‹ Souvenirs (volume 2)Chapitre 170 sur 293 · II · texte numérisé non relu

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98 SOUVENIUS DE MAÛAMfi YiG£E LE BRUN.

ri?er, et je partis, fort heureuse, comme on pense bien, d'avoir recouvré lout à la fois mon domestique et mon nécessaire. Je rapporte cette aventure, parce •que je pense qu'elle pourra servir de leçon aux voyageurs distraits.

En quittant Berlin, j'allai à Dresde où je devais m'arrêler pour faire plusieurs copies du portrait de l'empereur Alexandre, que j*avais promises. Je comptais ensuite poursuivre ma route vers la France sans séjourner longtemps nulle part. Ce n'était pourtant qu'avec une sorte de terreur que je pensais à revoir Paris. La lettre suivante, que j'écrivais de Dresde à mon frère^ peut donner une idée de ce qui se passait en moi :

Dresde, oo 18 septembre 1801.

« Il y a des siècles, mon bon ami, que je veux t'écrire ; mais j'ai toujours été en camp volant, déménageant sans cesse, sans trouver un bon coin où je puisse m'établir pour peindre. Enfin me voilà à peu près bien, et je commence demain les copies du portrait de l'empereur Alexandre. J'ai reçu de toi une petite lettre par le bon père Rivière ; l'impatience que tu as de me revoir ne surpasse certainement pas la ' mienne ; mais, mon bon ami, je ne puis te cacher ce qui se passe dans ma pauvre tête et dans mon cœur à l'idée de mon retour à Paris. En me rapprochant de la France, le souvenir des horreurs qui s'y sont passées se retrace à moi si vivement que je crains de revoir les lieux qui ont été témoins de ces scènes affreuses. Mon imagination replacera tout. Je voudrais être aveugle ou avoir bu du fleuve d'Oubli pour vivre

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