‹ Souvenirs (volume 2)Chapitre 175 sur 293 · CHAPITRE XXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIII

aujourd'hui il m'est impossible de passer sur celle place sans me rappeler les horreurs dont elle a été le théâtre, et je ne puis me rendre maltresse de mon Imagination .

On peut penser avec quel empressement je me rendis au musée du Louvre, qui possédait alors tant de chefs- d^œuvre ; j'y allai seule, pour jouir de celte vue sans distraction : je .parcourus d'abord la galerie de tableaux, ensuite celle des statues ; et lorsque, enfin, après être restée plusieurs heures sur mes jambes, je songeai à retourner chez moi pour dîner vers quatre heures et demie, je m'aperçus que les gardiens, igno* ranl que je n'étais point sortie, avaient fermé toutes les portes; je cours à droite, à gauche; je crie; il m'est impossible de me faire entendre et de me faire ouvrir ; je mourais de faim et de froid, car nous étions au mois de février ; je ne pouvais frapper aux fenêtres, elles étaient beaucoup trop élevées ; ainsi je me trouvais en prison au milieu de ces belles statues que je n'étais plus du tout en disposition d'admirer; elles me paraissaient des fantômes ; el à l'idée qu'il me faudrait passer la soirée et la nuit avec elles, la frayeur et le désespoir s'emparèrent de moi ; enfin, après avoir fait mille détours,j'aperçus une petite porte contre laquelle je frappai si fort que l'on vintm'ouvrir ; je sortis précipitamment, ravie de reprendre ma liberté et de pou-

voir aller dîner, car j'avais grand besoin de manger. Peu de jours après mon arrivée à Paris, je reçus de la Comédie Française la leltre suivante :

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