CHAPITRE XXX. i
puis celle époque, elle a fait d'immenses progrès dans un genre tout contraire à celui qui l'a fait dégénérer. Ce n'est pas cependant que l'homme qui la perdit alors ne fût point doué d'un très-grand talent. Boucher était né coloriste^ il avait du goût dans ses compositions, de la grâce dans le choix de ses flgures ; mais tout à coup, ne travaillant plus que pour les boudoirs, soncoloris devint fade, sa grâce fut maniérée, et, l'impulsion une fois donnée, tous les artistes voulurent l'imiter. On exagéra ses défauts, ainsi qu'il arrive toujours ; on fit de pis en pis, et l'art semblait éteint sans retour. Alors il vint un peintre habile, nommé yien, qui parut avec un style simple et sévère. Il fut admiré des vrais connaisseurs, et releva notre école. Depuis^ elle a produit David, le jeune peintre Louis Drouais, mort à Rome à l'âge de vingt-cinq ans, alors qu'il allait peut-être nous sembler l'ombre de Raphaël, Gérard, Gros, Girodet, Guérin, et tant d'autres que je pourrais citer.
il II n'est pas surprenant qu'après avoir critiqué les ouvrages de David, qu'évidemment vous ne connaissez point, vous me fassiez l'honneur de critiquer les miens, que vous ne connaissez pas davantage. N'e sachant pas l'anglais, je n'avais pas pu lire ce que vous avez écrit sur ma peinture, et lorsqu'on m'apprit, sans me donner de détails, que vous m'aviez fort maltraitée, je répondis que vous auriez beau dénigrer mes tableaux, tout le mal que vous pourriez en dire serait inférieur à celui que j'en pense. Je ne crois pas qu'aucun artiste se flatte d'avoir atteint la perfection ; et, bien loin d'avoir cette présomption, pour mon compte, il ne m'est ja-
mais arrivé d'être tout h fait contente d'un Je mes ouvrages. Néanmoins, mieux nstruite aujourd'hui, et sachant que votre critique porte principalement sur un point qui me semble important, je crois devoir la repousser dans l'intérêt de l'art.
vLa patience, seul mérite dont vous me croyez capable^ n'est malheureusement pas une vertu de mon caractère. Seulement, il est vrai de dire que je quitte dirficilement mes ouvrages. Je ne les crois jamais assez finis, et, dans la crainte de les laisser trop imparraits, ma nature me commande longtemps d'y réfléchir, el d'y retoucher encore.
oïl paraltque mes dentelles vous ont choqué, quoique je n'en fasse plus depuis quinze ans. Je préfère infiniment lesch&les, dont vous feriez bien de vous servir aussi. Monsieur. 'Croyez-moi, les châles sont une bonne fortune pour les peintres, et, si vous en aviez fait usage, vous auriez acquis le bon goût des draperies, que vous ne possédez pas assez.
<( Quant à ces étoffes, à ces coussins parlants, à ces velours qui se voient dans ma boutique, mon avis est que l'on doit soigner tous ces accessoires autant que la chose est possible, mais sans nuire aux têtes. Sur ce point, j'ai pour autorité Raphaël, qui n'a jamais rien négligé dans ce genre, qui voulait que tout fût expliq^f rendu, ce sont les termes de l'art, même jusqu'aux lleurettes des gazons. Je puis vous donner encore pour exemple la sculpture antique, où l'on ne trouve pas le
moindre accessoire négligé : les draperies-châles ^w caressent si bien le nu, et dont les seuls fragments détachés se vendent encore aujourd'hui aux vrais atna-