‹ Souvenirs (volume 2)Chapitre 45 sur 293 · CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU

Elles ne font d'autre exercice que celui de se promener en voiture, jamais à pied. Tous les soirs elles sont au spectacle et reçoivent leurs visites dans leur loge ; comme elles n'écouteot que Cariai c'est là que s'établissent les conversations d'une manière beaucoup moins confortable, selon moi, que dans un salon.

Les gens de la basse classe, à Naples, poussent au dernier degré TezagératioD dans leurs cris et dans leurs gestes. J'ai vu un jour passer sous mes fenêtres, i Ghiaja, l'enterrement d'un homme du peuple, que suivaient les amis etles connaissances du mort ; les hommes et les femmes gémissaient de la façon la plus lamentable. Une femme surtout (c'était la veuve) poussait des cris affreux en se tordant les bras. Un pareil désespoir me faisait peur et pitié ; mais on m'assura que ces cheveux éparsetces hurlements étaient conformes à l'usage.

Un convoi bien plus touchant que j^ai vu à la Torre delGreco^ c'était celui d'un jeune enfant que l'on portait dans sa bière, très-paré et le visage découvert ; on lui jetait des fleurs et des dragées des fenêtres sous lesquelles il passait, et je ne puis dire combien ce spectacle serrait le cœur.

Si l'on veut juger toute l'expression des visages napolitains, il faut aller sur le chemin qui conduit à l'église de Saint-Janvier,le jourque s'opère le miracle delà sainte ampoule. Les habitants de Naples et des ^uvirôns se rendent en foule sur ce chemin, où les Voitures stationnent à droite et les piétons à gauche. Le désir, l'impatience, se peignaient d'une manière si étrange sur tous ces visages^ attendu que le miracle

tardaitun peu, quSl m'en prenait envie de rire, quand heureusement on vint me dire de rester calme, si je ne voulais pas me faire lapider par la multitude. Enfin le miracle s'opère ; il est annoncé ; alors on ne voitplus une figure qui ne peigne la joie, le ravissement avec une telle vivacité, une telle véhémence, qu'il est im«> possible de décrire ce tableau.

La partie de la population napolitaine la plus eu* rieuse à observer, ce sont les lazzaronî. Ces gens ont simplifié la vie, au point de se passer de logement et presque de nourriture ; car ils n'ont d'autre habitatîen que les marches des églises, et leur frugalité égale leur paresse, ce qui n'est pas peu dire. On les trouve étendus à l'ombre des murs ou sur les bords de la mer. A peine sont-ils vêtus, et leurs enfants sont tous nus jusqu'à l'âge de douze ans. J'étais d'abord un peu scandalisée et fort effrayée de les voir jouer ainsi sur le quai de Ghiaja, où passent continuellement des voitures ; car ce chemin est la promenade accoutumée de tout le monde à Naples, et môme celle des prin* cesses, mais je m'y fis bientôt.

La misère des lazzaroni ne les porte pas à se faire voleurs; ils sont peulrêtre trop paresseux pour cela, surtout ayant besoin de si peu de chose pour vivre. La plupart des vols se commettent à Naples par les domestiques de louage, qui sont, en général, de forts mauvais sujets et le rebut de toutes les grandes villes des différentes nations. Je n'ai entendu parler, pendant mon séjour, que d'un seul vol, commis par un lazzaroni, et l'on peut dire qu'il porte un caractère de retenue qui équivaut à l'innocence. Le baron de Salis,

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