‹ SouvenirsChapitre 28 sur 124 · CHAPITRE IV. ibl · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. ibl

du lac. Nous restâmes longtemps en admiration; mais plus loin, comme nous suivions un sentier, ces mômes arbres, ayant été agités par le vent, prirent tout à fait l'aspect de grands spectres qui nous menaçaient ; ma pauvre enfant se mourait de peur ; elle me disait toute tremblante : « Ils sont vivants, maman, je t'assure qu'ils sont vivants. »

En certaines circonstances, il faut l'avouer, ma compagne et moi n'étions pas beaucoup plus braves que ma fille, témoin l'aventure suivante : étant allées un jour nous promener toutes deux dans les bois de la Riccia, nous prîmes, pour gagner un grand vallon situé près delà, un chemin dans lequel on voit à droite et à gauche plusieurs tombeaux anciens garnis de lierre. Ce chemin est fort isolé. Tout à coup nous apercevons venir derrière nous un homme qui nous semble avoir tout l'air d'un brigand. Nous pressons le pas, cet homme nous poursuit ; dans la terreur que nous éprouvons, voulant faire croire que nos domestiques ne sont pas éloignés, la duchesse appelle Francisco, moi, Germain ; mais l'ennemi approchait toujours, et, trop sûres que ceux que nous appelions ne viendraient pas, nous nous mîmes à gravir la montagne en courant de toutes nos forces, pour regagner le grand chemin qui se trouve sur la hauteur. Je n'ai jamais su si celui qui nous forçait à nous essouffler de la sorte était un brigand ou le plus honnête homme du monde.

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