‹ Souvenirs (volume 2)Chapitre 209 sur 293 · CHAPITRE XXXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIII

la grâce de son père, il en avait Tesprit, et surtout l'esprit d'à-propos si utile aux princes. J'en choisis un exenaple entre mille. La première fois qu'il passa des troupes en revue, il entendit partir des rangs quelques cris de : Vive l'Empereur I — « Vous avez raison, mes amis, dit-il aussitôt, il faut que tout le monde vive. » Alors ces mêmes soldats crièrent : Vive le duc de Berri I

La bonté de son cœur était si grande que nonseulement il s'intéressait à tout ce qui touchait ses amis, mais qu'il se conduisait avec les gens de sa maison comme aurait pu le faire un père de famille. Il était adoré de tous ses domestiques et se servait de cette influence pour les encourager dans la bonne conduite, et les engager à placer les économies qu'ils pouvaient faire. Un jour, comme il allait monter en voilure, un petit garçon de cuisine court vers lui, disant : « Mon prince, j'ai économisé quinze francs cette année. — Eh bien, mon enfant, cela t'en fait trente, » répondit le duc de Berri, qui lui doubla la somme.

Le duc de Berri mettait beaucoup d'ordre dans son revenu; ses plus fortes dépenses étaient occasionnées par le goût qu'il avait pour les arts^ goût que partageait son aimable femme. La duchesse de Berri se plaisait à encourager les jeunes artistes ; elle achetait leurs tableaux et leur en commandait fort souvent. La générosité avec laquelle elle payait ne la dispensait jamais de mettre une grâce parfaite dans tous ses rapports avec les hommes de talent.

Je n'oserais parler de madame la duchesse d'An-

goulôme. Que dirais-je qui ne soit au-dessous do vrai ? Les vertus de cette princesse sont connues do monde entier, et je craindrais d'affaiblir ce qu'en dira Thistoire. On sait de môme que le sort l'uuissait à un prince dont Tâme pure était digne de Tapprécier. Telle était la famille que nous ramenait la Restauration. G'esf aux hommes politiques qu'il appartient d'expliquer comment tant de vertus et de bonlé n'ont pas suffi pour lui conserver le trône ; mon cœur reconnaissant ne doit que le regretter.

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