‹ Souvenirs (volume 2)Chapitre 233 sur 293 · CHAMPFORT · texte numérisé non relu

CHAMPFORT

ques<uns de mes amis, notamment pour M. de Yaudreuil, dont il avaitgagné le cœur, d'autant plus qu'il était malheureux. Sa conversation était fort spirituelle, mais âcrey pleine de fiel et sans aucun charme pour moi, à qui, du reste, son cynisme et sa saleté déplaisaient souverainement .

Son véritable nom était Nicolas; il le changea sur le conseil de M. de Yaudreuil, qui désirait le pousser dans le monde, et même à la cour s'il était possible. M. lie Yaudreuil l'avait parfaitement. logé chez lui, et, vivant presque toujours à Versailles, en son absence il faisait servir une table pour Cbampfort et ceux qu'il plaisait à Cbampfort d'inviter. Enfin, il traitait cet homme comme un frère; et cet homme, quand ses amis les révolutionnaires lui reprochaient plus tard d'avoir vécu dans la maison d*un ci-devant noble^ répondait lâchement : « Que voulez-vous? j'étais Platon a à la cour du tyran Denys. » Je vous demande quel tyran c'était que M. de Yaudreuil 1 mais aussi quel Platon était-ce que Cbampfort I

Des liaisons intimes avec Mirabeau, et, par-dessus tout, l'envie des-grands, qui, de tout temps, aVait rongé son âioe, n'avait pas tardé à faire de Cbampfort un partisan énergumène de la révolution. Oubliant, ou plutôt se rappelant qu'il avait été. secrétaire des commandements de M. le prince de Condé et de madame Elisabeth, qui tous deux l'avaient comblé de bienfaits, on sait qu'il se montra un des plus ardents ennemis du trône et de la noblesse. En dépit du proverbe, qui prétend que les loups ne se mangent point entre eux, Cbampfort fut mis en prison par les

hommes qu'avaient si bien servis sa voix et sa plume; et comme on venait l'arrêter une seconde fois, il se coupa la gorge avec son rasoir.

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