II. Si
ciel le plus pur; car depuis mon départ j'avais toujours eu le plus beau temps du monde ; aussi, chemin faisant, je courais aux ruines de ces anciens châteaux dont il ne reste que quelques tours et des vieux murs ornés de lierre. Pour un peintre, la route que je suivais est très-intéressante; on y trouve à chaque pas de nobles débris, qui font naître parfois de tristes réflexions, quand on reconnaît que les guerres et les révolutions détruisent plus en un siècle que le temps ne pourrait le faire en des milliers d'années.
Dès que je fus arrivée à Blois^ j'allai visiter le château de Ghambord, cette féerie si romanesque, que l'on ne peut rien voir qui agisse autant sur l'imagination. On s'arrête longtemps devant ces vieilles portes en bois où sont scupltés des salamandres et les chiffres de François I"; on se raconte l'histoire de ce roi galant et mille autres histoires moins anciennes et moins romantiques. J'aurais voulu pouvoir emporter ces portes pour les faire encadrer. J'aurais bien voulu aussi dessiner l'intérieur de cette tour où soot sculptées trois cariatides, dont deux représentent Diane de Poitiers, et celle du milieu François I^; mais il faisait une telle chaleur jointe à un vent si violent, qu'étant en nage je pus trouver un coin propre à m'abriter. Maintenant, hélas ! Éole seul habite ces tours, ces terrasses, et pourtant je ne pouvais quitter une demeure qui est unique dans son genre.
En partant de Bloisje côtoyai les bords de la Loire, qui, comme on sait, sont charmants; mais, quand on a voyagé en Suisse, cette vue ne vous fait pas autant d'impression. J'allai à Ghanteloup. Ce château est su-