CHAPITRE XXV
ment les conjurés avaient trompé son fils sur le résultat de leur entreprise, elle se jeta à ses pieds^ em disant : n Je salue donc mon empereur. * Alexandre la releva, s'agenouilla à son tour devant elle, la serra dans ses bras, et la combla de marques de respect et de tendresse.
Cette tendresse ne s'est jamais démentie. L'empereur Alexandre, tant qu'il a vécu, n'a rien su refuser à sa mère; et il avait pour elle un si grand respect, qu'il voulut lui conserver tous les honneurs de sa cour ; elle marchait constamment devant l'impératrice Elisabeth.
La mort de Paul ne donna lieu à aucune de ces réactiods qui suivent trop souvent la mort d'un souverain. Tous ceux qui avaient joui de là faveur de ce prince conservèrent les avantages qu'ils devaient à sa protection ; Koutaisoff, son valet de chambre, ce barbier qu'il avait si fort enrichi, qu'il avait décoré des premiers ordres de la Russie^ resta tranquille possesseur des bienfaits de son maître ; madame Chevalier, cette jolie actrice qui avait joué le rôle de favorise, put rester au théâtre de Saint-Pétersbourg; mais, comme elle avait reçu de Paul un magnifique diamant de la couronne, ce qui était su de tout le château, quelques personnages de la cour, qui craignaient sans doute qu'elle ne quittât la ville, en apprenant la mort de l'empereur, se rendirent chez elle dans la nuit même du crime; madame Chevalier était couchée et endormie, on l'éveilla, et sa frayeur fut grande lorsqu'elle aperçut, à pareille heure plusieurs personnes dans sa chambfe; ces messieurs la rassurèrent, mais
lui firent) rendre le diamant, qui était d'un prii énorme.
S'il ne fut rien changé à la position des amis de Paul, il en fut autrement de celle de ses yictimes; les exilés revinrent et rentrèrent dans leurs biens; justice fut rendue à tous ceux qui avaient élé immolés à des caprices sans nombre, enfin un siècle d*or commença pour la Russie. On n'en pouvait douter à voir Tamour, le respect, l'enthousiasme des Rosses pour leur nouvel empereur. Cet enthousiasme était si grand que le plus grand bonheur pour tous était d'avoir vu, d'avoir rencontré Alexandre; s'il allait se promener le soir au jardin d'été, s'il traversait les rues de Saint-Pétersbourg, la foule Tentourait en le bénissant, et lui, le plu^ affable des princes, répondait avec une grâce parfaite à tous les hommages qu'il recevait. Je n'ai pu aller à Moscou lors de son couronnement; mais plusieurs personnes qui étaient présentes à cette cérémonie m'ont dit que rien ne fut plus toocbaot et plus beau ; les transports de La joie publique éclataient de toutes parts dans la ville et dans l'église; quand Alexandre posa la couronne de diamants sur la tète de l'impératrice Elisabeth, éclatante de beauté, tous deox formaient un groupe si admirable que l'enthousiasme parvint à son comble.
Au milieu de l'ivresse générale, j'eus moi-même la joie de rencontrer l'empereur sur un des quais de Is Neva, peu de jours après mon arrivée : il était à cheval; quoique la loi de Paul fût abrogée, comme on l'imagine, j'avais fait arrêter ma voiture pour avoir le plaisir de regarder passer Ale^^andre^ il ^^