CHAPITRE XI
voure, et surtout à je ne sais quelle grâce d'esprit qui, s'il faut le dire, a totalement disparu depuis que nous sommes devenus si profonds. Le chevalier de Boufflers, le vicomte de Ségur, le comte Louis de Narbonne, étaient des modèles de cette grâce d'esprit ciont je parle. Je ne connais pas de mot de courtisan plus fin que la repartie du dernier à l'empereur Bonaparte, qui, parlant de madame de Narbonne, lui disait : o Votre mère ne m'aime pas ; je le sais. — Sire, répondit le comte, elle n'en est encore qu'à l'admiration. »
La maison du baron de Strogonoff n'était pas la seule à Vienne où Ton jouât la comédie de société. La comtesse de Fries, veuve du fameux banquier de ce nom, avait une très-jolie salle de spectacle, dans laquelle je l'ai vue parfaitement bien jouer les rôles de caractères. Sa fille, mademoiselle de Fries, avait une très-belle voix, et chantait à merveille, en sorte que l'on donna un jour pour elle un petit opéra à trois acteurs. Tcfut alla fort bien d'abord ; la scène se passait dans une île déserte, où deux amants s'étaient réfugiés. Mademoiselle de Fries jouait le rôle de la jeune fille, M. de Rivière celui de l'amant,
le lendemain il était près de Saint-Denis, et le soir du même jour il s'emparait des barrières du nord de la capitale. En 1815, il y a encore combattu contre les Français et contribué au désastre de Waterloo. Dans sa jeunesse, le comte de Langeron avait aimé passionnément la littérature, les vers et le théâtre français. 11 a fait représenter, en 1789, une comédie en un acte et en prose, intitulée : Un duel supposé. Il a laissé des mémoires inédits. Le comte de Langeron, qui était né à Paris, le 13 anvier 1763, est mort en Russie, le 4 juillet 1831.
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et tous deux chantaient admirablement ; mais, vers la fin de la pièce, le père de l'amante arrive dans une barque. On avait collé une barbe, faite en coton, . autour de la bouche et du menton de celui qui remplissait ce rôle; mais, dès que ce jeune homme se met à chanter, cette barbe se détache et lui entre dans la bouche de telle sorte qu'il en fut presque suffoqué. Nous l'entendions crier d'une voix étouffée: J'avale ma barbe ! j'avale ma barbe ! et quoique ce grotesque accident n'eut aucune suite fâcheuse, l'opéra en resta là.
Mademoiselle de Fries était excellente musicienne, et, quand je fis son portrait, je voulus la peindre en Sapho, chantant, et s'accompagnant de la lyre. Son visage, sans être joli, avait infiniment d'expression. Sa sœur, la comtesse de Schœnfeld, était très-jolie, et fashionable autant qu'on puisse l'être, au point que, comme sa mère, madame de Fries, avait un jour donné, dans une pièce, un rôle à son neveu, qui n'avait point l'air distingué ; et comme, me trouvant placée au spectacle à côté de madame de Schœnfeld, je lui demandai qui était ce monsieur, elle me répondit avec confusion : « C'est le neveu de ma mère, » ne pouvant se décider à dire : C'est mon cousin.