NOHANT
Le « château » de Nohant — ainsi l'a-t-on toujours appelé, d'un nom très ambitieux — est une simple maison bourgeoise, habitation confortable, qui n'a aucune prétention au château. J'ai ouï dire que c'était le corps de logis principal d'un ancien couvent. Il se peut, et cela paraît assez probable. Au rezde-chaussée, le réfectoire et le parloir ont dû être convertis en salle à manger et en salon. Quant aux chambres du premier, elles sont toutes pareilles, comme des cellules, et donnent toutes sur un même couloir, ce qui ressemble assez à l'ordonnance d'un couvent.
C'est à Nohant qu'Aurore Dupin — ainsi s'appelait George Sand de son nom de famille — fut élevée par sa grand'mère et qu'elle passa toute sa jeunesse, à l'exception de trois années accomplies à Paris, au « Couvent des
dames anglaises », en pénitence, afin de refréner sa sauvagerie.
En 1821, sa grand'mère, la plus indulgente et la meilleure des femmes, mourut, lui léguant tous ses biens, y compris la maison de Nohant.
Au cours de son existence très accidentée, George Sand y revint toujours. Ce fut pour elle lieu d'asile ; elle y trouvait le calme reposant, au lendemain des crises — on sait qu'elles furent fréquentes, — et s'y terrait au £pte, comme un lièvre blessé, toujours reprise de cette soif de travail que rien ne put assouvir.
Au lendemain de la rupture définitive avec Musset, en mars 1835, — la passion avait eu deux « rechutes », — elle se confina à Nohant, dans la retraite la plus absolue, demandant à ses deux amis les plus intimes quel était le remède au mal.
Sainte-Beuve, le premier des deux, lui recommanda la « philosophie ».
Le second, Michel de Bourges, qui lui souffla ses premières aspirations républicaines, lui dit de chercher « la satisfaction de toutes les forces de son être, dans la compassion envers le prochain, en se mettant au service de l'humanité... »
Un peu brumeuse, n'est-ce pas? la consultation de Tavocat, qui fut aussi l'ami le plus tendre de sa cliente, mais un ami d'humeur si tyrannique que la rupture se fit rapide : « J'ai des grands hommes plein le dos ! écrivait -elle, à son propos, au confident Sainte-Beuve, en une forme plutôt familière. Les grands hommes, je voudrais les voir tous dans Plutarque ! »
De 1837 à 1847, elle vécut presque exclusivement à Nohant. Elle n'alla à Paris que par échappées, avide de reprendre au plus vite la vie des champs. Elle était d'ailleurs rarement seule, et ses amis venaient volontiers la visiter. Au cours de l'année 1838, Balzac passa quelques semaines en la compagnie du « camarade » — ainsi se plaisait -il à l'appeler. — Ce qui valut quelques lettres curieuses adressées à un de ses amis, l'éditeur Gosselin, si je ne me trompe.. Nous en extrayons le passage suivant, bien pittoresque, où il dépeint, en belle humeur, la « grande femme, en robe de chambre » :
« J'ai trouvé le camarade George Sand, dans sa robe de chambre, écrit -il, fumant un cigare, après dîner, au coin du feu, dans une immense chambre solitaire. Elle avait de
jolies pantoufles jaunes, ornées d'effilés, des bas coquets et un pantalon rouge : voilà pour le moral. Au physique, elle avait doublé son menton, comme un chanoine. Elle n'a pas un seul cheveu blanc, malgré ses effroyables malheurs ; son teint bistré n'a pas varié, ses beaux yeux sont toujours aussi éclatants, et elle a l'air tout aussi bête, quand elle pense...
« La voilà dans une profonde retraite, condamnant à la fois le mariage et l'amour, parce que dans l'un et dans l'autre état elle n'a eu que des déceptions... Elle est garçon, elle est artiste, elle est grande, généreuse, dévouée, chaste, elle a les traits de l'homme ; ergo^ elle n'est pas femme ! »
Le portrait n'est-il pas admirable? Que peut -on y reprendre ou y ajouter? Je le crois en outre fort ressemblant, car il me souvient avoir eu un jour la curiosité d'interroger Sainte-Beuve, et de lui demander si George Sand avait jamais été jolie. Il me répondit, après avoir fait cette petite moue des lèvres qui lui était coutumière, quand il hésitait ou ne voulait pas se prononcer : « Peuh ! Jolie, pas dans le sens précis du mot. Agréable, étrange, curieuse, séduisante même, plutôt que jolie. Elle avait de très beaux yeux, des
yeux admirables, et des cheveux superbes, abondants, un visage régulier, une bouche bien dessinée avec des dents blanches ; mais l'ensemble des traits avait une vague expression masculine. » Il me semble que l'opinion du critique confirme celle du romancier.
Nohant, qui fut parfois un centre de réunions philosophiques et littéraires, devint plus tard surtout un centre de famille, George Sand consacrant à l'éducation de ses enfants, puis de ses petits -enfant s, l'ardeur passionnée qu'elle apportait à toutes choses.
Elle y recevait volontiers, et alors la vie y était simple, d'une grande liberté et suffisamment confortable. Chacun y faisait à sa guise. Il n'y avait de « rituel » que l'heure des repas. Le soir on se réunissait dans le salon du rez-de-chaussée, une pièce oblongue, meublée de sièges du temps de Louis XY, en noyer sculpté. '
La soirée se passait en causeries — sauf les jours de marionnettes, — Mme Sand s'amusant à peindre de vagues paysages, sur des bristols aux nuances dégradées, burinant à coups de grattoir des nuages floconneux, tandis que sa belle-fille, Lina Sand, brodait au tambour et que sa fille, Solange Clésinger,
perpétrait quelque miracle de tapisserie.
George Sand — la « bonne dame » — était singulièrement aimée dans ce pays où elle répandait le bien autour d'elle, et sa mort fut une véritable douleur publique. C'est à Nohant qu'elle expira, le 8 juin 1876, après une dizaine de jours de cruelle maladie. Elle était atteinte du mal depuis plusieurs années, soumise parfois à des crises douloureuses, cachant sa souffrance pour ne pas effrayer ses enfants.
La mort de George Sand souleva un problème difficile à résoudre. L'auteur de Mauprat était déiste assurément, elle en avait témoigné en mainte occasion, mais elle avait horreur de tout culte extérieur, et se refusait à admettre le prêtre et l'Église. Tous le savaient, car elle n'en faisait pas mystère. C'était, chez elle, comme une sorte de « phobie » furieuse. On raconte même que lors de la maladie dernière de Sainte-Beuve, elle avait fait une démarche, au nom de la a libre pensée », pour supplier le grand critique de n'appeler point un prêtre à son chevet mortuaire, ce qui d'ailleurs était peine bien superflue. Car Sainte-Beuve, athée convaincu, ne songea jamais à faire une mort religieuse.
Son vieil ami le docteur X..., de La Châtre, lui dit un jour :
— Alors, chère amie, vous ne mettez jamais les pieds dans une église?
— J'ai l'horreur des mômeries du prêtre, elle disait le plus souvent du « curé ». Je n'ai pas mis les pieds dans une église depuis le couvent !
— Je comprends, répliqua le docteur en riant. Vous vous souvenez que vous êtes femme, et vous voudriez que ce soit Dieu qui fasse la première visite...
Mais la mener directement au cimetière sans passer par l'église eût été un scandale sans pareil, dans cette commune très religieuse qu'était Nohant. Cela eût provoqué une véritable révolution.
Que faire en cette occurrence?
Le curé se refusait à procéder aux obsèques religieuses, s'il n'y avait autorisation de l'évêque.
Une partie de la famille et quelques amis de la défunte tenaient pour les obsèques purement civiles, comme étant la réalisation d'une volonté expresse. Seule, Mme Clésinger, — Solange Sand, — se récriait, faisant observer que, s'il en était ainsi, elle se retire-
rait, ne voulant pas avoir sa part de responsabilité dans les événements qui allaient se passer : « Les paysans mettront le feu à la maison ! » disait-elle. Et prise de terreur, elle alla trouver l'évêque de Châteauroux, à qui elle expliqua la situation, faisant observer que sa mère avait, pendant toute sa vie, pratiqué la charité la plus touchante, que lui fermer les portes de l'Église à l'heure dernière, serait un danger public. Elle pria, supplia tant et si bien que l'évêque finit par se laisser toucher, et dit simplement ces mots : « La miséricorde de Dieu est infinie ! »
Les obsèques s'accomplirent en présence d'une foule considérable de paysans, venus non seulement des environs, mais aussi de très loin. George Sand était pour les Berrichons une gloire nationale.
Le chemin de fer avait amené d'autre part un certain nombre de Parisiens, des amis de toutes les heures, entre autres Victor Hugo, Alexandre Dumas, Charles Edmond, Renan, Paul Meurice, E. Planchut...
A la suite d'une chaleur accablante, le ciel s' entr' ouvrit en une pluie torrentielle, et l'on piétinait dans la boue liquide en sortant de l'église.
Au cimetière, Victor Hugo prononça Toraison funèbre devant une armée de parapluies, sur lesquels la pluie cascadait en larges gouttes. « Je pleure une morte, dit -il, et je salue une immortelle ! » La phrase lui était coutumière, et un peu banale. Ernest Renan dit : « Quelque chose manquera désormais à notre concert, une corde est brisée dans la lyre du siècle. »
l'histoire d'une statue
Dès le lendemain de la mort de Mme Sand, survenue au courant de l'année 1876, il y eut, ainsi que d'usage, un comité constitué, par lui-même, — comme un vrai gouvernement de la Défense nationale, — et où ne figurèrent pas les plus minces personnalités du quart d'heure.
Il s'agissait d'ériger une statue à l'auteur du Marquis de Villemer, qui d'ailleurs l'avait méritée tout au moins autant que bien d'autres !
Qui donc faisait partie dudit comité? Je cite au hasard de la mémoire : Victor Hugo, Jules Simon, Auguste Vacquerie, Alexandre Dumas, Emile de Girardin, Adrien Hébrard, Cernuschi, Charles-Edmond, Emile Augier, Emile Perrin, alors administrateur de la Comédie-Française, le directeur de l'Odéon et aussi quelques autres encore ; si je les ai
GEORGE SAiND 71
oubliés, qu'ils me le pardonnent ! Dame ! il y a de cela plus de trente ans !
Il y eut une première réunion au foyer du Théâtre-Français ; on s'installa ; on nomma même un président : Victor Hugo — cela allait de soi — ; puis on chercha un emplacement ; on hésita entre le terre-plein de la rue de Médicis, et la place de l'Odéon ; puis on ajourna le choix du statuaire à la séance suivante, et... c'est ici que l'anecdoty commence ; elle est sans grande méchanceté, mais caractéristique, amusante et bien typique de son époque :
— Où se réunira -t -on la prochaine fois? demanda un des membres présents.
— Messieurs, chez moi, si vous voulez bien me faire cet honneur ! dit de sa voix cassante, Emile de Girardin, mèche au front, lorgnon vissé à l'œil, boutonné dans sa redingote, calme, froid, impassible comme à son ordinaire. #
Il y eut un murmure d'acquiescement poli.
Seul, Adrien Hébrard, sceptique comme feu Arouet, eut un froncement de ses sourcils narquois qui semblait dire : ft Quel intérêt Talieyrand a-t-il à être malade? »
En effet, Emile de Girardin était, dans la vie, d'une sage économie^ et cette poussée héroïque à la rencontre des cigares et des rafraîchissements à offrir semblait contraire à ses habitudes.
On fut d'ailleurs exact au rendez-vous, et au grand complet. D'abord, c'était la seconde séance, et vous avez remarqué qu'il est d'usage qu'on y assiste. Les défections ne commencent guère qu'à la troisième. Puis, pour certains, il y avait la curiosité de voir l'habitation du vieux publiciste. Les chroniqueurs en avaient parlé.
On se réunit dans la grande galerie de l'hôtel de la rue Pauquet-de-Villejust, et dès l'abord on put constater que la cordialité remplaçait les cigares et les rafraîchissements.
Cependant, comme le maître de la maison avait autorisé ses invités à fumer leur tabac, quelques cigarettes se roulèrent, quelques cigares échangèrent leur feu. Puis, comme toujours, on se divisa par petits groupes et on fit les cent pas, causant de tout un peu et d'autres choses encore, s'arrêtant de temps à autre pour regarder les tableaux accrochés à la muraille, les statues sur leurs socles,
les bustes sur leurs gaines, échangeant des propos à voix haute ou discrète, selon la qualité de bienveillance des réflexions.
Dans le chambranle d'une grande cheminée en bois sculpté, en un encadrement Louis XIII né sous l'habileté d'un ciseau de la rue de Charonne, s'étalait le portrait à demi-corps du philosophe Descartes.
— Tiens, Descartes ! fit un des invités.
— Biseautées... répliqua à demi-voix un autre, faisant ainsi une allusion blagueuse à la sincérité toujours vague des opinions politiques du maître de la maison.
Victor Hugo, volontiers solennel, avisa le buste de Delphine Gay, Mme Emile de Girardin, première du nom, raide sur sa gaine, d'un visage calme, avec des papillotes en marbre blanc, et saluant de la main :
— Je salue une grande âme ! dit-il d'une voix pleine et un peu tragique, de la voix d'un homme pénétré des traditions de feu Beauvallet.
Personne ne broncha, les cigares et cigarettes envoyant en l'air leur fumée indifférente.
Dépité du peu d'effet produit, le poète se
tourna du côté de Girardin, alors en dialogue intime avec Jules Simon, et Tinterpellant :
— Monsieur de Girardin, dit -il, je salue une grande âme...
— Parfaitement, cher maître, parfaitement ! répliqua Girardin d'un air distrait, comme ennuyé d'avoir été interrompu dans sa conversation.
— Voilà plus d'une heure que nous sommes ici, dit Vacquerie, esprit pratique, en regardant sa montre ; il va falloir que j'aille au Rappel. Si on s'occupait un peu de la statue, du sculpteur, et de la souscription?...
En ce moment, on arrivait à l'extrémité de la galerie, et sur un fond rouge, bien en lumière, on aperçut une statue de femme, à demi couchée, grandeur nature, se détachant en relief, le blanc du marbre éclatant sur le fond de la draperie.
— Tiens ! dit Vacquerie, après un moment, mais voilà une statue de George Sand, et fort belle, ma foi ! De qui est -elle?
— De Clésinger, son gendre, — répliqua Girardin, avec une feinte indifférence ; — c'est un chef-d'œuvre !
— Un gendre sculptant sa belle-mère, quel
exemple et quelle rareté ! fit un autre, sacrifiant au cliché.
— Peuh ! il a peut-être espéré la faire pour un tombeau? répliqua un troisième, non moins banal.
— Jamais nous ne trouverons mieux que cette statue ! ajouta Jules Simon, très convaincu, et qui paraissait avoir été mis au point.
— Sans aucun doute, fit Dumas ; elle est suffisamment ressemblante.
— Messieurs, dit Vacquerie en riant, vous en parlez bien à votre aise : cette statue n'est pas à nous...
— Monsieur de Girardin consentirait -il à la céder? répliqua Victor Hugo.
Tous les yeux se tournèrent du côté d'Emile de Girardin, qui était resté problématique, comme un sphinx et muet comme une carpe de Fontainebleau.
— Peut-être bien ! fit Charles Edmond, avec un bon sourire de Slave.
— Moi, je l'espère, insinua Hébrard.
Emile prit un air de vieille en désir d'être
violentée, et qui se dispose à opposer une molle résistance.
— J'y tiens beaucoup, dit -il... Cependant...
— Si on insistait..., continua à insinuer Hébrard, toujours narquois.
— Peut-être, je ne dis pas...
— Mais, objecta Dumas, après avoir examiné la statue, il me paraît qu'elle n'est pas faite pour la place publique ; ni la pose ni les arrangements ne semblent... Et puis, un marbre blanc, en plein air, ce n'est pas heureux ; c'est un perchoir pour les ramiers...
— Et même pis qu'un perchoir, dit un autre ; les pigeons sont si peu respectueux !
— Quelle nécessité de mettre cette statue sur une place publique? clama la voix un peu nasillarde d'Emile Perrin.
— Mais alors où la mettrait -on?
— Au foyer de la Comédie-Françaiée, continua l'administrateur général ; justement il y a une place tout indiquée à l'extrémité de la galerie des Bustes, là où était la statue de Voltaire, qui occupe aujourd'hui le milieu du foyer carré.
— C'est vrai, je n'y avais pas pensé ! fit Girardin, avec une candeur qui avait l'apparence étudiée de la sincérité.
— Pourquoi au foyer de la Comédie-Française? observa timidement • le directeur de rOdéon; cela semble peu justifié : jamais
GEORGE SANP 77
George Sand n'a été jouée au Théâtre-Français ; ou plutôt, si, elle va obtenu deux chutes mémorables : Cosima, qui eut à peine une représentation, et succomba sous les sifflets, et Comme il vous plaira.., qui eut les trois représentations réglementaires. . .
Il ne put achever, car Perrin lui jeta de son œil le plus élevé — les deux n'étaient pas sur la même ligne — un regard terrible qui semblait insinuer : « Ta chevelure me plaît, viens que je te scalpe !... » Puis il dit :
— C'est bien simple : on reprendra à la Comédie -Française le Marquis de Villemer et François le Champi, et l'entrée de la statue au foyer sera justifiée.
— Ce sera même un acte de réparation, dit Victor Hugo. L'heure de la justice sonne toujours tardive !
— Alors, fit Vacquerie, talonné, lui, par celle du Rappel, il me semble que cela va tout seul ; il ne manque plus que le consentement de Girardin !
— Je connais mon illustre confrère, dit Hébrard ; je suis sûr qu'il ne voudra pas nous refuser...
La bouche de Girardin prit la forme d'une
78 SOUVEISIRS LITTÉRAIRES
brèche de muraille, alors que l'armée des assiégeants commence à pénétrer.
— S'il en est ainsi, repartit Victor Hugo, je crois que la souscription est bien inutile ; on ne peut guère demander au public de souscrire pour une statue destinée au foyer de la Comédie-Française. C'est affaire avec le ministère des beaux-arts ; le comité ou son bureau fera une démarche auprès du ministre, cela suffira, si toutefois M. de Girardin consent à céder son marbre?
— Il faut bien faire ce que vous voulez, cher maître, soupira le vieil Emile qui, plus heureux que Titus, n'avait pas perdu sa journée.
On se retira.
Vacquerie et Hébrard partirent les premiers, l'un se dirigeant vers le Rappel^ l'autre du côté du Temps,
C'était l'heure du tirage.
Arrivés au bas de l'escalier, ils ne purent s'empêcher de rire en se regardant, ainsi que le pratiquaient les augures.
— Quel vieux m^alin ! fit Vacquerie.
— Dame ! répliqua Hébrard, n'a-t-il pas dit que tout bon journaliste devait avoir a une idée nouvelle chaque jour »?... Au jour-
d'hui, il a eu l'idée de vendre très cher une statue en marbre très encombrante, et qu'il a payée très bon marché ! C'est la mise en pratique de son précepte.
Le ministre, qui n'était pas fâché d'être agréable au rédacteur en chef d'un grand journal influent, céda facilement aux sollicitations du comité, et la statue de Clésinger, qui avait été adjugée pour deux mille cinq cents francs en vente publique, après décès du sculpteur, à Emile de Girardin, lui fut achetée par les beaux-arts — à beaux deniers comptants — pour la somme de quinze mille francs, qu'il voulut bien consentir à recevoir, et placée ensuite au foyer de la Comédie- Française, où elle est encore aujourd'hui.
Tout naturellement il n'y eut pas de souscription publique, et le comité ne tarda pas à se dissoudre.
Voilà pourquoi George Sand n'a pas eu sa statue sur la place de l'Odéon, là où plus tard fut érigé le monument d'Emile Augier.