‹ Souvenirs (volume 2)Chapitre 151 sur 293 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

des villages les séparent; car, pour prendre une idée de Moscou, il faut le voir.

Je me lis descendre au palais que M. Dimidoff avait eu la bonté de me prêter. Ce palais immense était précédé d'une grande cour qu'entouraient des grilles trèsélevées. Personne ne Thabilant, je me promettais une tranquillité parfaite. On sent qu'après toutes mes fatigues et ma diète forcée, mon premier besoin, dès que j'eus satisfait mon appétit, fut celui de dormir; mais, hélas ! voilà que vers cinq heures du matin, je suis réveillée en sursaut par un bruit infernal. Une énorme troupe de ces musiciens russes qui ne donnent chacun qu'une note de cor, venait de s'établir dans le salon voibin de ma chambre pour répéter. Ce salon était fort grand, et peut-être était-il le seul qui convint à ce genre de répétition. J'eus grand soin de demander au concierge si pareille musique avait lieu tous les jours, et sur sa réponse, que, le palais n'étant pas habité, on avait consacré la plus grande pièce à cet usage, je résolus de ne rien changer aux habitudes d'une maison qui n'était pas la mienne, et de chercher un autre logement.

Dans mes premières courses j'allai voir la comtesse Strogonoff, femme de mon vieux et bon ami. Je la trouvai hissée sur une machine très-élevée, qui faisait continuellement la bascule. Je ne concevais pas comiDent elle pouvait supporter ce mouvement perpétuel ; mais elle en avait besoin pour sa santé; car elle était dans l'impossibilité de marcher et d'agir, ce qui ne l'empêchait pas d'être aimable. Je lui parlai de l'embarras où j'étais de trouver un logement. Elle me dit

aussitôt qu'elle avait une JDlie maison qui n'était poiut habitée, et me pria de l'accepter ; mais comme elle ne voulait pas entendre parler du prix de la location, je refusai positivement. Voyant qu'elle me pressait en vain, elle fit venir sa ûllc, qui était fort jolie, et me demanda le portrait de cette jeune personne, pour le prix du loyer, ce que j'acceptai avec plaisir. J'allai donc, quelques jours après, m'établir dans cette maison où j'espérais trouver du calme, puisque je devais y loger seule.

Dès que je fus installée dans ma nouvelle habitation, je visitai la ville, autant que me permettait de le faire la rigueur de la saison ; car durant les cinq mois que j'ai passés à Moscou, la neige n'a point fondu,cc qui m*a privée du plaisir de parcourir les environs, que l'on dit admirables.

Moscou a pour le moins dix lieues de tour. La Moskowa traverse la ville, et deux autres petites rivières l'arrosent. C'est un coup d'œil vraiment surprenant que cette multitude de palais, de monuments publics d'une très-belle architecture, de couvents, d'églises *, entremêlés de sites agrestes et de villages. Ce mélange de magnificence et de simplicité champêtre produit je ne sais quel effet fantastique qui doit plaire au voyageur, toujours avide d'originalité.

Moscou renferme, dit-on, quatre cent vingt mille habitants, et le commerce qu'on y fait doit être bien considérable, puisqu'un seul quartier, dont j'ai oublié

' Le» églises sont en si grand nombre dans cette ville qu'an dicton du peuple est : Moscou avec sa qnarante quarantaine d'églises.

(Note de V auteur.)

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