M. DE BEAUJON
père, en écoutant de la bonne musique. — Hélas I Monsieur, mon maître n*a jamais entendu celle qu'on fait ici, il se couche de trop bonne heure, dans l'espoir de dormir quelques instants. L'Anglais, regardant alors le magniQque jardin qui se déployait sous ses fenêtres : — Mais alors, votre maître peut jouir du plaisir de la promenade. — Hélas I Monsieur^ il ne marche plus. Dans ce moment arrivaient les personnes invitées à diner, parmi lesquelles se trouvaient de fort Jolies femmes. L'Anglais reprend : — Ënûn, voilà pins d'une beauté, qui peuvent lui faire passer des moments très agréables ? Le domestique ne répondit à ces mots que par deux hélas ! au lieu d'un, et n'ajouta rien de plus.
M. de Beaujon était très-petit et très-gros, sans aucune physionomie ; M. de Galonné, que j'ai peint en même temps, offrait son parfait contraste, et les deux portraits se trouvant exposés chez moi, l'abbé Arnault, qui les vit k côté l'un de l'autre, s'écria : Voilà précisément l'esprit et la matière.
M. de Beaujon avait été le banquier de la cour sous Louis XY, et ses opérations financières furent toujours si habiles qu'avant sa vieillesse il possédait déjà des millions. Il faut dire à sa louange qu'il dépensa en bonnes œuvres une grande partie de son immense forlune ; jamais un malheureux ne s'est adressé vainement à lui, et l'hôpital du faubourg du Roule recommande encore aujourd'hui son nom comme celui d'un bienfaiteur de l'humanité.