CHAPITRE XXIX. l2o
l'hôtel que j'habitais, je profitai de Tobligeance d'un de mes compatriotes, nommé Gharmilly, qui vint me Yoir, mais que je ne connaissais pas, pour aller chercher un logement. J'en pris un dans.Beck-Street, et ceci me rappelle qu'à mon arrivée à Londres^ l'ignorance 'OÙ j'étais de la langue anglaise me fit tomber dans une méprise assez plaisante. Accoutumée que j'étais à lire rue de Richelieuy rue de Cléry^ etc., le mot êtreet^icvïi le dernier me semblait le nom de la rue, je disais à mon domestique : « En voici une qui ne finit pas.»
Ce logement que je venais de prendre dans Beck- Street présentait tant d'inconvénients pour moi, qu'il me fut impossible d'y rester longteràps. D'abord, sur le derrière de la maison^ je touchais au logis de la garde royale, et tous les matins, de trois à quatre heures, j'entendais sonner une trompette si forte et si fausse qu'elle aurait pu servir pour le jugement dernier. A ce bruit se joignait celui des chevaux de cette ' garde, dont les écuries se trouvaient sous mes fenêtres, et qui m'empêchait de dormir toute la nuit. Le jour, j'avais le bruit des enfants d'une voisine que j'entendais continuellement monter ou descendre les escaliers. Ces enfants étaient fort nombreux, au point que leur mère, ayant appris que l'on venait voir mes tableaux, arriva un jour chez moi avec toute sa famille, et me fit retfet de madame Gigogne. J'aurais pu, il est vrai, me réfugier dans une chambre située beaucoup pins beureusemftnt; mais j'uvais trop de repu-
' * On tail que êfrtet imi dira rue, «n angbîA,
gnancc à Thabiler, sachant qu'il venait d'y nàoarir tnic dame ; les armes de la défunte étaient encore audessus de la porte de la rue ; mais je ne connaissais I^as cet usage, autrement je n'aurais jamais loué celte maison. Je quittai donc Beck-Street. J'allai m'établir dans un bel hôtel à Portmann-Square. Cette place très-grande me faisait espérer de la tranquillité. Avant de louer, j'avais regardé les derrières de la maison, qui me promettaient le plus grand calme. Je couchais de ce côté pour être plus tranquille. Mais voilà que le lendemain, à la pointe du jour, j'entends des cris qui me percent les oreilles. Je me lève, j'avance la tête àla fenêtre, et j'aperçois à celle qui m'était la plus voisine» un oiseau énorme comme jamais on n'en a vu. Hélait attaché sur un grand b&ton. Son regard était furieux, son bec et sa queue étaient d'une longueur mons« trueuse : enûn je puis affirmer, sans aucune exagération, qu'un gros aigle près de lui aurait eu l'air d'un petit serin. D'après ce qu'on me dit, cette horrible bête venait des grandes Indes. Mais, quel que fût l6 lieu de son origine, je n'écrivis pas moins à sa mal-, tresse de vouloir bien faire mettre son oiseau du côU de la rue. Cette dame me répondit qu'il avait d'abord été placé ainsi, mais que la police l'avait fait ôtcr parce qu'il effrayait les passants.
, Ne pouvant me débarrasser de l'oiseau, j'aurais peut-être enduré ce tourment ; mais Thôtel avait été habité avant moi par des ambassadeurs indiens, et l on vint me dire que ces diplomates avaient fait enterrer
deux de leurs esclaves dans ma cave où ils étaient en-
If * core. C'était trop à la fois de ces cadavres et de 1 oi-