‹ Souvenirs (volume 2)Chapitre 276 sur 293 · MONSIEUR DE SAINTE-JAMES · texte numérisé non relu

MONSIEUR DE SAINTE-JAMES

M. de Sainte- James était fermier-général, puissamment riche, et vraiment financier dans toute l'étendue du terme. C'était un homme de moyenne grandeur, gros et gras, au visage très-coloré de cette fraîcheur qu'on peut avoir à cinquante ans passés, quand on se porte bien et qu'on est heureux. M. de Sainle-James tenait un état de maison de la plus grande opulence ; il habitait un des beaux hôtels de la place Vendôme, et donnait là de très-grands et bons dîners, oii il réunissait trente ou quarante personnes pour le moins. N'ayant pu refuser d'y aller une fois, je regrettai beaucoup de n'être ni gourmande ni friande ; car sous ces deux rapports j'aurais été complètement satisfaite, tandis que cette société si nombreuse ne me sembla pas, à beaucoup près, aussi aimable que celle qu'on trouvait chez ce bon M. Boutin. M. de Sainte-James recevait son monde avec plus de bonhomie que de

grâce.. Après le dtner on passait dans un superbe salon, enlièrcment garni de glaces ; mais tout cela ne faisait point que tant de personnes réunies^ qui ne se connaissaient pas, pussent causer ensemble avec cette espèce de confiance et d'intimité qui fait le charme des conversations.

Plus tard^ lorsque M. de Sainte-James eut arrangé sa maison et son magnifique jardin de Neuilly, ce qu'en a toujours appelé la folie Sainte-James^ il m'engagea à venir y dîner avec quelques-uns de mes amis. Celte journée fut agréable; il nous promena dansée beau parc, qui venait de lui coûter des trésors. Entre autres folles défienses, un avait construit un rocher factice, dont les énormes pierres, apportées de fort loin sans doute, et à bien grands frais; avaient l'air de n'être que suspendues. J'avoue que je le traversai trèsrapidement, tant ces voûtes immenses me paraissaient peu solides.

C'est dans cette superbe habitation que M. de Sainte-James se plaisait à donner de véritables fôtes. Je m'y rendis un jour pour y voir jouer la comédie. Tant de personnes étaient invitées et parcouraient le jardin avant et après le spectacle, qu'on se croyait dans une promenade publique.

Il faut croire que la révolution n'est point airivée à temps pour punir M. de Sainle-James d'avoir éUlé tant de magnificence, car je n'ai jamais entendu dire, ni dans l'étranger, ni depuis mon rctonr en France» qu'il ait été guillotiné. Une mort naturelle l'aura sans doute soustrait au sort aftreux de M. de Laborde et de M. Boulin.

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