‹ SouvenirsChapitre 18 sur 124 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

lumières blanches du plus grand éclat. On ne peut concevoir comment ce changement s'opère avec tant de rapidité ; mais c'est un spectacle aussi beau qu'extraordinaire. Le soi p aussi on tire un très-beau feu d'artifice au-dessus du château Saint- Ange. Des milliers de bombes et de ballons enflammés sont lancés dans l'air; la girandole qui termine est ce qu'on peut voir de plus mngniûque en ce genre, et l'image de ce beau feu d'artifice, qui se répète dans le Tibre, en double l'effet.

A Rome, où tout est resté grandiose, on n'illumine point avec de misérables lampions. On place devant chaque palais d'énormes candélabres d'où sortent de grands feux dont les flammes s'élèvent et rendent, pour ainsi dire, le jour à toute la ville. Ce luxe de lumière frappe d'autant plus un étranger, que les rues de Rome ne sont habituellement éclairées que par les lampes qui brûlent devant les madones.

La foule des étrangers est attirée à Rome bien plus pour la Semaine-Sainte que pour le carnaval, qui ne m'a pas semblé fort remarquable Les masques s'établissent sur des gradins, déguisés en arlequin, en polichinelle, etc., ainsi que nous les voyons à Paris sur les boulevards, si ce n'est qu'à Rome ils ne bougent point. Je n'ai vu qu'un seul jeune homme qui courait les rues, costumé à la française. Il contrefaisait, à- s'y méprendre, un élégant très-maniéré que nous avons tous reconnu.

Les voilures, les chars vont et reviennent remplis de personnes costumées richement. Les chevaux sont parés de plumes, de rubans, de grelots, et la livrée

porte des habits de Scaramouche ou d'Arlequin ; mais tout cela se passe le plus tranquillement du monde. Enfin, . vers le soir, quelques coups de canon annoncent les courses de chevaux, qui animent le resle de la journée.

Une de mes jouissances, dès que je fus arrivée à Rome, fut celle d'entendre de la musique, et certes les occasions ne me manquaient pas. La célèbre Ban ti s'y trouva pendant mon séjour. Quoiqu'elle eût

chanté plusieurs fois à Paris, je ne l'avais jamais entendue, et j'eus ce plaisir à un concert qui se donna dans une immense galerie. Je ne sais pourquoi je m'étais figuré que la Banti avait une taille prodigieusement grande. Elle était au contraire très-petite et fort laide, ayant une telle quantité de cheveux, que son chignon ressemblait à une crinière de cheval. Mais quelle voix! il n'en a jamais existé de pareille pour la force et l'étendue; la salle, toute grande qu'elle était, ne pouvait la contenir. Le style de son chant, je me le rappelle, était absolument le mfmc que celui <lu fameux Pachiarolti, dont madame Grassini a été l'élève.

Cette admirable cantatrice était conformée d'une manière très* particulière : elle avait la poitrine élevée et construite tout à fait comme un soufflet ; c'est ce qu'elle nous fit voir après le conceit, lorsque quelques dames et moi furent passées avec elle dans un cabinet; et je pensai que cette étrange organisation pouvait expliquer la force et l'agilité de sa voix.

Très-peu de temps après mon arrivée, j'allai avec Angelica Kaufmann voir l'opéra de César, dans lequel

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