CHAPITRE XXVI
Dans Tétai de maladie où j'étais, une manière de vivre aussi fatigante d.evait m'être fatale : peu de jours suffirent en effet pour me jeter dans un acca* blement que mon courage et mon vif désir ^e ne point m'arrèler en route pouvaient à peine surmonter. Je devins si faible et si souffrante, qu'il fallait me traîner dans ma voiture, où je restais comme sans mouvement, privée même de la faculté de penser. Je n'avais d'autre sensation que celle d'une douleur aiguG dans le côté droit, que me causait un rhumatisme et que chaque secousse redoublait. Cette douleur était si intolérable, qu'un jour, les voiturins s'étant enfoncés dans un chemin que l'on réparait et qui ét«ut rempli de pierres, je perdis entièrement connaissance dans nui voiture.
Une partie de mon supplice finit à Rœnigsberg ; là je repris la poste jusqu'à Berlin, où j'arrivai vers la fin de juillet 1801, à dix heures du soir ; mais, en dépit du besoin que j'avais de repos, il me restait à éprouver les tourments de la douane. On me fit passer sous une grande voûte très-sombre, où j'attendis au moins deux grandes heures ; les douaniers voulurent ensuite garder ma voiture pour la visiter la nuit, ce qui m'aurait obligée à me rendre à pied jusqu'à l'auberge, et il pleuvait à verse. Je me débattis en français, ces hommes me ripostèrent en allemand ; il y avait de quoi perdre l'esprit. On ne voulait seulement pas me permettre de retirer mon bonnet de nuit et des petites fioles qui contenaient des antispasmodiques, dont certes j'avais grand besoin après de pareilles
scènes ; car, à force de crier avec ces barbares, j'étais
enrouée au point de ne pouvoir plus parler. Enfla j'obtins que Ton me laissât quitter la douane dans ma voiture, et je me rendis à l'auberge de la Ville de Parts avec un douanier; vrai démon, qui de plus était ivre mort. Il déflt mes paquets, mes vaches, mettant tout sens dessus dessous, et s'empara d'une pièce de mousseline des Indes brodée, qui m'avait été donnée par madame Dubarry, lorsque je quittai Paris. Gomme je ne voulais pas que Ton déroulât ma Sibylle ni les éludes que javais faites de Tempereur et de l'impératrice de Russie, ma voiture fut mise sous scellé, et je pus enfin me mettre au lit, mais avec un tremblement affreux qui ne aie permit pas de dormir un seul instant.
Le lendemain matin, de bonne heure, j'envoyai chercher M. Ranspach, mon banquier, qui arrangea tous mes démêlés avec la douane ; il me fit rendre ma pièce de mousseline, à laquelle je tenais beaucoup» sans que j'eusse rien à payer, ^et les chefs des doua* niers poussèrent la politesse jusqu'à venir chez moi me faire des excuses de ce qui s'était passé. M. Raospach, qui me guidait pour mes affaires pécuniaires, était un fort aimable homme dont je n'ai jamais ea qu'à me louer. J'allai dtner chez lui quelques jours après , et je trouvai là plusieurs de ses compatriotes qui joignaient à beaucoup d'instruction le mérite de n'avoir aucune pédanterie, et dont la conversalioû m'intéressa beaucoup.
Trois jours me suffirent pour me remettre de mes fatigues, et je me sentais beaucoup mieux, quand U reine de Prusse, qui n'élait point alors à Berlin, en^