M. DE BUFFON
Je suis allée, en i785, avec mon frère et M, le comte de Yaudreuil, dtner chez cet homme si célèbre comme savant et comme écrivain ^ BufTon était déjà fort vieux,
1 Jean-Louis-Lcclcrc, comte de Buffon, est né à Montbard, (C6te-d'0r), le 7 septembre 1707, et mort, à Paris, le 16 avril 1788.
puisqu'il est mort trois ans après, âgé de quatre-vingtun ans. Je fus d'abord frappée de la sévérité de sa physionomie ; mais, dès qu'il se fut mis à causer avec nous, nous crûmes voir s'opérer une métamorphose ; car son visage s'anima au point qu'on pouvait dire de lui avec toute vérité que le génie élincelait dans ses yeux. Nous le quittâmes pour aller à table ; lui resta dans son
salon, ne mangeant plus alors que des légumes. Son fils et sa jolie belle-Rlle firent les honneurs du c^taer, après lequel nous retournâmes au salon pour y prendre le café. Une conversation s'étant établie, M. de BuCfon en ût presque tous les frais, et parut se plaire à la prolonger ; il nous récita de mémoire plusieurs fragments de ses ouvrages, qui nous charmèrent doublement par la chaleur et l'expression qu*y prêtait l'accent de son génie. Nous le quittâmes assez tard, avec un grand regret, et j'étais tellement enthousiasmée de lui, que j'enviais beaucoup le sort de son Gis et de sa belle-fille, qui pouvaient tous les jours le voir et l'entendre.