‹ Souvenirs (volume 2)Chapitre 285 sur 293 · VOLTAIRE · texte numérisé non relu

VOLTAIRE

J'étais à la Comédie-Française le jour que Voltaire* vint y voir représenter sa tragédie û' Irène, De ma vie je n'ai assisté à un pareil triomphe. Quand le grand homme entra dans sa loge, les cris, les applaudissements furent tels, que je crus que la salle allait s'effondrer. Il en fut de même au moment où on lui plaça la couronne sur la tète, et le célèbre vieillard était si maigre, si chétif, que d'aussi vives émotions me faisaient trembler pour lui. Quant à la pièce, on n'en

1 II avait 36 ans, étant né en 1758, et s'étant mnrié le 19 octobre 1784, avec mademoiselle Suzanne-Marie-Françoise de Ri ?iëre, fille de Jean Baptiste de RlTiire, chargé des affaires de la cour de Saxe près le roi de France.

* François-Marie Arouet de Voltaire est né à Paris, rue de Jérusalem, le 21 novembre 1694, et mort dans la même ville, le 30 mai 1778.

éconta pas un mot, et cependant Yoltaire put quiller la salle, persuadé qu'Irène était son meilleur ouvrage. J'avais une extrême envie d'aller voir cet homme illustre à l'hôtel de M. de Yillette chez qui il logeait ; mais ayant entendu dire que, tout flatté qu'il était des visites sans nombre qui lui étaient faites, il en éprouvait une grande fatigue, je renonçai à mon projet. Je puis donc dire n'avoir été chez Yoltaire qu'en peinture, et voici comment. Hall, le plus habile peintre en miniature de cette époque, venait de finir mon portrait. Ce portrait était extrêmement ressemblant , et Hall étant allé voir Yoltaire le lui montra. Le célèbre vieillard, après l'avoir regardé longtemps, le baisa à plusieurs reprises. J'avoue que je fus très-flattée d'avoir reçu une pareille faveur, et que je sus fort bon gré à Hall d'être venu me l'affirmer.

Page 1