L'ABBÉ DELILLE
Jacques DcHlle^ n'a été toute sa vie qu'un cnTant, le plus aimable, le meilleur, et le plus spirituel enfant qu'on puisse voir. On rappelait chose légère^ et j'ai toujours été frappée de la justesse de ce mot ; car nul homme plus que lui n'effleurait la vie^ sans s'attacher fortement à quoi que ce soit au monde. Jouissant de l'heure présenté sans songer à l'heure qui devait suivre, il était rare qu'il fixât son esprit sur une pensée profonde. Rien n'était plus facile à qui voulait prendre de l'empire sur lui que de le conduire et de l'entraîner : son mariage en est une bien forte preuve. Avec qui n'avait-il pas gémi de la chaîne qu'il portait, alors qu'il était encore temps de la rompre ! EuGn, un ami le décide à reprendre sa liberté, et lui offre un asile. Delille accepte ; ravi^ tout à fait résolu, il demande seulement une heure pour aller se munir de quelques effets. Le soir, cet ami, ne le voyant point reparaître, va le chercher. — Eh bien? — Eh bien! répond Delille, je l'épouse, mon ami ; j'espère que tu voudras bien me servir de témoin.
Le comte de Choiseul-Goufûcr, avec qui il était intimement lié, et qui partait pour la Grèce, lui avait parlé plusieurs fois du désir qu'il avait de l'emmener avec lui; cependant rien n'était convenu, rien n'était arrêté entre eux pour ce voyage. Le jour du départ, le
^ L'abbé Jacques Delillo est né à Aigueperse, département da Ptiy-de-Dôino, le 22Juin 1738, et mort à Pr.risle 13 mai 1813.