‹ SouvenirsChapitre 33 sur 124 · CHAPITRE Y · texte numérisé non relu

CHAPITRE Y

Le chevalier, en effet, consentit à payer toutes les dettes de son neveu, mais à la condition qu'Emma lui resterait. Je tiens ces détails de lord Grévillelui-môrne. Emma devint donc la maîtresse de lord Hamilton, jusqu'au printemps de 1791, qu'il se détermina à l'épouser en dépit des remontrances de sa famille. 11 me dit, en partant pour Londres : « Elle sera ma femme malgré eux; après tout, c'est pour moi que je l'é-pouse. »

Ainsi, ce fut lady Hamilton qu'il ramena à Naples peu de temps après, devenue aussi grande dame qu'on puisse l'être. On a prétendu que la reine de Naples alors s'était intimement liée avec elle. Il est certain que cette reine la voyait; mais on peut dire que c'était politiquement. Lady Hamilton, étant très-indiscrète, la mettait au fait d'une foule de petits secrets diplomatiques, dont Sa Majesté tirait parti pour les affaires de son royaume.

Lady Hamilton n'avait point d'esprit, quoiqu'elle fût excessivement moqueuse et dénigrante, au point que ces deux défauts étaient les seuls mobiles de sa conversation; mais elle avait aussi de l'astuce, et elle s'en est servie pour se faire épouser. Elle manquait de tournure et s'habillait très-mal, dès qu'il s'agissait de faire une toilette vulgaire. Je me souviens que, lorsque je fis mon premier portrait d'elle en sibylle, elle habitait à Caserte une maison que le chevalier Hamilton avait louée ; je m'y rendais tous les jours, désirant avancer mon tableau. La duchesse de Fleury et la princesse Joseph de Monaco assistèrent à la troisième séance, qui fut la dernière. J'avais coiffé madame

Harte, car elle n'était pas encore mariée, avec un châle tourné autour de sa tête en forme de turban, dont un bout tombait et faisait draperie. Cette coiffure l'embellissait au point que ces dames la trouvèrent ravissante. Le chevalier nous ayant toutes invitées à dîner, madame Harte passa dans ses appartements pour faire sa toilette, et, lorsqu'elle vint nous retrouver au salon, cette toilette, qui était des plus communes, l'avait tellement changée à son désavantage, que ces deux dames eurent presque toutes les peines du monde à la reconnaître. ■ •

Lorsque j'allai à Londres, en 1802, lady Hamilton venait de perdre son mari. Je me fis inscrire chez elle, et elle vint aussitôt me voir dans le plus grand deuil. Un immense voile noir l'entourait, et elle avait fait couper ses beaux cheveux pour se coiffer à la Titus, ce qui était alors à la mode. Je trouvai cette Andromaque énorme ; car elle avait horriblement engraissé. Elle me dit en pleurant qu'elle était bien à plaindre, qu'elle avait perdu dans le chevalier un ami, un père, et qu'elle ne s'en consolerait jamais. J'avoue que sa douleur me fit peu d'impression ; car je crus m'apercevoir qu'elle jouait la comédie. Je me trompais d'autant moins que peu de minutes après, ayant aperçu de la musique sur mon piano, elle se mit à chanter un des airs qui s'y trouvaient.

On sait que lord Nelson à Naples avait été trèsamoureux d'elle ; elle était restée avec lui encorres- . pondance fort tendre ; et quand j'allai lui rendre sa visite un matin, je la trouvai rayonnante de joie ; de plus , elle avait placé une rose dans ses cheveux

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