‹ Souvenirs (volume 2)Chapitre 141 sur 293 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

roi debouty ce qui, vu sou âge avancé, fit peine à toutes les personnes qui étaient présentes. Paul, à la vérité, se montra une autre fois plus aimable aveclui en rengageant à rester à Saint-Pétersbourg, où il le logeadans le palais de marbre que Ton voit sur le beau quai de la Neva. Ce qui produisait un singulier rapprochement, c'est que ce palais se trouve situé presque en face de la forteresse où Catherine II est enterrée.

Le roi de Pologne, au reste, était fort convenablement logé. Il s'était fait une société agréable, composée en grande partie de Français, auxquels il joi* gnait quelques autres étrangers qu'il avait distingués. Il eut Textrôme bonté de me rechercher, de m'invitera ses réunions intimes, et il m'appelait sa bonne amie, comme faisait à Vienne le prince de Kaunitz, Rien ne me louchait autant que de l'entendre me répéter souvent qu'il aurait été heureux que j'eusse été à Varsovie lorsqu'il était encore roi ; je savais en effet qu'à cette époque, quelqu'un lui disant que j'irais en Pologne, il répondit qu'il me traiterait avec la plus grande distinction ; mais tout retour sur le passé me semblait devoir être pénible pour lui.

Stanislas Poniatowski était grand. Son beau visage exprimait la douceur et la bienveillance. Le son de sa voix était pénétrant^ et sa marche avait infiniment de dignité sans aucjane affectation. Il causait avec un charme tout particulier, possédant k un haut degré l'ainour et la connaissance des lettres. Il aimait les arts .^vec tant de passion, qu'à Varsovie, lorsqu'il était roi, il allait sans cesse visiter les artistes supérieurs.

42 SOUVENIRS DE MADAME VIGÉE LE BRUiN.

Sa bonté était vraiment sans pareille. Je me souviens d'en avoir reçu moi-môme une preuve qui me rend un peu honteuse quand j'y pense. Il m'arrive, lorsque je suis à peindre, de ne plus voir dans le monde que mon modèle^ ce qui m*a rendue plus d'une fois tout à fait grossière pour ceux qui viennent me troubler quand je travaille. Un matin que j'étais occupée à finir un portrait, le roi de Pologne vint pour me voir. Ayant entendu le bruit de plusieurs chevaux à ma porte, je me doutais bien que c'était lui qui me rendait une visite ; mais j'étais tellement absorbée dans mon ouvrage, que je pris de Thameur, et à tel point, qu'à l'instant oh il entr'ouvrait ma porte, je lui criai : « Je n'y suis pas. » Le roi, sans rien dire, remit son manteau et partit. Quaad j^eus quitté ma palette, et que je me rappelai de sang-froid ce que je venais de faire, je me le reprochai si vivement, que le soir même j'allai chez le roi de Pologne lui porter mes excuses, et chercher mon pardon. « Gomme vous m'avez reçu ce matin I » me dit-il, dès qu'il m'aperçut. Puis il ajouta de suite : « Je comprends parfaitement que, lorsqu'on dérange un artiste bien occupé, on lui cause de l'impatience ; aussi croyez bien que je ne vous en veux point du tout. » Et il me força a rester à souper, où il ne fut plus question de mes torts.

Je manquais rarement les petits soupers du roi de Pologne . Lord Withworth, ambassadeur d'Angleterre en Russie, et le marquis de Rivière y étaient aussi très-fidèles. Nous préférions tous trois ces réunions intimes aux grandes cohues ; car, après le souper, il

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