‹ Souvenirs (volume 2)Chapitre 229 sur 293 · LE MARÉCHAL DE BIRON, LE MARÉCHAL · texte numérisé non relu

LE MARÉCHAL DE BIRON, LE MARÉCHAL

DEBRISSAC

La figure, la taille, la contenance de ces deux vieux soutiens de la rooDarchîe française, sont si bien restées dans ma mémoire, qu'aujourd'hui je pourrais les peindre tous deux de souvenir.

Ayant entendu parler du superbe jardiu de l'hôtel de Biron, que Ton disait rempli des fleurs les plus rares, je fis demander au maréchal la permission de m'y promener : il me l'accorda, et je me rendis un matin chez lui avec mon frère. Malgré son grand âge, car il avait, je crois, quatre-vingt-quatre ans et ses infirmités, le maréchal de Biron, marchant avec peine, vint au-devant de moi : il descendit son large perron pour me donner la main quand je sortis de ma voiture, puis s'excusa beaucoup de ne pouvoir me faire les honneurs de son parc. Ma promenade finie, je revins au salon, où le maréchal me retint longtemps ; il causait avec grâce et facilité et me parla du temps passé de manière à m'intéresser beaucoup. Quand je retournai à ma voiture, il voulut absolument me donner la main jusqu'au bas de son perron, et le corps droit, la tête nue, il attendit, pour rentrer dans la maison^ qu'il m'eût vue partir; cette galanterie dans un homme plus qu'octogénaire me parut charmante.

Le maréchal de Biron est mort en 1788 ^ ; il n'eut

i Louij-Antoinc de Gontaut, duc de Biron, mairdial de France, est né le 2 février 1700, et mort le 30 octobre 17 «8.

M. BOUTIN. 2o9

pas la douleur d'être témoin de la défection des gardes-françaises : car il avait établi dans ce corps une discipline extrêmement sévère, que le duc du Gh&lelet, qui lui succéda, venait de relâcher beaucoup trop quand la révolution arriva.

Pour le maréchal de Brissac, je ne Tai vu qu'aux Tuileries, où il se promenait très-souvent : il paraissait bien âgé, mais il se tenait fort droit, et marchait encore comme un jeune homme ; son costume le faisait remarquer;- car il portait toujours ses cheveux nattés, qui formaient deux queues tombant derrière la tête, rhabit long, très-ample, avec une ceinture au bas de la taille, et des bas à coins bordés en or roulés sur ses genoux ; une toilette aussi antique ne lui donnait rien de grotesque, il avait Tair extrêmement noble, et Ton croyait voir un courtisan sortant des salons de Louis XIV *.

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