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CHAPITRE IX

péché de plaire à un grand nombre de jolies femmes. Quoi qu'il en soit, mon ami me conduisit d'abord au palais pour y voir les chefs-d'œuvre que Venise possède, et qui sont en grand nombre. Dans la plus grande salle des bâtiments delà Confrérie, on s'arrête avec délice devant les belles pages à fresques peintes par le Tintoret. Le Crucifiement surtout est admirable, et ce n'est qu'à Venise qu'on peut apprécier ce grand peintre, qui réunit dans ses belles compositions le dessin, la couleur et l'expression. Il faut aussi remarquer, dans la première salle, la Fuite en Égypte ; le paysage en est superbe.

Nous visitâmes ensuite les églises, qui sont remplies des plus beaux, ouvrages du Tintoret, de Paul Véronèse, des Bassan et du Titien. C'est dans l'église de Saint-Jean et Saint-Paul, qu'on voit le Martyre de saint Pierre, composé de trois figures et de deux anges; toutes ces figures sont pleines d'expression, et le paysage est ravissant. L'église Saint-Marc, dont le lion est le symbole, est du style gothique. Les arcs de la façade sont soutenus par une quantité de colonnes en marbre et en porphyre ; les chevaux dorés, si fameux, ajoutent à ces ornements ; mais ces chevaux, quoique antiques, sont bien loin d'être parfaits *. Quant à l'intérieur de l'église, il est impossible de détailler toutes les richesses qu'il renferme en tout genre ; ces voûtes d'or, ces parois de jaspes, de porphyre, d'albâtre, de vert antique, ces tableaux, ces basreliefs, font de Saint-Marc un véritable trésor.

i On les a vus à Paris. (Note de Vauteur.,

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M. Deiion me mena aussi ohex un ancien sénateur ; noua vîmes là une belle Danaé du Cortège» sujet que ce peintre a répété plusieurs fois, et douze portraits au pastel de la Rosalba, qui sont admirables pour là couleur et la vérité» Ces portraits, étant ceux de la fa* mille du sénateur, n'ont jamais été déplacés, et ils sont conservés à tel point, qu'ils ont eAcore toute leur fraîcheur. Un seul suffirait pour rendre un peintre célèbre.

* La société que jè fréquentais le plus à Venise était celle de l'ambassadrice d'Efepagne, qui avait mille bon» tés pour moi. Elle me mena au spectacle pour le début d'une belle actrice âgée de quinte ans au plus, que son chant ét surtout son expression rendaient étonnante. J'assistai aussi au derûier concert que donnait Paccherotti, ce célèbre chanteur, modèle de la grande et belle méthode italienne» Il avait encore tout son talent ; mais, depuis le jour dont je parle, il n'a jamais chanté en public. Je puis dire néanmoins qu'aucune musique n'égalait celle que j'ai entendue à Venise dans une église. Elle était exécutée par des jeunes filles, et ces chants si simples, si harmonieux, chantés par des voix si belles et si fraîches, semblaient vraiment célestes ; ces jeunes filles étaient placées dans des tribunes élevées et grillées ; on ne pouvait les voir, en sorte que cette musique semblait venir du ciel, et chantée par des anges.

Après le concert de Paccherotti, on nous prévint qu'il y avait, dans une salle près du théâtre, un improvisateur fameux. Je n'en avais jamais entendu, nous y allâmes ; mais cet homme me lit l'effet d'un énergu-

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