‹ Souvenirs (volume 2)Chapitre 197 sur 293 · CHAPITRE XXXII. tU · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXII. tU

marque d'intérêt. Cette belle femme quittait les plaisirs de Londres, ses amis, sans parler de la foule d'adorateurs toujours attachés à ses pas pour me tenir simplement compagnie ; ce trait me parut bien aimable, aussi ne Tai-je jamais oublié.

Je m'embarquai pour Rotterdam, où nous arriva* mes le matin à cinq beures ; mais je restai dans le vaisseau par ordre ainsi que plusieurs autres personnes, et nous ne pûmes débarquer qu'à deux heures. Dès que je fus à terre^ j'allai chez M. de Beauharnais *, beau-frère de Joséphine et alors préfet de Rotterdam ; comme j'arrivais de Londres, il me consigna pour huit ou dix jours dans la ville, qu'il me laissa pour promenade, ce qui me contraria fort ; de plus, je ne tardai pas à être mandée chez le général Oudinot ', et j'avoue que je ne fis pas cette visite sans avoir un peu peiir; mais le général me reçut si .bien que mes craintes se dissipèrent aussitôt, et je me résignai à attendre que ma liberté me fût rendue. L'ambassadeur d'Espagne, que j'avais connu à Saint- Pétersbourg, et qui résidait à La Haye, ayant appris mon aventure, eut pitié de moi ; il vint me chercher plusieurs fois dans sa voiture pour me faire faire des courses à la Haye, distraction qui me fut fort agréable. Enfin, au bout de dix jours, j'obtins mon passeport et je fus libre.

i Le marqnis François de Beaoharnaîs, ué à La Rochelle, le 12 août n&6, et mort en 1823.

s Charles-Nicolas Oudinot, duc de Reggio, maréchal de France, né à Bar-Ie-Duc, le 25 avril 1767, et mort i Paris, le 13 septembre

Je partis pour Anvers OÙ le préfet, M. HédouvilleS me combla de soin et de prévenances ; il me conduisit dans la ville pour me faire voir tout ce qu'elle renfermait de remarquable. Ne sachant comment reconnaître robiigeance que madame Hédouville et lui me témoignaient, je m'empressai d'aller, sur leur demande, voir un jeune peintre fort malade, qui les intéressait beaucoup, et qui avait, disaient-ils, le plus vif désir de me connaître; M. Hédouville m'y conduisit et son aimable femme voulut me persuader que ma visite avait fait tant de plaisir à cet artiste, que la fièvre avait cessé aussitôt ; quoi qu'il en soit de cette cure dont on me faisait honneur, je ne pus savoir si elle fut complète, car je repris le lendemain ma route pour Paris.

Ce fut une grande joie pour moi que celle de revoir mes amis, et surtout'ma fîUe; son mari, qu'elle avait accompagné en France, était chargé par le prince Narischkin de la mission particulière d'engager des artistes pour Saint-Pétersbourg; il repartit quelques mois après, mais seul, car l'amour, hélas! avait fui depuis longtemps, et ma fille resta, à ma grande sa* tisfaction. Pour son malheur et pour le mien, ma pauvre enfant avait une tôte extrêmement vive ; de plus, je n'étais point parvenue à lui donner complètement le dégoût que je ressentais pour la mauvaise compagnie. Ajoutez àcela, soit qu'il y eût de ma faute ou non, que, si son empire sur mon esprit était grand, je n'en possédais aucun sur le sien, et l'on concevra que parfois elle ait pu me faire verser quelques larmes amères.

i Nicolas-Jean-Charles, comte d'Hédouville, est né ea 17C7, ^ mort à Paris, le 19 janvier 184G.

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