles ou non, on pourrait extraire un recueil de maximes diplomatiques. C'est en général là que réside tout l'intérêt durable de sa correspondance, qui, par exception seulement, nous offre

IM MOVmtlRB INTHIES

t{û6ktu6S'Unes de ces lettres charmantes de style qu'on a même un peu trop vantées, comme nous avons déjà osé le dire de celles dans lesquelles Sainte-Beuve reconnaissait le disciple épistolaire de Voltaire !

UNS iPIGRAMME DE H. 4. GHÉNIER.

« L'adroit Maurice, en boitant avec grâce.

Au plus dUpos pouvant donner leçons, A front d'airain unissant cœur de glace Fait, comme on dit, son thème en deux façons. Dans le parti du pouvoir arbitraire Furtivement, il glisse un pied honteux, L'autre est toujours dans le parti contraire, Mais c'est le pied dont Maurice est boiteux. »

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