‹ Souvenirs (volume 2)Chapitre 178 sur 293 · CHAPITRE XXVIII. il · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIII. il

charmée d'une circonstance qui me procurait le plaisir de la voir et de faire connaissance avec elle.

Très-peu de jours après, elle m'invila à un grand bal, où je me rendis avec la princesse Dolgoruki, que j'avais la joie de posséder à Paris. Ce bal était charmant. Il y avait beaucoup de monde sans confusion, et un grand nombre de jolies femmes, un fort bel hôtel, rien n'y manquait. Comme la paix d'Amiens venait de se faire, on retrouvait dans cette réunion je ne sais quel air de tenue et de magnificence que la jeune génération n'avait pu connaître jusqu'alors. C'était pour la première fois que les hommes et les femmes de vingt ans voyaient à Paris des livrées dans les antiehami bres, dans les salons des ambassadeurs ; des étrangers de marque, richement vêtus, tous décorés d'ordres brillants : et, quoi qu'on puisse dire, ce luxe convient mieux pour un bal que les carmagnoles et les pantalons.

. Une femme rivalisait alors à Paris avec madame Récamiersous le rapport de la beauté. C'était madame Tallien ^. Robert, qui la connaissait beaucoup, me mena chez elle ; et j'avoue que je cherchai vainement un défaut dans l'ensemble de cette charmante personne. Elle était à la foi^ belle et jolie; car la régularité de ses traits ne lui enlevait point ce qu'on appelle la physionomie. Son sourire, son regard, avaient quelque chose de ravissant, et sa taille, ses bras, ses épaules, étaient admirables.

1 Le baron Gérard a fait un beau portrait en pied de madame Thérèse Cabarrus, femme Devin de Fontcnay, puis femme Tellien, et plus tard femme du comte de Garaman, prince de Ghimay.

Ud SOUVENIRS DE MADAME VIGÉE LE BRUN.

Madame Tallien joignait à sa beauté un cœur excellent; on sait que dans la révolution une foule de victimes, dévouées à la mort^ avaient dû leur salut à l'empire qu'elle exerçait sur Tallien, les infortunés la nommaient alors notre dame de bon secours. Elle me reçut avec une grâce parfaite. Plus tard, lorsqu'elle eut épousé le prince de Chimay, elle habitait, au bout de la rue de Babylone, un très-bel hôtel où son mari et elle s'amusaient à jouer la comédie. Tous deux la jouaient fort bien ; elle m'invita à l'un de ses spectacles et vint plusieurs fois à mes soirées.

Je ne tardai pas à formera Paris quelques nouvelles liaisons, dont le temps a fait des amitiés. J'avais le bonheur d'ôtre fort proche voisine de la marquise d'Hautpoult, que son caractère, sa bonté, son esprit, me firent aimer promptement, et qui est restée une de mes meilleures amies.

Je fis aussi connaissance, dans ce temps, avec madame de Bàv/Vy qui venait d'épouser un officier russe, fils du célèbre général de ce nom. Elle était fort jeune alors, et ne s'était pas encore distinguée dans les lettres comme elle l'a fait depuis, quand elle eut perdu et son mari et sa fortune ; mais, alors comme aujouiv d'hui, elle joignait à son. esprit et à ses talents cette modestie si vraie, si réelle, et surtout cette bonté .d'âme qui me la font chérir.

J'eus de même le bonheur, à cette époque, de eonnat* tre Ducis dont le beau caractère égalait le rare talent. Le naturel, l'extrême simplicité de toutes ses manières contrastaient si bien avec la brillante imagination dont le ciel l'avait doué, que je n'ai jamais vu

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