‹ Souvenirs (volume 2)Chapitre 140 sur 293 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

que irorigînalité, je n'ai jamais vu réunis lant de manteaux brodés d'or, tant de diamants et tant de plumes. De distance en distance, des musiciens, que Ton ne voyait point, charmaient l'oreille par les sons de cette ravissante musique de cors, que Ton n'entend qu'en Russie. Toutes les eaux jouaient, et les eaux de Péterhoff sont magnifiques ; je me souviens principalement d'une nappe d'eau prodigieuse, qui s'élance d'un énorme rocher dans un canal^ de telle sorte qu'elle forme une large voûte sous laquelle on passait sans être mouillé. Lorsque le soir on illumina le château, le parc et les vaisseaux, on n'oublia point ce rocher, et c'est alors que l'elTet devint magique; car il était impossible d'apercevoir les lampions dont la lumière brillantait sur cette immense voûte d'eau limpide qui retombait avec un bruit effrayant dans le canal. Le souvenir de cette journée m'est toujours resté, comme celui de la plus belle fête que puisse donner un souverain.

Ce dernier mot me conduit à parler d'un homme que j'ai vu fréquemment, pour lequel j'avais beaucoup d'amitié, et qui, après avoir porté la couronne, vivait alors à Saint-Pétersbourg en simple particulier. C'est Stanislas-Auguste Poniatowski, dernier roi de Pologne. Dans ma première jeunesse j'avais entendu parler de ce prince, qui n'était pas encore monté sur le

trône, par plusieurs personnes qui le voyaient chez madame Geoffrin où il allait souvent dîner. Tous ceux ^ui s'étaient trouvés avec lui à cette époque faisaient l'éloge de son amabilité et de sa beauté. Pour son bonlAeurou pour son malheur, il est difficile d'en décider,

il fit un voyaye à Saint-Pétersbourg, durant lequel Catherine II s'éprit du beau Polonais, au point que, lorsqu'elle fut en possession du trône, elle Taida de tout son pouvoir pour le faire roi de Pologne, et Poniatowski fut couronné le 7 septembre 1764. Il faut croire que Tamour chez une souveraine cède aisément à Tambitian, puisque Ton a vu cette même Catherine détruire bientôt son ouvrage, et renverser le monarque qu'elle avait si vivement protégé. La perte de la Pologne une fois décidée, Heplin et Stakelberg, ambassadeurs russes, régnèrent de fait sur ce malheureux royaume, jusqu'au jour où il cessa d'exister. Leur cour devint plus nombreuse que celle du prince qu'ils ne craignaient pas d'insulter sans cesse, et qui ne conservait que le titre de roi.

Stanislas-Auguste Poniatowski était aimable et bon, fort brave, mais peut-être manquait-il de ^éne^ gie nécessaire pour contenir l'esprit de rébellion qui régnait dans ses États. Il fit tout pour se rendre agréable à la noblesse et au peuple, il y parvint môme en partie ; toutefois il existait tant d'éléments de désordre à l'intérieur, joints au plan formé par les trois grandes puissances environnantes pour s'emparer de la Pologne, que son triomphe eût été un miracle. Aussi le viton succomber et se retirer à Grodno, où il vécut d'une pension que lui firent la Russie, laPrusse et l'Autriclief qui venaient de se partager son royaume.

L'empereur Paul I", après la mort de Catherine Ih invita Stanislas Poniatowski à venir à Saint-Pétersbourg pour assister à son couronnement. Pendant toute la cérémonie, qui fut très-longue, on laissa Tex'

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