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I04 QUELQUES PORTRAITS

faisait poser devant son objectif presque tous les peintres de la Résidence, a fait, vers 1885, un portrait banal, correct, qui n'est pas exempt del'expression d'ennui qui s'empare de tous ceux qui viennent d'entendre le traditionnel „ne bougeons plus."

Il y a une couple d'années j'avais moimême été photographier Maris chez lui, assis devant son chevalet, sur lequel était posé, faisant fond, une grande vue deHollande,au cielpuissant et nuageux.

Et maintenant que le peintre est mort, maintenant que toutce qui a rapport à lui devient infiniment précieux, le portrait dont je parle a delà valeur par son charme d'intimité, de spontanéité et de naturel.

Maris faisait toujours dire qu'il n'était pas chez lui, ayant horreur des gêneurs de toutes sortes, qui tâchaient de l'approcher, mais les rares élus qui avaient leurs petites entrées n'oublieront jamais son accueil cordial et simple, son fin sourire, sa spirituelle et pénétrante causerie, ne dépassant pas une légère ironie, et toujours pleine d'un rare bon sens, cette qualité qui lui était si propre et qui lui a fait si magistralement raisonner et équilibrer ses oeuvres.

Les peintres Veth et Haverman ont fait d'après lui des dessins détaillés pour des revues illustrées hollandaises i) et

1) De Kroniek et Woord en Beeld,

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le peintre P. de Josselin dejong, il y a une douzaine d'années, à ma demande, fit une très intéressante pointe-sèche d'après le maitre, laquelle rend entre autre bien son caractère Olympien.

Car Jacob Maris, quoique de petite taille, évoquait quelque Zeus oujupiter inconnu par le calme puissant, la belle expression sereinede son visage, autour duquel de longues boucles flottaient sans la moindre pose, cette coiffure étant pour lui la seule manière de porter sa chevelure léonine.

Ce caractère classique m'avait frappé en Maris et j'ai été surpris de trouver la preuve de ce que je dis, grâce à un médaillon fait par le sculpteur Paul

Dubois, durant le séjour de Maris à Paris, avant 1870, où son profil se dessine parallèlement à celui de sa femme.

Ici Teffigie du jeune artiste est du plus pur Grec, et semble dérobée à quelque frise Athénienne.

M. dejosselin de Jong avait fait quelques belles et franches eaux-fortes, mais jamais encore de „pointe-sèche". Il employa ce moyen pour faire le portrait de Maris d'après un croquis surnature.

J'imprimai sa planche, et il alla retravailler ce premier état d'après son beau modèle. J'ai précieusement conservé cette rare épreuve qui est infiniment meilleure que celles de l'état de publication.

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Il est à jamais regrettable quejozef Israëls, qui a fait des portraits si supérieurs comme expression,d'un caractère hors ligne, d'un faire expressif et personnel extraordinaire, tels que celui du peintre Roelofs, n'ait pas immortalisé les traits de son ami Maris.

J'ai cru, en signalant ces portraits peu connus, rendre service aux admirateurs du maitre, et contribuer à sauver ces portraits de l'oubli qui engloutit si rapidement tout ce qui n'est pas de tout premier ordre.

Les pages qui suivent ont paru dans la Revue Internationale de Mai 1900, avec la note suivante :

M. Ziicken, l'éminent peintre hollandais dont les souvenirs sur la reine Sophie de Hollande viennent de remporter, dans cette même i^ei^ue, un si vif succès, a bien voulu à notre intention quitter une fois de plus ses pinceaux pour la

plume, et il nous adresse aujourd'hui des impressions de Zélande d'une rare saveur. Tout le monde reconnaîtra la charmante femme, proche parente, nous en avons la conviction, de cette princesse YousofF dont Anatole France nous donnait l'autre jour une conversation si typique avec le professeur Bergeret.

Mais, par suite d'une erreur de correction elles fûrent considérablement modifiées.

Ici elles se retrouvent dans leur état primitif, telles qu'elles fûrent écrites, en Octobre 1898.

à M"''', la B'^^'. Deslandes.

(OssiL)

n Septembre 1898, une comtesse parisienne me faisait part de son désir de visiter la Zélande.

Après un très rapide échange de

dépêches entre Pallanza et La Haye, la toute gracieuse jeune femme venait frapper à ma porte avant que j'eusse eu le temps de rien organiser.

J'avais un jour rencontré la blonde comtesse I . . puis je l'avais revue dans son moelleux pied-à-terre de Paris, dont la blancheur raffinée n'est rompue que par les douces notes de quelques fleurs pâles.

Souvent souffrante, elle est très nerveuse, d'une incomparable grâceun peu alanguie, et ses traits, mobiles et expressifs, comme d'un Botîicelli, non moins que sa distinction, sa ligne rare et suprême, font d'elle une créature à part, presque supra-terrestre, une de ces fi-

gures qu'on croirait échappée d'un cadre de quelque primitif de Pérouse...

Au moral, vive, impressionnable, ardente, elle est si moderne, si vibrante, qu'elle évoque l'Eîohite de Peladan, une Istar très apparentée à Paule de Riazan et à Léonora d'Esté, mais combien mieux!

En arrivant en Hollande, par une splendide soirée, elle ignorait que les fêtes du couronnement de la reine Wilhelmina allaient commencer, que c'était partout un désarroi si grand qu'il devait bientôt m'attirer de doux reproches, (je n'oublierai jamais son: „Monsieur Zilcken, vous n'êtes pas pratique'', non

mérité!) d'autant plus qu'elle n'avait que peu de jours à rester ici.

Déjà les préparatifs pour „rinauguration" donnaient un aspect inusité à La Haye, si paisible d'habitude, et, par ce beau temps, les rues avaient une animation très insolite.

Le lendemain, j'allais prendre Mme l...

à son hôtel. Connaissant ses goûts d'artiste, je la menai tout d'abord visiter une exposition d'aquarelles où d'emblée les œuvres de nos peintres les moins répandus et les plus difficiles à comprendre la conquirent, à mon grand ravissement.

Puis, par un soleil torride, presque oriental, nous nous dirigeâmes, ainsi qu'elle m'en avait exprimé le désir, vers

les vieux quartiers de la ville, où se retrouvent encore quelques vestiges des tempsanciens,et,bientôtaprès,nous entrâmes dans l'ombre reposante du Bois.

Dans l'ardent rayonnement de lumière, la nature était admirable. Frileuse comme l'est la jeune femme, cette chaleur lui plaisait autant qu'à moi, qui l'adore, et nous causions avec cet épanouissement de l'esprit qu'amène un doux bien-être physique.

Il est un mot admiratif, le mot de „délicieux", que la comtesse prononce d'une manière exquise, en allongeant légèrement la première syllabe, mot qu'il lui faut avoir entendu dire pour en sentir tout le charme !

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Pour toutes nos promenades, elle se munit d'un manteau de drap gris très clair, et, comme nous retournions vers la ville, tandis que le soleil baissait déjà, dorant d'un poudroiement d'or les fourrés éclairés entre les hauts troncs des hêtres, une légère fraîcheur lui fit désirer ce vêtement qu'elle me pria de lui donner et que je lui mis soigneusement, comme à un enfant qu'on choie. . .

Le lundi suivant, il faisait, comme il fera sans cesse, un temps tropical. La ville, brillamment en fête pour le couronnement, pavoisée aux couleurs oranges, comme d'ailleurs le pays tout entier, était enveloppée d'une étince-

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