CHAPITRE XXVI
Narva. — - Sa cataracte. — Berlin. — La douane. — M. Ranspach. — La reine de Prusse. — Sa famille. — Llle des Paons. — Le général Boomonville.
Je partis de Saint-Pétersbourg triste, malade, et seule dans ma voiture, n'ayant pu garder ma femme de chambre, qui était russe, mariée' et fort avancée dans sa grossesse. J'emmenai seulement un très-vieux homme qui désirait aller en Prusse, à qui j'avais donné par pitié la place d'un domestique, ce dont je me suis bien repentie, car cet homme s'enivrait à chaque poste au point qu'on était obligé de le reporter sur le siège. M. de Rivière, qui m'accompagnait dans sa calèche, ne me fut pas d'un grand secours, surtout quand nous eûmes passé la frontière russe et que nous trouvâmes les sables ; car les postillons, dont il ne savait pas se faire obéir, l'emportaient sans cesse par les chemins de traverses tandis que je suivais la grande route.
Je fis ma première station à Narva, petite ville bien fortifiée, mais laide et mal pavée. Le chemin qui y conduit est ravissant ; il est bordé de maisons charmantes et de jardins anglais; dans le lointain on aperçoit la mer couverte de vaisseaux, ce qui rend cette route tout à fait pittoresque. Les femmes, à Narva, portent le costume des femmes de l'antiquité. Elles