‹ Souvenirs littérairesChapitre 13 sur 27 · Lui et Elfe, par Paul de Musset, p. 134 et suiv · texte numérisé non relu

Lui et Elfe, par Paul de Musset, p. 134 et suiv

Lorsque, déjà stérile, Alfred de Musset mourut, le l^"" mai 1857, à l'âge de quarante-six ans et demi, son frère Paul se hâta d'aller à Nohant, où habitait George Sand, afin d'en obtenir la restitution ou la destruction des lettres qu'elle conservait. Il était, en effet, d'un haut intérêt que ces lettres fussent anéanties. George Sand a fait lire à une de ses amies cette correspondance, qui sous plus d'un rapport serait une justification. L'amie copia cinq lettres, pas plus. Ces lettres, dont j'ai lu la copie, pourraient être publiées sans inconvénient. Il en est une qui contient deux strophes que voici :

Te voilà revenu dans mes nuits étoilées, Bel ange aux yeux d'azur, aux paupières voilées, Amour, mon bien suprême et que j'avais perdu ! J'ai cru pendant trois ans te vaincre et te maudire, Et toi, les yeux en pleurs, avec ton doux sourire, Au chevet de mon lit te voilà revenu.

Eh bien ! Deux mots de toi m'ont fait le roi du monde. Mets ta main sur mon cœur, sa blessure est profonde, Élargis-la, bel ange, et qu'il en soit brisé; Jamais amant aimé mourant pour sa maîtresse N'a dans des yeux plus noirs bu la céleste ivresse. Nul sur un plus beau front ne t'a jamais baisé*.

George Sand, qui était un honnête homme, a toujours gardé une invincible discrétion sur certains faits relatifs à ses liaisons et jamais elle n'aurait manqué à cette discrétion à l'égard de Musset, pour lequel elle avait conservé une tendresse émue. Lorsqu'elle lui écrit, elle l'appelle : « Mon pauvre enfant », et lorsqu'il lui répond, il lui dit : « 0 mon grand George! » La nuance est remarquable, je la constate dans les lettres dont je viens

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