‹ Souvenirs (volume 2)Chapitre 230 sur 293 · M. BOUTIN · texte numérisé non relu

M. BOUTIN

Un autre financier immensément riche et tout aussi bienfaisant. que M. de Beauj on était M. Boutin pour qui j'avais beaucoup d'amitié. M. Boulin n'était plus

> JcaD-Paul-TimoIéoD Cossé, duc de Brissac^ maréclial de France, est né en 1698, et mort en 1784. Le dac, ayant été surpris uo Jour en conversation intime par le comte de Cliarolais chez la maitresse de ce comte a^i dans sa fureur lui cria : Sortez d'ici, Monsieur ! lui répendit avec le plus grand sang-froid : Monsieuç le comte, mes ancêtres auraient dit : Sortons.

jeune quand je fis connaissance avec lui ; il était petit et boiteux, gai, spirituel^ et d'un caractère si affable, si bon, que l'on s'attachait véritablement à lui dès qu'on le voyait un peu intimement. Gomme il possédait une très-grande fortune, il recevait souvent et avec une extrême noblesse ses nombreux amis, sans que cela portât en rien préjudice aux secours qu'il accordait à tant de pauvres dontil étaitj'appui. M. Boutin faisait les honneurs de chez lui avec une grâce parfaite : j'ai pu en juger souvent; car il avait arrangé pour moi, disait-il, un dtner du jeudi, où se trouvaient tous mes intimes : Brongniarl, Robert et. sa femme, Lebrun le poète, l'abbé Delille, le comte de Yaudreuil, qui ne manquait jamais cette réunion, quand il se trouvait à Paris le jeudi, etc., etc. Nous étions au plus douze personnes à table, et ces dîners étaient si amusants qu'ils me faisaient fausser une fois par semaine la parole que je m'étais donnée de ne jamais dîner hors de chez moi. Ils avaient lieu dans cette charmante maison de M. Boutin, placée sur la hauteur du magnifique jardin qu'il avait nommé Tivoli : à cette époque la rue de Glichy n'é(ait point encore bâtie, et quand on se trouvait là, au milieu d'arbres superbes qui formaient de belles et grandes allées, on pouvait se croire tout à fait à la campagne ; je puis même dire que cette belle habitation me semblait un peu trop isolée ; j'aurais eu peur d'y aller le soir, et je conseillais souvent à M. Boutin de ne jamais revenir seul.

Lorsque j'eus quitté la France, mon frère m'écrivit M. Boutin avait continué ses dîners du jeudi, en

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