CHAPITRE XXVIII
La princesse Dolgoruki vint me voir le jour qu'elle avait été présentée à Bonnparte. Je lui demandai comment elle avait trouvé la cour du premier consul ': « Ce n'est point une cour, me répondit-elle, mais une puissance, » La chose. en effet dut lui paraître ainsi, étant accoutumée à la cour de Saint-Pétersbourg, qui est si nombreuse et si brillante, tandis qu'elle trouva atix Tuileries fort peu de femmes, mais un nombre prodigieux de militaires de tous grades.
Au milieu des distractions que m'offrait le séjour de Paris, je n'en étais pas moins ppursuivie par une foule d'idées noires, qui venaient m'accabler même au sein des plaisirs. Je flnis par éprouver un besoin ardent de vivre seule, en sorte que j'allai m'établir à Meudon, dans un endroit qu'on appelait la Capucinière et qui avait été habité par des religieux. La petite maison que je louai, bâtie pour servir de retraite à Tun des supérieurs, avait tout à fait l'air d*une thébaîde. Elle était placée au milieu des bois, et «son aspect agreste et solitaire aurait pu -me faire croire que j'étais à mille lieues de Paris. Cela me convenait à merveille; car ma mélancolie était si grande, que je ne pouvais voir personne; lorsque j'entendais une voiture, je m'enfuyais dans les bois de Meudon.
La première visite que je reçus là, ce fut celle de la duchesse de Flcury et de mesdames de Bellegardc qui habitaient ensemble une maison dans les environs « Elles m'invitèrent à venir les voir, et toutes trois étaient si aimables, que ce voisinage me charma au point de tne réconcilier arec Thumftnité et de dissiper ma mélancolie. Totitefois, lorsque l'automne vint, II. Il
je retournai à Paris où je retrouvai ioules mes idées tristes. Pour mètre fin. à un état d'esprit aussi pénible, je me. décidai à faire un voyage. Plusieurs fois, pendant que j'étais à Rome, on avait mis dans les journaux que j^élais à Londres, pour faire croire que j'avais suivis M. de Galonné; mais le fait est que je n'avais jamais vu cette ville ; aussi je résolus de m'y rendre.