‹ Souvenirs littérairesChapitre 22 sur 37 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

J'ai prononcé le nom de l'évêque de Nîmes, et je ne puis passer à côté de lui sans saluer du cœur et de la main cet homme éminent qui fut un de mes meilleurs amis. Nous étions compatriotes, nos berceaux se touchaient, nos mères étaient amies, et, tout enfants, nous avions joué ensemble. Il a écrit d'innombrables volumes, prêché d'innombrables sermons, et, comme tant d'autres, il est mort sans avoir donné la mesure de toute sa valeur. Doué d'une mémoire prodigieuse, d'une vaste intelligence très ornée, grand scholar, comme disent les Anglais, plein de gaieté et d'esprit, sans nulle morgue sacerdotale, très large d'idées, très bon, très charitable, vrai connaisseur et conducteur d'hommes, comme tous les grands pasteurs, il vécut à Besançon de longues, trop longues années, dans des emplois subalternes où le cardinal Matthieu le confinait sans profit pour l'Eglise; tout en reconnaissant son rare mérite, le cardinal trouvait commode de s'en servir. Il eût dû être évêque dix ans plus tôt : mais il était ami de Montalembert, et par conséquent mal noté à la nonciature, où régnait Veuillot. J'en sais quelque chose. En 1870, de graves personnages bisontins, sachant que je connaissais le ministre des Cultes Ê. Ollivier, me sollicitèrent vivement de lui parler de l'abbé Besson, comme d'un épiscopable hors ligne. Je ne me fis pas prier. E. Ollivier se prêta à cette ouverture de la meil-

leure grâce du monde. Mais, quelques jours après, il m'apprit qu'il s'était heurté contre l'hostilité de Veuillot et les préventions de la nonciature. L'abbé ne fut nommé évêque que sous la présidence du maréchal de Mac-Mahon. Il déploya à Nîmes toutes ses qualités de cœur et d'esprit; les protestants mêmes le pleurent encore; à Rome, sa situation grandissait d'année en année; il est certain qu'il serait aujourd'hui cardinal et qu'il jouerait un grand rôle dans l'évolution actuelle de l'Eglise.

Un nouveau groupe, à présent : autre théâtre, autres acteurs. La scène se passe à Versailles, sous l'Empire toujours. Quatre hommes, quatre amis, sont réunis autour d'une table frugale, dans un modeste appartement de la rue de la Chancellerie, tous différents de caractère, mais unis d'opinions et de sympathie. L'un est un ancien saint-simonien, un apôtre; l'autre, un théologien; le troisième, un moraliste; le dernier, un poète. A l'exception de celui-ci, tous sont devenus journalistes : il s'agit de Charton, de Scherer et de Bersot. Par suite de l'infinie complexité de la nature humaine et de la destinée, l'apôtre s'est fait vulgarisateur de la science et de l'art, une sorte de maître d'école par la plume; le théologien est devenu critique littéraire, et le moraliste, journaliste militant, en attendant qu'il dirigeât l'Ecole normale d'où il était sorti. C'est le poète, c'est

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