I.A l-rSIc.N KT l,i;S.-AI UK RES TAIj'K vTIn.V
m()narclii(|iu', il y a les ongagomcnts pris, les attitiidos anli'rioiiros. la crainte il'uii désaveu Irop prompt. cL trop complet lies opiiiidiis ilc la veille, lous obstacles personnels ipie le sentiment d'un devoir pressant devant une silualiiin -rave pourra surmonter et surmontera, je res|)ère, mais donl il esl impossible de faire ahstraclion ilans ra(ipréciatiou froide et réllécliic de nos chances de succès.
« Toujours es(-il(|ue nous ne pouvons être une majorité (|u';i comlition de réunir dans un vot(! connnun ciiu] éléments dislincis : les légitimistes purs, les li'gitimistcs constitutionnels, les anciens orléanistes, les conservateurs parlementaires, la fraction modérée de l'ancien centre gauidie (pii avait acce[)té la répuldiipic conservatrice de .\f , Tliiers.
u Trouver un terrain de transaction sur h'tpnd ces nuances diverses puissent se grouper, voilà le iirohlème parlementaire. Il faut le résoudre sous peine de perdn; la partie monarcliique pour longtemps et de laisser noire jiauvrc pays livri- aux hasards des aviMitures dc^mauoui- (|ues ou ccsarieruies.
« J'écarte l'hypothèse d'une monarchie, absolue en principe bien (pic paternelle et libérale eu fait, n(^ laissant d'autre garantie au droit national ([ue l'honnêteté et la modération du roi. Dans de telles conditions, la monarchie ne trouverait ni uiu' majorité' pour nai'Ire, ni des forces pour vivre. C'est l'impossibililé absolue. Ce régime chimériipie n'est pas dans les idées du comte de Cliamliord. bien ([u'il trouve des anus imprudeuls pour le pn''-
coniser
« .récarie aussi riiypotbèsc d'une cliarte oclrofiée. ('niananl du roi seul, sans la partici|)ation de l'Assemblée. Il n'y aurait pas, à cou|) sûr, de majorité [)our ce syst«;nic. Ce n'est pas, je le <Tois, la pensée du comte de Chambord : j'ai lu toutes ses lettres; je rencontre partout l'idée
,C4 SOUVLNIRS POLITIQUES
crinsliliilioris foriilocs d'accord iivcc la France, nulle part celle d'une charic concédée par le bon plaisir du roi en dehors des représentants du pays,
« Je voudrais pouvoir écarter aussi l'iiyiiotliésc dune constitution lailc par l'Assend)lée en dehors du roi et d'un ctablisscinenl monarchique ainsi subordonné à l'accepLalion d'une charte imposer. A mon sens, ce serait aller trop loin. Si nous fondons la monarchie, nous avons besoin de laisser au roi toute sa dignité pour (lu'il ail tout son prestige. La notion du i>aclr implique d'ailleurs la coopération des deux contractants : elle est exclusive à la fois de la charte octroyôe, i\n\ ne ferait pas sa juste part au droit national, et de la charte imposée, qui amoindrirait l'intégrité du droit royal; enfin je ne comprendrais pas pratiquement, après l'adoption du principe rie la monarchie, la discussion longue cl détaillée d'une constitution précédant l'intronisation du roi. Il y aurait là un grand péril; nos délibérations agiteraient le pays; les partis s'échaufferaient; la paix publicpie pourrait (^n souffrir; le succès pourrait être compromis; ne le fùl-il pas, la monarchie sortirait de celte épreuve allaiblie. meurtrie, diminuée. Il faut, ce ni(> send)le, ([ue le roi monte sur son trône le lendemain du jour où il y aura été appelé et que la délibération soil un acte encore plus qu une discussion. Et pourtant la diarle imposée a des partisans nombreux dans le centre droit et a fnriiori dans le centre gauche. C'est là imtre |.remière diili.'ulté; car le comte de Chaudiord y résisterait .'l. à mon avis, avec raison. Il y a ici une concession à deniaudcr à nos amis des centres...
« 11 importe pourtant de caractériser la monarcluc (|uc le retour du roi viendra inaugurer, 11 faut donc trouver unr fornude de consécration, si je jinis ainsi dire, (pii,(l'une pari, laisse intact le droit royal en déclarant (juc la France l'éVient à la monarchie, ipii, de l'autre. (lt'lermim> nette-
LA FUSION KT I.T.SSAl I)K RKSTA (' RA T I ON 165
niriit le (liiiililr, r;ii-;icli'ro. (Il' collf inniiincliic liaililioniielli' ol liiTcnlilainî tl'iiii rôle, voiislilutiouiielle de l'aulrc (lo mot doit y (Hrc sans équivalpiit), qui éimnirro soiiirnairciinMit les itraiidcs lignes do noire droil piil)lic sans oublier la rexponstibUité miiii.sléiielle, {|ui enlin déclare (|ue la eousliluliou de la nionarcliic rcslaurée sera failc d'après ces bases par le Roi et par l'Assenibléc. Nous avons lieu de croire, vous le savez, tpie .Monseigneur acceptera le mode et les termes principaux de celle formule; elle donnera satisiaclion aux susceptibilités du pays, et il y a là, ce me semble, un terrain Iransaclionnel qui respecte la dignité de tous et (|ui pouira être accepté |)ar les partisans de la charte, imposée.
« Hesle la ([ueslion du drapeau. La France est un pavs qu'on mène par des mots el par des signes; eu outre, le drapeau d'une nation touche à ce qu'il y a de plus intime dans ses sentiments el ses souvenirs. C'est, coinnu- vous le dites, la ipiestion aigui-. Je suis convaincu, pour ma |iarl. (|u'en faisant une concession sur ce point, le roi rendrait lout le reste facile. S'il veut imposer le drapeau blanc à l'exclusion dc^ lout autre, je crains que lout n'échoue ou (|ue. du moins, on se montre d'autant plus exigeant sur les questions de ])rin(ipe (|u'on sera forcé de céder sur le drapeau. Kn tous cas, on ne pourra pas changer le drapeau avant ravènemenl. Demander à l'.Assemblée de meltnî le drapeau blanc dans l'acle de la fondation nionarclii(|ue ce serait s'e.xposer à un échec certain et courir à un péril très liasardcu.v. Le plus qu'on pourra faire ce sera de réserver la ((ueslion pour la régler d'accord avec le roi. Eh bien, la monarchie est proclamé'e, une émeulc éclate; l'armée la réprime et gagne la première bataille de l'ordre monarchique sous le drapeau tricolore : comprend-on le roi arrachant le lendemain ce drapeau à celle armée, ce drapeau à l'ombre duquel on vient de combattre et de mourir pour lui? — Et ce n'est
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pas tout : l;i moiiarcliic i)roclainée ne ,supi)riiiic pas les partis lioslilcs ni les dynasties rivales; cojnprcnd-oii la luvaulc laissant aux conipùtilions de l'avenir un drapeau populaire, auquel on s'altachcra davantage ])ar la privalion elle rcgrcl, cl ne s'en appropriant pas le presli-^e? l'jilin. si le drapeau trirolorc a rlr ('(Miihlènie de la révoliilioii iMi 17S!) connue m IS.'iO, il a été rendjlènie de la pairie dans ses victoires comme dans ses revers depuis ipialre-vin^Uls ans. sauf les (piin/c ans de HesLauralion; il a été la rcprésenlalion de Tordi-e conire l'anarchie en 1871 connue en 18i-8; combien île braves siddats. d'iioiinèles et courageux citoyens sont morts pour en détendre riiouncur! Est-ce que ce baptême de sang généreux n'a pas purifié son origine, transformé son caractère, fait du drapeau tricolore lui drapeau national plus que révolutionnaire? Est-ce (pie sa répudiation ne froisserait pas des sentiments iionnétes et loyaux qu'un gouverneunnil prudeul doit lonjoni-s respecter, parce que leur adhésion esl une force et que leur méconlentenu'nt discrédite et affaiblit? Aussi suis-je convaincu ipic par la force des choses, il se fera un arrangeniciil sur celte question ; cela s'imposera, et. dès lors, au lieu d'une concession arrachée (|ui alfaiblirall le roi el (|ui perdrait de son i)rix en paraissant rire un acte de contrainte, ne sei'ail-il |kis meilleur, jilus grand, ])lus prolilalile. plus jjolitiipn' (pi'nn iiinlii jirojrrio émanant de rame dn prince su])pi-im;il la ipnv^ion en la j-églant par une déi-laralion généreuse? — Il y a, sans doute, depuis les derniers manifestes, une question d'honneni' |)osée de liant; ]iar suite le di'apean blanc ne peutélre répudié: ce n'est pas une raison pour (pu' le drapeau tric(doi-e ne soil ]ias niainlenn: on |ienl les fondre dans un drapeau nouveau (\ ) ipii ne sciait ni le signe de la rrvo-
(1) La solution qui so préscnUiit. d'uljord à l'esi)i-il el qui élail accoptée do tous, c'était le drapeau Iricoloi'e orné de Heurs ilc lys. Mais, coniniu elle ne satisfaisait pas le comte de Clianibord, on s'épuisait & clierclur
LA FU.SION i:t L'KSSAl DlC H KST A l; 11 A T I ON ir,:
lutioii victorieuse, ni le (i('.saveu îles i;Iuiics aiicieiiiics ou des gloires coiitoiiiiJoraiiK's. (iiii représeiilcrait le |ir('sciil se raltuchaiil au passé dans une réconrilialidii ijiii rapproclie sans humilier : on peut les l'aire coexister: Idiil cela est possible et serait l)on: ce (|ui ne sérail ni ln.n ni possible ce serait d'iiidi(|uer, luènie par un signe, une inc(»ncilial)ilité entre le vieux princi[)e uionarciii(iue et les in<eurs nouvelles de la France. Klle n'existe pas: on la créerait et on y ferait croire en I"in(li(|uant: on préparerait le divorce en rétablissant l'union
« En résumé, si le comie de CiKunbord icste inlrailalde sur le drapeau, nous n'avons pas une majcirilé' pour le rappeler. Si la (piestion est réserv(''e. il \ aura là de grands embarras (|ui peuvent tout ci)ni[uoniellre. Si au contraire elle est résolue dans le sens de la conciliation par une déclaration spontanée et généreuse du prince, Teiret en sera immense. L'opinion sera empoignée. Je puis me tromper; mais aux heures décisives il faut les grandes cl soudaines inspirations : l'acte du comte de Paris a fait plus avancer la question en un jour que des ilisserlations théoriques n'auraient pu la faire avancer en une année: une déclaration du comte de Ghambord sur le drapeau ferait mille fois plus pour aplanir les difdcultés et rallier les suffrages que toutes les délibérations. En ce monu-nt le pays se réserve: ajyrés cet acte il se ilonncrait. Et (pjc de raisons! La nation à relever, la France à sauver, I union des honnêtes g(!ns ,'i cimenter, un parti national à lorujer parla fusion des partis con.servateurs! Devant, ce but sacré, la grandeur est d.uis l'abnégation; et l'ini-
(iaulrcs accommodements On avait songé, par exemple, à garder le drapeau tricolore po.ir larmôc cl la nation en Taisant du drapeau lilane le pivillon personnel .lu souverain : ou bien encore, h prcn.lre comme drapeau national . un drapeau, l)l.-inc par l'une de ses faces, tricolore par 1 autre, avec lécus.sou neurdelisùau centre. . (La Cam pagne mnnarchique. p 1 kO.) Aucune de ces diverses combinaisons ne fut agréée par le comte de Cliambord.
li;8 SOIIVMNIUS l'OLITlOUI'^S
lialive du .siicrilicc Iciilcra l'àiiic roy;ilc cl l'ii^vri- du coinlc de Cliandmid. »
Ainsi loulcs les diiliciillés (|ui dcviiiciil l'inaiicr de l'Assoniblôc ('laiciil, prôviu'S aver If rnuyou do los résoudre: rcslail, la seule (lucslion (|ui ne lui |ias de noire ressorl : le i-oi ado|)lerait-il le drapeau de la ualion? i\li,M' Dupanloiip rue l'éi-iivail aux approelies de l'heure décisi\c : " il n\ a (dus ipi'uue seule dillicullé. M. le eonile de (lliauiiiiud |ieul seid la résoudre: il ue peul se l'aiie aucutic espère d'illusion là-dessus el. coninu^ on dil vul-ainMnent. mis, non ])as au |)ied du nuu'. mais an pied du lr('iue. (du'élien connue il l'est, sa responsabililé iw peu! pas niaïupici- de lui ap|iaraîlre cl de l'éclairer (1). »
Il s'en l'allaiUiuc Ions les \ieux ruyalisl.es parlaj^cassenl celle conlianee de révè(|ue. Kerdrel, vers le mémo inonicnl. du fond de sa HreUigiie, nie conliail ses alarmes : « Je c)-ains (|ue M. le comte de C.liamliord wv se retranciie
dans la (piesli l'honueiu- . .le le crains, pai'ce ipu' je
cniuiais rinuume et aussi son enloura;j;e el qu en ce luonu'iil je le \ois jdns obstiné' (pie jamais.
« Parmi les svniploiues ipii m'iiupiii'lenl le plus, il eu est un ipii m'a rarement lrom|ié' : c'csi l'allilude de la iiresse iillrd el des petits ^rou|ies (pii rins]iireiil . Toul autour (le moi je ne vois (|ue journaux élevanl laiiueslion du drapeau à la liaulenr d'un principe el laussunl l'iiisloirc, représcnlanl le drapeau Idaiic comme né avec la inonarcliie cl la monarchie comme impossible sans le drapeau blanc (2). »
Aux ullra-rovalisles, Kerdrel auiail pu joindre l^-sullracallioli(|ues; ceux-ci, après avoir toul l'ail pour lenir la société moderne séparée du pape, s'entcndaieiil avec ceux-là pour la tenir séparée du roi; non pas ipie le pajie
(1) La Combe, 14 seplLMiiliro 1873.
(2) Saint-Muliel, 10 octobre 1873.
LA Fl'H^KlN I:t I/KSSAI IiK liF.ST A U li A T I ON 1C9
liii-iin'iiM" les a|i|ii()ii\,'i( sur- c- ilcriiicr |i(iiiil. Pie IX .iv.ill scciMciiuMil roiiscilléaiicuinlcdcClianihoi-d l'adopiKiii du diM|icaii liii'olon- (I). -- mais l'opinion conlrairc «■•lail lunlcssiT |)ar If (diof des callioli(|ij('s inloli'ranls (mi Francr. par rév('(|n(' de Poitiers, M^r Pic; cl le conilc de CliatnI.ord lui-niènic, après la niorl do M Louis \Cuillol, a rendu ce iémoiuiiat^e au directeur di- Vl'uin-rs. qu'il avait mieux (]ue personne compris et juslilié la délernu'nalinn royale (2). Sans doute, il n'y avait jias à s'v tromp<-r : cet allachomenl au di'apeau l)lanc, ancien clic/ les uns et par cons«>(jnenl resjieclai)lc. lardiFel, n'ccnl clic/ danires. donc moins c\|dic,ildc. <-onlrcdis.iil maiiircslcmciil le senli'iK'iil ii.ilioii.il; mais c'clail cumiiic un .'•cran ipie le comlc i\,- ( ;ii,imlMiid avait, sous la main cl qu'il pouvait s(! mellie dc\ant les yeux, (|uan(l il lui |ilaisait, de ne pas regarder le pays en lace.
(1) l'ie IX l'a conli.! ù M. Kellec. d'après Icruicl Cliosnelong !,• rapiniile {La Ciimpni/iir moniirchiiiue en 1873, j). i'6'j.j
(i) Qmnd panri la leltro .In i7 octol.re <|ui répudiait délinilivement le drapeau tr.color,-. . Mgr l'ie, . dit Mgr Baunard, son biographe. « fut de rcux (lui applaudirent à cet acte dans lei|uel il rcirouvait féclio de ses pensées, presque de ses paroles... A Mgr Mercurulli. il écrivait dans ces jours-lii : « Si la monarchie s'était faite dans les conditions arrangées par . le libéralisme, notre dernière rcssourci- religi.use et nationale élait . perdue. Il est clair (pie le roi n'aurait pas duré six mois et n'aurait rien « pu faire de bon pendant ce très court régne... Au conlrairf, maintenir • SCS prnicipes et attendre l'heure de Dieu, (•'«•st se réserver pour un avc- . nir (]ui ne peut étie éloigné. » {Vu- ,lr Stijr l'ie. t. II. p. 33:i.)
La liltre du il octobre ne causa pas moins do satisfaction à M. Louis \ enillot : . C'est la dignité, disait-il, c'est l'Iionnenr. c'est le bon sens qui en ont dicté toutes les expressions .. Le roi remue les dernières fibres françaises qui vibrent encore en nous, et nous ne serions pas étonnés qu'un cri d'amour y répondit du stin et de l'ùme de ce peuple fatigué . (Vimers. i" novembre 1873 ) C'est au souvenir de «et article et de quelques autres du même genre que le comte de Cliambord écrivait au endcmain de la mort de leur auteur : . Il a été le plus vaillant auxiliaire de la nion.irchie traditionnelle... Je ne puis oublier sa .halr-ureuse adhésion donnée à ma parole dans toutes les circonstances où j'ai cru devoir élever la voii devant mon pays, spécialement en 1873... Nul autre ne sut pénétrer plus avant dans ma pensée. » (Univers, i mai 1883 )