‹ Souvenirs littérairesChapitre 25 sur 37 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

vaic calculer la marche de l'horrible maladie; il a pu prévoir l'heure fatale... C'est bien lui qui a regardé la mort en face! Pauvre et admirable Bersot! Il a légué à Scherer le soin de rassembler et de publier le meilleur de ses œuvres. Scherer Ta fait. Sous le titre de Un moraliste, on a la quintessence de cet esprit exquis. C'est un trésor qu'il a légué à tous les lecteurs intelligents, comme sa vie est un exemple, un sursum corda pour tous ceux qui savent encore reconnaître et admirer la vraie grandeur morale.

J'avais encore d'autres amis à Versailles, et je ne devrais pas quitter cette ville sans les saluer au moins d'un mot. Je ne citerai que Mme de Villers et Emile Deschamps : il ne faut pas oublier les poètes, ce serait d'un mauvais exemple. J'ai parlé tout au long de Mme de Villers dans une revue de province. Quant à É. Deschamps, lui aussi, hélas! était devenu un objet de pitié et d'admiration : il était aveugle! Il n'en restait pas moins aimable, trop aimable même; il dépassait la mesure; et sa politesse, son désir de plaire allaient jusqu'à l'hyperbole et l'outrance. Il n'écrivait pas au plus petit poète sans l'encenser et l'exalter, comme le faisait Victor Hugo. Mais chez lui, nul calcul; c'était le besoin de plaire et de faire plaisir. Sa formule ordinaire dans ses lettres à ses confrères, de quelque degré qu'ils fussent, n'était pas moins que : « Mon cher grand poète! » J'en

pourrais donner des preuves. Cela me contristait pour lui et pour moi. Mais je pris le parti d'en rire, en me rappelant le mot du Régent à Dubois, au bal masqué : « L'abbé, tu me déguises trop! »

Je n'ai pas connu son frère Antony, et je le regrette; il avait un talent élevé, plus sérieux, et il eût pris une belle place dans la pléiade romantique, si sa santé n'avait pas arrêté son essor. Le voile qui obscurcit peu à peu les yeux de son frère s'étendit sur lui aussi, et plus tristement encore ; il fut atteint dans la source même de la lumière, — dans la raison.

Il faudrait finir, et j'ai peine à le faire, tant d'autres figures m'attirent encore! Puisque j'ai fait une excursion dans la politique, pourquoi n'en tenterais-je pas une dans l'art? 11 touche de plus près la littérature. Je vais donc, avant de terminer, parler de quatre peintres que j'ai eu le bonheur de connaître; — j'aurais pu dire l'honneur, car rien n'honore plus que certaines amitiés.

En pensant à ces hommes célèbres dont je vais évoquer la mémoire, j'éprouve un sentiment de sérénité, de joie intime que l'esprit ne connaît que bien rarement, mais qu'il éprouve toutes les fois qu'il est en présence du bon, du beau et du grand. Je vais parler de nobles natures qui ont su vivre dans les hautes et pures régions de l'idéal, et montrer aux philistins du monde, comme aux

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