‹ Souvenirs (volume 2)Chapitre 243 sur 293 · GINGUENÉ · texte numérisé non relu

GINGUENÉ

sourire étaient très-lins. Je pense que sa figure aurait pris difficilement re]iy)ression de la bonté ; mais elle prenait toute autre expression avec une mobilité prodigieuse.

?XT1^

GINGUENË

Ginguené ^ m'avait été présenté par Lebrun, le poète, comme son ami intime, en sorte qu'il venait quelquefois à mes soirées, quoiqu'il ne me plût sous aucun rapport. Je lui trouvais un esprit sec, sans charme et sans gaieté ; il n'était pas en harmonie avec ma société, et ses œuvres' m'étaient tout aussi antipathiques que sa conversation. En i789, il nous lut une ode qu'il venait de faire pour M. Necker. Cette ode pouvait passer pour le programme de 1793, il y parlait de victimes et soutenait qu'on ne pouvait régénérer la France sans répandre du sang. Des opinions aussi atroces me faisaient frissonner. Le comte de Vaudreuil, qui était présent, ne dit rien, mais nous nous regardâmes, et je vis bien qu'ainsi que moi, il devinait l'homme.

Ginguené ne quittait guère son ami Lebrun- Pindare. Sitôt après la mort de celui-ci,* il alla trouver madame Lebrun, qui par parenthèse avait été cuisinière, et lui demanda les manuscrits de Lebrun, dont il désirait se faire éditeur. Madame Lebrun les lui remit

1 Pierre-Lonla Ginguené est né à Rennes, le 2S avril 1748, et mort k Paris, le II novembre 1816.

tous. En les feuilletant pour les mettre en ordre, Ginguené fut un peu saisi de trouver plus de cent épigrammes faites contre lui-même ; quelques-unes étaient atroces. On conçoit que l'éditeur les mit tontes de côté ; mais je l'ai toujours soupçonné de s*être vengé en faisant imprimer trop de choses faibles et inutiles dans les œuvres de Lebrun, ce qui nuit beaucoup à un recueil qui pouvait être excellent.

Tout le monde sait que, la révolution venue, Ginguené s'y jeta à corps perdu, et qu'il témoigna hautement son regret de n'avoir pas été à môme de pouvoir voter la mort de Louis XVI *.

Page 1