‹ Souvenirs intimes sur m. de TalleyrandChapitre 6 sur 48 · M. DE TALLEYRAND AU COLLEGE · texte numérisé non relu

M. DE TALLEYRAND AU COLLEGE

Au collège d'H«reourt^ le jeun« Maurice de Périgord fit de brillantes études ; mais les succès qu'il obtenait dans ses classes ne Tempêchaient pas de mériter des punitions et ne réx«)iiptlii«tlt pas tôUjôun» d^*tes «^bik*. il rabontait luimême qu'Une d« ses fautes fut béw&k igrave pour le faire condamner à recevoir lefouel. «Mon orgueil de gentilhomme diaait^l, ee révolta* Je m'évadai du <coUé|^e^ et j'ids^Niis que l'interveatton de mon pèt^e m'épargnerait eette huini** liation ; ihais eelutHÛ : Monsieur mon fils^ me dit-il » ua d<B nos aa«èires^ Henri do Talleyrand^ comte de GhalaiS) élevé dès l'enfa^oe aVee Liouis Xill, devint plus taini le favori de ce roi qui n'oublia pas qu'il s'était dévoué à se laisser dé-^ culotter à âa place. Vous ne seréÊ donc pas le premier de votre raee qui ait été fouetté, retisumes au coliég^» et sou* metiez*-vt>us à là discipline du collège (â). »

[i) Cette scène aurait ëtè racontée pat* M. de talleyrand îui-mèmé îorsqtiHl «taît À L(*nl!l-es, «ù ûotts l'avons lue pont la prètaièfrè î^\t daUt U 2« édition de ÏEmeyolvfééie Britannifvtè (art. M^eyrcutf).

(2,) Il existe ua «urieux jo«nial de Tenfance de Louis XIII, où l'on voit que ce prince aimait à faire fouetter les petits gentilshommes de sa clAlnbf^ et 1^, ibtiettè lui-ttêuïè, il tppebit ¥ufa« r«n«UM lift» ttmrges : Met mitnmnc, (ÉéH.)

DK M. SS TAULSTRAND. 47

M. DB TAIiLEYRAND AU SÉJilNAIRE (1).

< Qt» aow «ommos une diétivd esqpèoB f Lt plus impUK aibl0 gMrrier a d«ne am terraora, el Je plus froid diplo^ Biate des émotioiuB involoutairal I La faiblussa qUe je Vais oMesÊset iei ne me ftiira pt>TGirtaiit pas rougir : oar Alexandre frémissait an seul touolier d'une péohe^ et im sait qu'en pràMnoe d*uae araignée noire Tnronne ae tromraU maK II y a aneboii1ii)ue de rôiieseor dabs la rue dU Yieax^^Colom* iMér^ ei un tilleul encore T^rdo^ni denele jardiu de 6aita^ Sttlptee que Je ne poiurai jamale apercevoir eans quelque frémÎMetoent mdlé de plaisiri Ce aiaiin enoôre, i% mai iSia^ en allant à la Chambre des paire ^ter contre Une de leoie lois (je ne sais laquelle)^ n'ài-je pas tont à ooup ou«> blié eotta loi « mon opinion > mes eôiiante-dix ans et la (routte» parée que mon earrease, ayant beurté une borne en tournant la rue du Gindre« j'ai lavé la tête et reconnu eaito maisen peinte en veri qui renfermail pour moi toute beauté et tout amour en 1770.

« C'était là ma me Giê^i^-Cmur^ oomme le fut eU 15S0, pour Henri iV, eetie étroite venelle où demeurait Golirielié <l'fi8trée8« et qui mène enooro du quai dea AugUstins à la rao Saint<^André^es-Arie.

« Julienne PiOot n'avait guère plus de quatone ans, ot jd veoeie & peine d'arfîvar è eéb»^ lorsque je Taperçue pour la praauèra lois au troinième étage d'une maison de la me dn Poi^e»Fer, à travers uncarreaude papierbuilé, dontlamoitié avait été déeliirée par le vent» Elle avait des Joues rondes, des

(1} L'«4i(fa[gaiiciié de «« eJuipitiv a été ««otMtéa* f««i«ua publié hmb réclamation du vivant de M. de Talleyrand, Sdii.)

cheveux blonds^ et une belle petite camisole d'indienne à grands ramages. A cette époque, j'étais dévot, et je la pris d'abord pour un chérubin: je me désabusai en la voyant manger de la galette. Un de mes camarades avait une chambre dont la fenêtre donnait sur la rue du Pot-de-Fer, et j'employai pour le décider à troquer avec moi, plus de séductions et de mensonges qu'il n'en a peut-être fallu depuis pour changer deux fois la face de l'Europe.

« Je faisais chaque jour mille sottises pour me faire mettre en retraite, et là, en face de ma divinité, dressé sur les orteils afin de la mieux voir, je lui écrivais sur de grandes pancartes que je laissai d'abord dans la gouttière pour ne pas trop effaroucher sa pudeur, et puis pour lui donner le loisir d'en épeler les lettres. Ensuite je tenais moi-même à deux mains mes épîtres, à peu près comme les pierrots de la pantomime, afin de lire tout de suite la réponse dans ses yeux; et le plus souvent un peu de craie dessinait sur mon manteau noir mes plus tendres protestations d'amour. Ju-? lienne me répondit au bout de quelques semaines par l'emblème d'un cœur enflammé.

« Elle était en apprentissage chez une raccommodeuse de dentelles; mais je sus bientôt qu'elle était fille du plus riche rôtisseur du quartier, et qu'en connaissance avec une femme employée à la buanderie du séminaire, elle venait quelquefois dans une salle basse qui tenait bien à notre maison, mais où nous n'avions point d'accès. C'est quand elle était là, qu'à travers une porte condamnée, où l'on avait pourtant laissé une chatière ouverte, nous nous parlions d'un peu plus près. Assis des deux côtés de cette porte, et sur des dalles bien froides, et ne pouvant pas môme nous voir, nous nous jurions de nous épouser avec une ardeur et une bonne foi dignes d'un autre âge. Je tenais sa petite main dans les

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miennes pendant des heures entières ; et j'étais plus heureux de cette faveur que je ne le fus jamais des croix , des clefs d'or, des cordons et des principautés.

m Julienne, logeant tour à tour dans la maison de sa maîtresse et dans la maison de son père, pouvait s'absenter à la fois des deux domiciles sans donner aucun soupçon. Nous commençâmes par profiter candidement de cette licence. J'avais quelque adresse, de l'argent, une vive résolution ; et descendre la nuit du haut d'un mur de jardin ne me paraissait pas impraticable, parce que j'étais bien amoureux. Le retour seul m'eût embarrassé; mais une bonne amie de Julienne (car nous n'étions jamais seuls) m'aidait dans cette périlleuse expédition. Et c'était pour aller tous trois nous promener sur des boulevards déserts que nous bravions tant de périls ; c'était pour jouir au clair de la lune de l'amour et de la liberté ! En vérité, on devrait bien avoir toute sa vie seize ans.

c II fallait, pour rentrer dans ma prison, faire approcher un fiacre bien près de la dévote clôture, puis monter du siège sur l'impénale, de l'impériale sur le mur, atteindre les branches d'un tilleul, et se laisser glisser au pied de l'arbre. Quelle gaieté folle et quelle touchante peur j'inspirais presque en môme temps à Julienne ! Gomme elle était inquiète, la pauvre fille, quand l'opération du retour commençait, et quels folâtres rires j'entendais de l'autre côté, dans la rue, quand, pour annoncer aux deux amies le succès de mon voyage, je leur jetais, par-dessus le mur franchi, les fleurs de giroflée jaune et les feuilles de tiUeul qui n'avaient tour à tour aidé à grimper et à descendre.

« Je me blessai dans une dernière escalade ; et cet accident qui n'eût été pour un autre qu'une entorse, devait être un long mal pour moi. Un soir que je gémissais dans les

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touraieAto de rabSeiice^ eé ^uMire sttr rimt^oseibilité où J9 serais tovgourc d'èire pleinement satisfait en prdeenee même de Julienne, tant ^ae je ne déisidereie pu en oeii»-* pagne à kÎMer â*adjeindre tin deuxième eétninarltie à nos promenadee ionocenlee, il mé tint en tâte d'essayer d'une distraetion de geurmandia» ; j'«nve;fAi chercher quelques perdiisL et une tourte de frengipane chea le père de ^uliettiiie>. C'était un moyen que je crof aie ingénieuK de là raeauror «ur ma eaaté, et il mé aemiïlaU aussi qu*un peu de bonne ehéfe me Consolerait des mésa^euturee de Tamouri que leu douceurs du père m'aideraient peut«étro à supportei* len rigueurs de l'abseniDè de sa liile«

« Ce n'était pas la première fois que eel honnête homme nous fournissait des petits pieds» et même en caehetto» À no<ft supérieurs et à nous. Mais cetle fois la solennité de la Pénto(^ôte autorisait ouvertement ee petit plaisir en faveur d'un convalescent. Il était près de «ept heures ç j'avefe ap* petit; j'attendais ie grave patronnet qui airait coutume d'apporter les sueeulentM réfections^ quand elles étaient pof^ mises^ lorsque j'entendis firapper doiKiemeal À une perle voisine de la mienne» ^e me levai comme par instinot, et au lieu du long garçon de four, étique el péla^ je Vis venir l'enfant le plus charmanl , mais le plus embarrassé du monde. Je le pris d'abord pour le frère de Julienne, eéi^ je savais qu'elle en avait un ; mais en touehant ea main pour l'aider dans robscurité du corridor^ je reteonnus Julienno elle«mèmo. fille entra dans ma eellule ; le benti^ é^ ootoft qui oeuvrait sa této blende tomba 4 s^ piede, %t i% plus i gracieux sourire et les plue beaux eheveuit couvrirent en même temps tout son %isage^

* — Monsieur l'abbé, me diVelle> pensèa-voas que M. Rigemier» e'élait le nom du eoncierge> s*apereevrs si je ne

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soTB poiat tantôt? Héléiêl moa Di«ul que devenir? i*ai dit à m<m frère» eneiapruntaat sea habits, que j'étais d'un bdl dd nooes au je paâ^israis hi auii aveo ma maîtreBse; j'ai dit à ma maitreMe que je rentreraiB chat mon pèr6%«i

« Je sautai de joie malgré mon mal ; j'empêchai sa bouche de piôû^ttiwfc \ je compreûais bien tùMn Ifes feûUpçons que %h bx)ûne ïbttt>mméfe allait »ubiï» ; mais ne pouvant lu «tffther dun» mott tcoèur, je Tiônfermûl dans une arttiotrô . . . v»

M. DB TALLBYRAND APRM 1798.

Qttiftût & la îressèfnblànciô de M» de Ta\le>^nd avôtt Horace, elle a été tracée d*un trait de plume par ftoileau, lôt^âtïu'll a reprèsetatè le feivuri du ftiVori d*Â\lgudte î

Exhalant en bons mots les vapeurs de sa bile.

Les vers du poète latin reviennent continuellement à la mémoire de l'ancien ministre ; il en a souvent fait des citations que l'à-propos rendait très-piquantes.

Je les rappellerai ici à mesure qu'elles cadreront avec les phases de Inexistence politique, dont je vais suivre la chronologie.

Encore petit abbé, M. de Talleyrand ee trouvait chea k duc de G^ioiseul, lorsqu'on annonça M««« la dudiesse de N..%» doat les aventuiXMi faisaieat alors qu^elquê bruit et qui «'était fait attendre pour dîner. Oh I oh ! dit-il assez haut pour être entendu d<iB toute la eompegnie. La ducheee^

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ne dit rien, mais à peine s*esi-on mis à talple» qu'elle apostrophe en ces termes le petit abbé: « Je voudrais bien savoir, monsieur, pourquoi, lorsqu'on m*a annoncée, vous avez dit, oh ! oh ! — Du tout, madame la duchesse ; j'ai dit, ah 1 ah! »

La proposition de M. Mathieu de Montmorency , aux états généraux y sur l'abolition des titres de noblesse, donu^ lieu à plusieurs pcènes assez comiques. On n'a point oublié cet excellent gentilhomme de province qui s'écriait avec une naïveté admirable : « Mais s'il n'y a plus de gentilshommes, qui est-ce donc qui passera la chemise au roi ? » Un autre, qui avait acheté peu de jours auparavant une baronnie, disait : c Voyez comme c'est désagréable, et surtout pour moi ; car enfin, si les barons de Frsmce s'étaient mis en cercle, j'aurais eu l'honneur de donner la main à M. de Montmorency. » Un membre de l'assemblée remarqua, non sans raison, que .ce M. Mathieu de Montmorency ne faisait pas un bien grand sacrifice en renonçant à un titre ; et qu'il eût mieux valu reprendre le nom de Bouchard, ou Burchard, nom primitif de sa famille.

Quoi qu'il en soit, l'évoque d'Autun ayant rencontré dans un cercle M. Mathieu de Montmorency, le soir même de cette fameuse séance, l'aborda et lui demanda de ses nouyelles en ces termes : « Comment se porte Mathieu Bouchard ? — Bouchard ! mais je m'appelle toujours Montmorency ; il ne dépend pas de moi de renier mes aïeux ; car enfin, je descends du grand connétable qui contribua si puissamment au gain de la bataille de Bouvines ; je descends de cet autre connétable de Montmorency qui trouva la mort sur le champ de bataille de Saint-Denis ; je descends — Oui, oui, mon cher Mathieu, interrompit

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l'évoque, et vous ôtes le premier de votre maison qui ayez mis bas les armes. »

En réfutant M. de Talleyrand dans l'Assemblée constituante, Mirabeau s'avisa delui*dire : ■ Je vais vous enfermer dans un cercle vicieux. — Gomment , dit vivement M. de Talleyrand, est-ce que vous auriez envie de m*embrasser? »

Le jour de la première fédération, M. Tévôque d'Autun, au moment où il se rendit à Tautel pour célébrer la messe , ayant aperçu le commandant de la garde nationale, M. de Lafayette, placé près de lui, lui dit tout bas : « Ah ! ça, je vous en prie, ne me faites pas rire. »

Le S5 juin 1792, M. de Talleyrand arriva à Londres avec M. de Biron. Les gazettes anglaises s'empressèrent d'annoncer que M. de Talleyrand avait été fort mal reçu de M. Pitt. Il s'était arrêté en route, et telle était alors la mauvaise foi des journaux de Londres, qu'ils annoncèrent cette mauvaise réception avant l'arrivée de l'ancien évêque d'Autun. On croyait que M. de Talleyrand était chargé de négocier une alliance défensive. On a dit aussi que son voyage avait eu pour but de traiter relativement à l'établissement de deux Chambres , mesure dont il a toujours été partisan, même à l'Assemblée constituante, aussi bien que M. Mounier le père et M. de Lally-ToUendal. Quand M. de Talleyrand parle de cette époque, il répète souvent que la suppression de Itf noblesse, suppression votée avec une incroyable légèreté, sur la proposition de M. de Montmorency,

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est une des choses qui contril^uôrent le plus à la tournure déplorable que prirent les affaires. On détruisait Une institution sans rien mettre à sa place ; on se privait de matériaux tout disposés pour l'établissement d'une Chambre haute. M. de Talleyrand manifesta souvent cette opinion, et il fallut bien y venir , puisque, sous le Directoire même, le Conseil des anciens ne fut qu'une espèce de Chambre dem pairs élective.

Dans la Galerie des états généraux ^ ouvrage attribué à Laclos, et imprimé en 1*780, on lit le portrait suivant sous le nom d' Amène :

« Amène a ces foi*més enchanteresses qui embellissent même les vertuê. Lé premier instrument de ses succès est un excellent esprit ; jugeant les hommes aveô indulgence, les événements avec sang-froid, il a cette modération, le vrai caractère du sage. Il est un certain degré de perfection qui n'existe que dauâ l'entendement^ et une espèce dô grandeur à vouloir le réalisar; mais ces brillants efforts donnent un instant de faveuf* à celui qui rentrepi^nd, et flâlssent , por n'être d'aueune utilité aux hommes, bientôt détrompés. Le bon esprit dédaigne tout ce qui tratnê à sa s\)ite da réelat ; et^ mesurant les bornes de la capacité humaine, il n*a pas 1% fol espoir de las étendre au delà dé ce que Téxpè^ fiatiea a montré possible.

tt Amène ne songe paa à élevcf en un jcur rédifice d'une grande réputation. Parvenue à un haut degré, elle va téû* joura en décroissant, et sa chute entraîne le bonheur, la paix ; mais il arrivera è tout, parce qu'il saisira les occa* sions qui s'offtrent en foule è celui qui ne violente pas la fortune « Chaque grade sera marqué pai* le développement d'un talent; et» allant ainsi da sviccés en succès^ il réunira

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cet ensemble de suffrages qui appellent un homme à toutes les grandes places qui vaquent,

a L'envie, qui, rarement, avoue un mérite complet, a ré» pondu qu'Amène manquait de cette force qui brise les difli» cultes» force nécessaire pour triompher des obstacles semas sur la route de quiconque agit pour le bien public* Jedeman* derai d'abord si l'on n'abuse pas de ce mot : avoir du caraa^ tère, et si cette force, qui a je ne sais quoi d'imposant» réalise beaucoup' pour le bonheur du monde» Supposant mâme que, dans des moments de criseï elle ait triomphé des résolutions, est-ce toujours un bien ? Je m'arrète< Quel» ques lecteurs croiraient peut-être que je confonds la fer* meté, la tenue, la constance, avec la chaleur, l'enthousiasme» la fougue : Amène cède aux circonstances, et croit pouvoir offrir quelques sacrifices à la paix» sans descendre des principes dont il fait la base de sa morale et de sa conduite.

« Amène a contre lui la douceur du caractère, l'agrément de la figure, le charme de l'amabilité : je connais des gens que tant d'avantagesr choquent ; ils se préviennent contre un homme qui s'avise de les joindre au hasard utile de la naissance et aux qualités essentielles de l'âme ; ils s'en consolent par la recherche de quelques défautsi ou du moins de bons ridicules qu'on puisse au besoin travestir dans quel* que chose de mieux»

« Que peut-on attendre d'Amène aux états généraux? Rien» ou peu de chose» s'il obéit à l'esprit de corps ; beau<> coup, s'il agit par lui-même, et s'il se pénètre de cette grande vérité, qu'il n'y a que des citoyens dans l'Assemblée nationale. Celui qui a rédige certains oahiers a le nerf né^ cessaire pour donner h son opinion un haut degré de prépondérftnoe»

« Oa a voulu trouver un tort à AiHène dans sa liaison

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avec un ministre disgracié. Il ne s'est jamais aveuglé sur des défauts qu'il a corrigés plus d'une fois, et a. rendu justice à des talents d'autant plus à regretter, qu'il en mesurait l'étendue. Il arrive tous les jours que l'on connaît les imperfections de ses amis ; on les plaint, on les diminue, et lorsque les événements les précipitent du trône de ja faveur, on les console, on les défend, et l'on travaille à les mettre dans le cas de rétablir leur réputation un moment altérée.

« Amène connaît trop bien les hommes pour être dupe des louanges , et s'il sourit aux illusions de l'amitié, il repousse l'erreur de la flatterie. Ce n'est pas le seul prestige qui puisse nous en imposer. Si par hasard Amène s'en était aperçu un peu plus tard, à dater de ce moment il ne l'oubliera plus. »

Nous ne prétendons pas dire que personne ne trouva ce portrait un peu flatté ; mais si l'on se rapporte au temps où il a été fait, on conviendra que le peintre a en quelque sorte prophétisé des ressemblances devenues frappantes par les diverses attitudes qu'a prises depuis son modèle. .

Un solliciteur se présente à M. de Talleyrand et lui rappelle qu'il lui a promis une place : — « C'est juste, dit celui-ci, mais indiquez-moi quelque chose qui vous convienne et qui soit à donner... Vous concevez que je n'ai pas le temps do chercher pour vous. » Au bout de quelques jours, arrive le solliciteur radieux d'espérance : « Monseigneur, telle place est vacante. — Vacante ! . . . eh bien ! que voulezvous que j'y fasse?... Sachez, monsieur, que quand une place est vacante, elle est d^à donnée. »

Excédée de recevoir à chaque instant de M. de Talleyrand des missives où il était question de tout autre chose que

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de diplomatie, une belle dame le menaça un jour de faire subir à ses billets doux le sort que le Misanthrope réserve au sonnet d*Oronte ; le prince répondit par le quatrain suivant :

« AUez, mes vers, enfants de mon génie, « AUez, suivez votre destin; « Mais en passant, je vous en. prie, « Annoncez-moi chez le voisin. »

M. de Talleyrand a toute sa vie aimé l'argent, non point comme un avare, mais comme un moyen d'être généreux, et quelquefois prodigue. Dès l'ftge de vingt-cinq ans, il avait été investi de l'agence générale du clergé, place qui rapportait 18,000 francs. Bien qu'il fût l'aîné des enfants du comte de Talleyrand, il n'était considéré que comme de la branche cadette de cette maison . Sa conformation délicate ne permettant pas de le destiner à la carrière militaire, sa famille obtint, en le faisant entrer dans les ordres, de reporter ses droits d'aînesse sur son frère Armand. Maurice, habitué, dès son enfance, à vivre au sein de l'opulence, ne fut pas toujours riche ; or la fortune venait de se brouiller très-sérieusement avec lui quand il fut appelé, pour la première fois, au ministère des affaires étrangères. Il était dans cet état que les enfants de famille nomment cavalièrement n'avoir pas Je soa. Cependant il fallait représenter, et comme les carrosses que le Directoire donnait à ses ministres étaient d'une grande simplicité, il se lit faire une voiture dont l'élégance fut bientôt remarquée de tout le monde. Mais la voiture n'était pas payée, mais le sellier demandait de l'argent, mais on ne lui en donnait pas; et le sellier, impatienté de voir ses réclamations sans réponse, prit, comme on dit, son courage à deux mains, et parvint enfin

•OÙVBNItlà limiIBS

jttsquo dan» Panliehambre du ministre. La jolie voiture, dont il portait la faoture dans sa poche, il Tavail vue dans la coup de riidtel, attelée de deux chevaux superbes ! Point de doute, le ministre va sortir; le sellier se blottit donc dans un coin; les pi»rtâft 8*ouvraal ot il t^avam», son mémoire à la main, demandant son $alaire,

«— Rien de plus juate„ lui dit M. de Talleyrond, on vous doit, il faut que vous soyez payé. ~ Ah ! citoyen ministre, que d'obligations ! les temps sont si durs ! vous me rendrez un vrAÎ tervioe, ««^ Il n*y a pas da Mnrioe là diedans; quand oa doit» il faut s'aequitter.» £n eausant da la sorte, le mi* ai»U*e était arrivé auprès de la voiture, loraque la Miller lui dit; -^ « Voua me payerai, eitoyen miniaire, mais quand? ^ Quand. . . voua ôtea bien euriaux !» Et M. de Talleymnd •'était tranquillemimt aaaia dans le fond du carrossa; un iralat avait refermé ia portiàre; le sellier, un peu ébahi» eut du moins la satiafsotion de voir que sa voiture roulait par* fsttement sur le pavé.

I^ msBÎère dont M* de Talleyrsnd a fait conoalssafiee avec M«»f Ûrand,néeàTranquebar, dans les Indes, est peu connue. Il dut eette eonnalssanoe presque au hasard ; c'était sous le Direotoârs, peu de jours après la nomination de M. de Tslley* rend au ministère des relations extérieures. M«»« Grand arrivait de Londres, fNPoaque sans ressources, et ehargée par des émigrés de quelques négooiations peu importantes; elle était descendue dsns un trèft^modeste logement garni, dans oella partie de la rue Salnt-Nieaise, où p\v» tard eut lieu l'explosion de la mschine infernale. L'arrivée de

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M »• Orand «uMi pour aUrmer Tombrageuse police, et ©lie était suivie partout, lorsque, ayant été faire une visite à la marquise de Saintô»Croix, sœur de Favoeat général Talon, tt par conséquent tante de M«« du Oayla, M>»« de Sainte^ Croix lui conseilla d'aller sur^le^i^amp trouver M. de Tal* leyrand, et de dire au citoyen ministre tout ce qu'elle pouvait savoir sur l'Angleterre, M** Grand monte dans un fiacre, et se fait conduire, tremblante, rue du Bac, à l'ancien hôtel Galifet, où était alors le ministère des relî^tions extérieures. Il était dix heures du soir quand elle y arriva, et ce ne fut pas sans beaucoup de dlffloultés que le suisse Joris consentit à la laisser pénétrer jusqu'aux appartements du ministre. Elle y parvient enfin, et se fait annoncer comme une dame émigrée ayant les plus importantes révélations à lui confier ; enfin M»« Qrand est reçue dans un «alou partiçu»- Her;^elle ne cache point les poursuites dont elle est l'objet, et demande un asile, I^e ministre' craint d'abord de 9e compromettre et refuse. Cependant la vue d'une femme en larmes, Taspect de la plus belle chevelure blonde qui ait peut-être jamais existé, tout cela amollit le cœur diplomatique. Car pour être ministre on n'en est pas moins homme!

On donne donc immédiatement des ordres pour faire préparer dans le haut de l'hôtel une ôimple chambre pour la belle réfugiée, et le citoyen raini&tre, aprèi l'avoir fait conduire dans son appartement, rentre dans le salon le sourire sur les lèvres. Cette gaieté n'échappa point aux regards de M. de Sainte-Foix et du duc de Laval. Le ministre ne leur cacha point quel geni^ d'hospitalité il venait d'aooorder.; QO dit môme que la oo^vereation des trois amis aurait rop** pelé les viaillord^ d^ l'Écriture sainte, ai la belle émigrée e(^t miett]^ reasembié a Busanne.

Le lendemain la politesse exigeait que le maître du lieu s'informât de la manière dont sa pensionnaire avait passé la nuit; elle parut plus belle encore à son réveil, et fut tout naturellement invitée à déjeuner, puis à dîner , puis enfin Mme Grand ne sortit plus de Thôtel.

Un contemporain qui avait connu M™« de Talleyrand lorsqu'elle était encore M"« Grand, nous dit qu'à son arrivée en France, elle avait ce genre de beauté qui est le plus rare et le plus admiré en Europe. « Elle était d'une taille élancée, avec cette langueur dans la démarche particulière aux créoles, de beaux yeux noirs bien ouverts et caressants, des traits délicats, des cheveux blonds dont les nombreuses boucles encadraient merveilleusement un front d'une blancheur de lis, pur et calme comme celui d'un enfant. Elle avait d'ailleurs conservé une grâce enfantine dans sa physionomie et dans toute sa personne : c'était ce qui la distinguait des femmes de Paris qui pouvaient rivaliser avec elle par la beauté, ressemblant plutôt, sous ce rapport, à M"« Récamier qu'à M"»« Tallien ou à M™" de Beauharnais. »

Le contemporain qui a tracé d'elle ce portrait réfute ceux qui attribuaient à M™» Grand une origine anglaise, et dit qu'elle était née à Lorient, d'un Breton nommé Dayrl, mais qu'elle avait été amenée dans son bas âge dans les Indes,

M»»« de Talleyrand ne parut qu'une fois à la cour impériale, et il a été dit que ce fut par suite d'une convention entre son mari et Napoléon, qui lui avait reconnu le droit d'y venir à condition qu'elle n'y viendrait plus après avoir

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constaté son droit. Mais la chronique secrète prétendait aussi qu'elle ne cessa d'être invitée que pour la punir d'avoir parlé avec une familiarité impertinente à l'impératrice Joséphine. Sous la Restauration, M^* de Talleyrand parut encore moins aux Tuileries» puisqu'elle était allée vivre en Angleterre avec une pension de 60,000 francs, en s'engageant à ne pas revenir en France sans la permission de M. de Talleyrand. Elle y revint cependant.

On raconte que le premier consul ayant témoigné à la nouvelle mariée l'espoir que « la bonne conduite de la citoyenne Talleyrand ferait oublier les légèretés de Mme Grand, » elle- lui répondit naïvement (ou malicieusement) « qu'elle ne .pourrait mieux faire que de suivre, à cet égard, l'exemple de la citoyenne Bonaparte. »

On n'a jamais accusé le gouvernement directorial d'un excès de rigorisme moral, et les Théophilanthropes ne tonnèrent point dans la chaire de Saint-Sulpice contre ce qu'il y avait d'irrégulier dans cette union improvisée; mais le premier consul, à peine maître du pouvoir, fut atteint d'un accès de matrimoaiomanie qui faillit s'étendre jusque sur Gambacérès. Dans son zèle d'orthodoxie conjugale, Bonaparte signifia à. son ministre des relations extérieures, qu'il eût à se marier plus sérieusement : l'ancien évoque d'Autun retenait un peu M. de Talleyrand, lorsqu'un bref de la cour de Rome aplanit les difficultés ; l'évêque fut relevé de ses vœux, et si quelque dévote du faubourg Saint-Germain persistait encore à voir dans M. de Talleyrand un prêtre marié, nous lui faisons charitablement observer qu'elle méconnaît le pouvoir du pape , et que, par ce seul fait, elle est protestante sans le savoir.

02 SOirVENIllS INTnfBS

M. de Talleyrand ayant donc résoin d'épouser M«» Grand, désira que la cérémonie se ftt avec le moins de publicité possible. Le souvenir d'avoir appartenu à l'ordre eeelésiaatlque fut pour beaucoup dans ce désir. Les lois exigeaient alors que tous les mariages fassent célébrés le décadi, dans la chef-lieu du canton, immédiatement après la publication des actes du gouvernement. M. de Talleyrand avait une maison de campagne à Épinay, dépendante du canton dont Pierrefitte est le chef-lieu. Le ministre des relations extérieures ne douta pas qu'un maire de village ne montrât beaucoup d'empressement à se conformer à ses désirs. Il engagea donc le maire de Pierrefitte à se irendre à un Jour et à une heure indiqués à Épinay avec les registres de l'état civil, pour y prononcer son union et rinscrire dans les formes ordinaires. Le maire était un propriétaire assez riche, fort indépendant, qui même avait été membre de la première administration de Paris avec MM. de La Rochefoucauld, Pastoret et de Lacépède. Il connaissait les devoirs que lui imposait la loi, et il écrivit à M. de Talleyrand pour lui témoigner ses regrets de ne pouvoir' obtempérer à sa demande.

Ce mariage se fit donc à Paris où M. de Talleyrand trouva un maire plus complaisant : mais Jamais il ne témoigna le moindre ressentiment au maire de Pierrefitte.

Cet acte clandestin fut bientôt la nouvelle de Paris, et causa beaucoup d'étonnement. La digne et respectable mère de M. deTalleyi'and, qui vivait encore, ea fut profondément affligée; elle ne voulait plus voir son fils; et, bien qu'elle n'eût d'autre revenu que la pensioh qu'elle en recevait, elle refusa obstinément cette pension, que M. de Talleyrand trouva cependant le moyen de lui faire accepter, en la

faisant payer soug le noni d'un de ses frères tout nouvellement revenu d'émigration*

Peu de temps après le retour âe Farmée d'Egypte et des savants qui avaient été témoins de cette 'glorieuse expédition, M. de Talleyrand invita à dîner M. Denon. t G'est« ait M. de Talleyrand à sa femme, un homme très-aimable, un auteur, et les auteurs aiment beaucoup qu'on leur parle de leurs ouvrages; je vous enverrai la relation de son voyage, et vous la lirez afin de pouvoir lui en parler. » En effet, M. de Talleyrand fît porter dans la chambre de M™« de Talleyrand le volume promis, et celle-ci l'ayant lu, se trouva en mesure de féliciter l'auteur placé à table à côté d'elle. « Ahî monsieur, lui dit-elle, je ne saurais vous exprimer tout le plaisir que j'ai éprouvé à la lecture de vos aventures. — Madame, vous êtes beaucoup trop indulgente. — Non, je vous assure ; mon Dieu, que vous avez dû vous ennuyer, tout seul, dans une île déserte I Gela m'a bien intéressée. — Mais il me semble^ madame, que... — Vous deviez avoir une drôle de figure avec votre grand bonnet pointu? — En vérité, madame, je ne comprends pas... — Ah! moi je comprends bien toutes vos tribulations. Avezvous assez souffert après votre naufrage ! — Mais, madame, je ne sais... — Vous avez dû être bien content le jour où vous avez trouvé Vendredi! » M. de Talleyrand avait donné à lire à sa femme, peu liseuse, comme disait la maréchale Lefèbvre, les AveD tares de Rohinson Crusoé.

Cette pauvre maréchale Lefèbvre ! on a aussi recueilli ses mots caractéristiques, d'un tout autre genre que ceux de M. de Talleyrand; mais celui-pi savait prendre à propos tous les styles. Un jour, par exemple, qu'étant encore

64 SOUVENIRS intimes.de m. de tâlletrand.

femme d'mi simple général, elle assistait, chez M. de Talleyrand, à un dîner magnifique : « Mon Dieu, lui dit-elle, vous nous avez donné un fier fricot! cela a dû vous coûter gros.

Ah! madame,* vous êtes bien bonne, ça n'est pas le

Pérou. »

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