‹ Souvenirs (volume 2)Chapitre 193 sur 293 · CHAPITRE XXXI. i · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI. i

une ville des anciens Romains; c'est bien certainement la plus belle du royaume, je l'aime d'autant plus que c'est une cité bâtie à la campagne; aussi l'air qu'on y respire est-il parfumé

a Batb est chaque année le rendez-vous des coryphées fashionablesy ou, si tu le préfères en bon français, des élégants des deux sexes. On y prend des bains chauds naturels, mais surtout on y donne des bals, des concerts et des raouts^ dont la . plupart ont lieu dans les salles publiques ; on se réunit là cinq ou six cents personnes, et d'ordinaire on s'y étouffe, ou bien la salle est presque déserte. 11 n'existe pas dans le grand monde intermédiaire, en cela comme en beaucoup d'autres choses. Dans un de ces concerts, j'ai entendu madame Krumoltz, qui joua parfaitement de la harpe; quoiqu'elle soit petite et qu'elle ait l'air fort délicat, son jeu a tout autant de force que d'expression ; après le concert on soupa dans une très-grande salle à manger dont les longues tables, assez étroites, ressemblaient à celles d'un réfectoire; j'étais avec madame de Beaurepaire , et nous primes place à côté de très-vieilles et très-laides Anglaises ; je présumai avec raison qu'elles étaient du nombre de celles qui ne quittent point leur province où elles conservent la morgue gothique ; car les grandes dames de Londres et les Anglaises qui ont voyagé sont aimables et polies^ tandis que nos voisines, dès que nous fûmes assises, nous tournèrent le dos avec un certain air de mépris. Nous étions résignées à supporter le dédain de ces vieilles femmes, quand un Anglais de leur connaissance s'approcha d'elles, et leur dit quelques mots

à l'oreille qui les engagèrent aussilôtà se retourner et à nous témoigner plus d'aménité.

c Je suis restée trois semaines à Bath. On m'avait tant assuré que je m'y amuserais infiniment, que je m'attendais à retrouver là les. délices de Gapoue. 11 s'en est bien fallu vraiment : ces délices se sont réduites au plaisir que j'avais de passer ma matinée à grimper sur les montagnes, encore n'en ai-je joui que bien rarement, attendu qu'il n'a presque pas cessé de pieuvoir. Du reste, je me croyais en automne plutôt qu'en hiver; point de neige, point de froid, beaucoup d'arbres verts, ce qui prolonge la belle saison, et nous donne la douce illusion du beau temps.

« Écris-mois bientôt^ et ne conrpte pas avec moi. Adieu, mon cher ami. »

Peu de temps avant d'aller à Bath, j'avais été passer quelques jours au cbâleau de Knowles, qui, après avoir appartenu autrefois à la reine Elisabeth, appartient aujourd'hui à la duchesse Dorset. C'est devant la porte d'entrée de ce château que j'ai vu deux gros ormes qu'on m'a dit avoir plus de mille ans, et qi^i pourtant verdoyaient encore, surtout vers leur sommet. Le parc, dont l'extrémité touche à une forêt, est extrêmement pittoresque.

Le château renferme de fort beaux tableaux; les meubles sont encore les mômes qu'au temps d'Elisabeth. Dans la chambre à coucher de la duchesse, les rideaux du lit sont tout parsemés d'étoiles d'or et d'argent, et la toilette est d'argent massif.

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