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milton protégeait les arts, répondit : « Dites plutôt que les arts le protègent. » Le fait est qu'après avoir marchandé fort longtemps pour le portrait de sa maltresse, il obtint que je le ferais pour cent louis, et qu'il Ta vendu à Londres trois cents guinées ^. Plus tard, lorsque j'ai peint encore lady Hamilton en sibylle pour le duc de Brissac, j'imaginai de copier la tête et d'en faire présent au chevalier Hamilton, qui la vendit tout de même sans hésiter.
La vie de lady Hamilton est un roman : elle se nommait Emma Lyon, dite madame Harte ; sa mère, dit-on, était une pauvre servante, et l'on n'est pas d'accord sur le lieu de sa naissance ; à treize ans, elle entra comme bonne d'enfant chez un honnête bourgeois à Haworden ; mais, ennuyée de l'obscurité dans laquelle elle vivait, et se flattant qu'à Londres elle pour* rait se placer plus convenablement, elle s'y rendit. Le prince de Galles m'a dit l'avoir vue à cette époque avec des sabots à la porte d'une fruitière, et quoiqu'elle fût très-pauvrement vêtue, sa charmante figure la faisait remarquer.
Un détaillant du marché Saint-Jean la reçut à son service, mais elle sortit bientôt de chez lui pour entrer comme femme de chambre chez une dame de bonne famille et très-honnête personne. Dans cette maison elle prit le goût des romans, puis le goût des specta-
1 Avant et pendant la révolution le loub d'or valait 24 livrea, c'eit donc pour 2,400 francs que madame Vigée Le Brun fit ce portrait tant marchandé, et c'est 8,010 francs que le chevalier Hamilton vendit ce mtoie portrait, la gainée valant vers cette époque M fhuwi 70 centimes.