‹ Souvenirs (volume 2)Chapitre 199 sur 293 · CHAPITRE XXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXII

dame Murât sa petite fille qui était fort jolie, et cela sans augmenter le prix.

Il me serait impossible de décrire toutes les contrariétéSy tous les tourments qu'il me fallut endurer pendant gue je faisais ce portrait. D'abord, à la première séance, je vis arriver madame Murât avec deux femmes de chambre qui devaient la coiffer pendant que je la peindrais. Toutefois, sur mon observation qu'il me serait impossible de pouvoir ainsi saisir ses traits, elle consentità renvoyer ses deux femmes. Ensuite, elle manquait sans cesse aux rendez-vous qu'elle me donnait, de façon que, dans mon désir de terminer, elle m'a fait passer presque tout l'été à Paris, l'attendant le plus souvent en vain, ce qui m'impatienta à un point que je ne saurais dire. De plus, l'intervalle entre les séances était si long, qu'il lui arriva de changer de coiffure. Dans les premiers' jours, par exemple, elle portait des boucles de cheveux pendantes sur ses joncs, et je les fis comme je les voyais ; mais, quelque temps après, cette coiffure ayant passé de mode, elle revint coiffée tout autrement, en sorte que je fus obligée de gratter les cheveux que j'avais peints sur le visage, de même qu'il me fallut effacer des perles qui formaient un bandeau, pour les remplacer par des camées. Il m'en arriva autant pour les robes. Celle que j'avais faite d'abord était assez ouverte, comme on les portait alors, et garnie d'une large broderie; cette mode ayant changé, il me fallut rapprocher la robe et recommencer les broderies, qui se trouvaient beaucoup trop éloignées. Enfin tous les ennuis que madame Murât me fit éprouver finirent par me donner tant d'humeur,

in SOUVENIRS DE MADAME VIGÉE LE BRUN.

qu'un jour, comme elle se trouvait dans mon atelier, je dis à M. Denon, assez haut pour qu'elle pût ren* tendre : « J'ai peint de véritables princesses qui ne m'ont jamais tourmentée et ne m^ont jamais fait attendre. » Le fait est que madame Murât ignorait parfaitement que l'exactitude est la politesses des rois, comme le disait si bien Louis XIV, qui, à la vérité, n'était pas un parvenu.

Délivrée du tracas que m'avait donné le. portrait de madame Murât, je repris le train de vie paisible dont j'avais la douce habitude ; mais mon goût pour les voyages n'était point encore satisfait : je n'avais poiut vu la Suisse, et je brûlais du désir d'aller contempler cette belle et grande nature. Je résolus donc de quitter encore une fois Paris, et je partis en 1808, pour aller courir les montagnes. Comme j'adressai aloi's la relation exacte de ce voyage à] la comtesse Vincent Poctoka, je me borne à placer ici les lettres que je Uii écrivis et dont j'avais gardé les doubles.

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