CHAPITRE XXVI
la campagne et pour les beaux sites ; elle désira que j'allasse voir son lie des Paons. Une de ses voitures m'y conduisit. On arrive à ce lieu charmant par une épaisse forêt de sapins que l'on tratVerse, puis on descend un chemin rapide qui vous mène à un lac sur lequel est située File des Paons et son petit château. Le temps était triste, il pleuvait même, et ce séjour ne m'en parut pas moins élyséen.
Outre les deux études au pastel que me faisait faire Sa Majesté, je fis de la môme manière celles de la famille du prince Ferdinand *. Une des jeunes princesses, la princesse Louise, qui avait épousé le prince Radzivill, était jolie et très-aimable ; j'ai eu pendant quelque temps avec elle une correspondance qui me charmait ; car je la compte au nombre des personnes qu'il est impossible d'oublier. Son mari, le prince Radzivill, était fort bon musicien. Je me rappelle qu'un jour il me causa une surprise qui tenait uniquement à la différence des usages de tel ou tel pays : pendant mon séjour à Berlin, on me mena à un grand concert public, et je fus étonnée au dernier point, en entrant dans la salle, de voir le prince Radzivill qui jouait de la harpe. Jamais chose semblable ne pourrait avoir lieu chez nous, jamais un amateur, surtout un prince, ne pourrait jouer devant une autre société que la sienne, et encore une société payante : il faut croire qu'en Prusse cela semblait tout naturel.
C'est à Berlin que je fis connaissance avec la baronne de Krudener, si connue par son esprit et son
< Je devais plus tard copier tons ces pastels à l'haîle, ce que J'ai fait aussitôt mon arrivée à Paris. {Note de routeur.)
exaltation de tête. Sa réputation comme auteur était déjà faite ; mais elle n'avait pas encore acquis le caractère d'apôtre religieux qui l'a rendue si célèbre dans le Nord ; elle et son mari ont été très-obligeants pour moi. J*en puis dire autant de madame de Souza, ambassadrice de Portugal, dont je fis alors le portrait. II m'arrivait d'ailleurs, comme à tous ceux qui courent le monde, de retrouver plusieurs gens de connaissance : je revoyais entre autres avec grand plaisir le comte et la comtesse Golowkin, que j'avais connus à Saint-Pétersbourg. Je vis arrivera Berlin la charmante actrice, madame Chevalier ; elle était fort riche ; aussi ai-je su depuis qu'après avoir divorcé, elle avait épousé un jeune homme attaché à la légation française.
A mon arrivée à Berlin, j'avais été faire une visite à l'ambassadeur de France, le général Bournonville,*car j'abordais enfln l'idée de retourner à Paris. Mes amis, mon frère surtout, m'en sollicitaient vivement. Il leur avait été facile de me faire rayer de la liste des émigrés, et j'étais rétablie dans ma qualité de Française, qu'en dépit de tout je n'avais pas perdue dans mon cœur. Le général Bournonville était un brave et bon militaire que l'on estimait beaucoup à Berlin. Il me reçut à merveille, et m'engagea de la manière la plus flatteuse à retourner dans ma patrie, m'assurant que l'ordre et la paix y étaient complètement ré* tablis.
Quoique le général Bournonville fût le premier am« bassadeur de la république que j'allais trouver, j'en avais déjà vu d'autres. Vers la fin de mon séjour à