CHAPITRE XXII
Portrait de IMmpératrice Marie. — Les grands ducs. — Le grand archifnandrite. — Fôte k Péterhoft — Le roi de Pologne. — Sa mort. — Joseph Poniatowskî.
L'empereur m'avait commandé de faire le portrait de l'impératrice sa femme; je la représentai en pied, portant un costume de cour et une couronne de diamants sur la tôle. Je n'aime point à peindre des diamants, le pinceau ne saurait en rendre l'éclat. Toutefois, en faisant pour fond un grand rideau de velours cramoisi, qui me donnait un ton vigoureux dont j'avais besoin pour faire ressortir la couronne, je parvins à la faire briller autant que possible. Lorsque je fis venir ce tableau chez moi pour terminer les accessoires, on voulut me prêter avec l'habit de cour tous les diamants qui l'ornaient ; mais il y en avait pour une somme si considérable, que je refusai cette marque de confiance, qui m'aurait fait vivre dans l'inquiétude; je préférai les peindre au palais, où je fis reporter mon tableau.
L'impératrice Marie était une fort belle femme ; et son embonpoint lui conservait de la fraîcheur. Elle avait une taille élevée, pleine de noblesse, et de superbes cheveux blonds, Je me souviens de l'avoir vue dans un grand bal, avec ses beaux cheveux bouclés retombant de chaque côté sur ses épaules, et le dessus de la tête couronné de diamants. Cette grande et belle
personne s'élevait majestueusement près de Paul qui lui donnait le bras, ce qui formait un contraste frappant. Le plus beau caractère se joignait à tant de beauté : l'impératrice Marie était vraiment la femme de rÉvangile, et ses vertus étaient si bien connues, qu'elle offre peut-être le seul exemple d'une femme que la calomnie n'osa jamais attaquer. J'avoue que j'étais fière de me trouver honorée de ses bontés, et que j'attachais un grand prix à la bienveillance qu'elle me témoignait en toute occasion.
Nos séances avaient lieu aussitôt après le diner de la cour, en sorte que l'empereur et ses deux fils, Alexandre et Constantin, y assistaient habituellement. Ces augustes visiteurs ne ine causaient aucune gène, attendu que l'empereur, le seul qui aurait pu m'intimider, était fort aimable pour moi. Un jour que Ton vint servir le café, comme j'étais déjà à mon chevalet, il m'en apporta lui-même une tasse, puis il attendit que je l'eusse bue pour la reprendre et la reporter. Il est vrai qu'une autre fois il me rendit témoin d'une scène assez burlesque. Je faisais placer un paravent derrière l'impératrice, pour me donner un fond tranquille. Dans un moment de repos, Paul se mit à faire mille gambades> absolument comme un singe; grattant le j)aravent et faisant mine de l'escalader. Ce jeu dura longtemps. Alexandre et Constantin me parurent souffrir de voir leur père faire des tours aussi grotesques, devant une étrangère^ et moi-même je me trouvai mal à l'aise pour lui.
Pendant l'une des séances, l'impératrice lit venir ses deux plus jeunes fils, le grand-duc Nicolas et le