X.a perfidie est noble envers la tyrannie
Et après tout, s'il est permis de jouer au plus fin, c'est quand il est impossible de jouer au plus fort. M. de Talleyrand faisait, comme l'on sait, partie du conseil de l'impératrice, et tandis que l'empereur se couvrait de lauriers inutiles en défendant les abords de la capitale, le bon roi
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Joseph, que M. de Talleyrand trouvait un excellent homme, mais un pauvre sire, ce roi républicain (1) commandait dans Paris au nom de son frère. Déjà rarchi-chancelier, les ministres, beaucoup de membres du gouvernement, avaient pris la route de Blois. Le 29 mars, l'impératrice Marie-Louise (car Tadorable Joséphine, qui vivait encore, ne quitta point la Malmaison}, avant de partir pour la même résidence, envoya la duchesse de Montebello chez M. de Talleyrand savoir à quelle heure il comptait partir. — « Mais, mon Dieu ! je ne sais encore; bien certainement j*irai la rejoindre, mais les routes doivent être encombrées; il faut s'échelonner à cause des chevaux. » Puis, reconduisant M"»« de Montebello jusqu'au haut de Tescalier, avant de la quitter, il lui prit affectueusement les deux mains et lui dit d'un ton pénétré : — « Allez, ma bonne duchesse, allez, vous pouvez être sûre d'une chose, c'est que l'empereur et l'impératrice sont victimes d'une bien odieuse machination. » Gela dit, il rentra dans ses appartements pour s'assurer qu'il ne manquait rien dans celui qu'il avait fait préparer pour l'empereur Alexandre.
M. de Talleyrand se présente à la barrière de l'Étoile, ses gens sont en grande livrée : — a Vos passeports? disent les préposés. — C'est le prince vice-grand-électeur, crient ses gens. — Oh ! il peut passer. — Non, dit le prince,
(l) Nous avons entendu dire à Talma lui-même que lors du voyage qu'il fit à Genève en iSU» ayant été voir Joseph Bonaparte qui habitait une terre en Suisse, celui-ci lui dit dans la conversation : « Mes idées républicaines sont si fixes et si positives, qu'alors même que j'étais roi de Naples et roi d'E^spagne, je ii'ai jamais cessé un instant d'être républicain. »
je n'ai point de passeport, je ne violerai point Tordre et l'autorité. »
' Le prince rentre, dans son hôtel. On a prétendu que pendant son séjour à Tîle d'Elbe, Napoléon aurait dit :
« Si j'avais fait pendre deux hommes, Talleyrand et Fouché, je serais encore sur le trône. »
L'empereur avait écrit au roi Joseph, le 8 février 1814 : « Oui, je vous parlerai franchement. Si Talleyrand est pour quelque chose dans cette opinion de laisser l'impératrice à Paris, dans le cas où l'ennemi s'en approcherait, c'est trahir. Je vous le répète , méfiez-vous de cet homme I Je le pratiqué depuis seize années; j'ai même eu de la faveur pour lui ; mais c'est sûrement le plus grand ennemi de notre maison, à présent que la fortune l'a abandonnée depuis quelque temps. Tenez-vous aux conseils que j'ai donnés. J'en sais plus que ces gens-là. »