CHAPITRE V
KCIlKi: 1)K l.A TKNTA ri\ E .M o N A 11 CM 1 o U K. I.r si; l'T ICNN A'l\
La mission de Chcsiielong à Salzlioiirg. — Ses explit-ations et nos espéranocs. — La lollre du 27 octobre : le comte de Cliamlioi'd repousse dé(iiiitivemenl le drapeau tricolore; la monarchie impossible. — Les conservateurs se ressaisissent sous la direction du duc de Broglie et c^onficnt le pouvoir exécutif iioui- sept ans au Maréchal. •
Les vacances de l'Assemblée s'aclicAaieiiL: le inoiiieiil approchait de la saisir de nos projets de restauration. Plus d'une fois la question a\ait été agitée dans les réunions officieuses enlre di'puli's de rli\ erses nuances (|u'altirait à Versailles nu ;i Paris le liesoin de s'enquérir de révcneiiieni ininiinenl et de le préparer.
Le 4 oclohre, un mois avant la rentrée de l'.Xsscmblée, les bureaux des groupes déjà engagés par leur prograuune el leurs (h'clarations, c'est-à-dire ceu.x des deu.x droil(^s et du ccnlre droit, se conccrlè'i'ent a\ec le bureau d'un autre groupe conservaleur (jui n'avait pris aucun engagement préalable sur la loruK' du gouvcrnemenl, mais avait refusé de se ralliera la République; tous qualre nommèrent une commission de neuf membres chargée de formuler et de leur soumettre la proposition qui sérail présentée à l'.Xssemblée. Comment cette commission fui composée et connnenl clic ilédibéra. celui dont les avis
ia;iiKt: hk i,a tkntati vI'; monahciiiquk iti
(levaient prévaloir en son sein, avaiil qu'il en ileviiil l'inlerprète aujin's du |irinee. Clicsnelong l'a raconté sans réticence : il l'aul se référer à son récit (1). Je me bornerai à deux rcinaniiies : la première, c'est que, dans celle commission des Neui", quatre seulement, MM. de Larcv. Baragnon. de Tarteron, et Combler avaient des anti'cédcnls |»uremeut légiliniistcs; cinq autres et tout d'abord le président, le général Cbanganiiei-, puis MM. Pas(|uier. Daru. Callet et Cliesnelong- avaient servi ou défeiulu d'aulresrégimes; etj)Ourtaiit tous étaient unanimes à vouloir la monarcliie légitime, à la vouloir avec ardeur : frappant indice du besoin et du sciitiinrui p.ilrinliqucs h celte épO(|ue. Ma seconde obser\atiuii. c'est que, à la diU'creuce des autres groupes, l'extrême droilc ne s'était pas fait représenter par ses cbefs dans cette commission. Trente jours avant que r.Vssemblée se réunît, M. de la Rocbctte trouvait encore ino|)porlun tout débat sur la (|ucstion (pii allait lui être soumise, prématuré tout pn'paratif en vue de la résoudre: MiVI, Lucien IJrun et Carayon-Latour se lenaieni à l'écart des pourparlers, inquiétant synqilôme • les dispositions du prince.
Au sein de la conunission, Taccord s'établit sans didial sur les questions constitutionnelles, les droits du roi et les droits du |ieuple, tels qu'ils devraient être formulés dans l'acte fpii rétablirait la monanliie .Nul ue ronlesla ni (|u"il fallût reconnaîti'e le roi eu vcrhi de sou litre iiéré'dihiire et ue poiul le (■r('ei' eu verlu d'un cboi.x nouveau, ni (jue la constitution dût former un pacte entre le roi el la nation et par conséquent être |iroposéc par le gouvernement royal, consenlie par le
Parlement. Tous admirent pareillement, con ■ le pio-
posa le duc Pasquier (2), que celte constitution aurait pour base l'attribution au roi du pouvoir exécutif et lin-
(1) La Campagne monarchique en 1873. (IMoD )
(i) La Campagne monarchique en 1873, p. 100 et 243.
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\ iotahiliU' royale sous la i^aranlic; de lu n-spoiisaliililimiriislériolle, le partage du pouvoir léj;;islalit' cnlro le roi (îl l(\s Chambres, le vote annuel de l'impùl par les représentants de la nation, l'égalité des citoyens devant la loi et leur admissibilité à tous les emplois civils et militaires, les libertés civiles et religieuses, l'égale protection des dill'érents cultes et généralement le maintien de toutes les garanties dont se composait, à notre époque, le di'oil publie des Français. Quelques-uns auraient voulu ne pas mentioimer |dans cette déclaration le suffrage unis ersel qu'ils se réservaient de réformer. Mais le comte de Cliaml)ord,dans son manifeste de 1871, s'était engagé à respectera le suffrage universel honnêtement pratiqué )),etce fut pour se conformer à cet engagement, tout en restreignani sa portée, que l'on inscrivit parmi les objets à régler par des lois futures « l'organisation du suflVage universel ».
Entre les Neuf, une seule diniculté s'éleva : comme on pouvait s'y attendre, elle portait sur la ([uestion du drapeau, non pas ((u'aucun d'entre en.\ souhaitât ou cn'it possible un autre drapeau ([ui^ le drapeau tricolore accorde'' par le roi ou exigé par la nation ; mais, en vue du succ6s de l'entreprise, les uns s'occupaient davantage de ménager le point d'honneur royal et les autres de rassurer l'opinion publique. Enfin les uns el les autres tondjèrenl d'accord sur cette formule :
« Le drapeau tricolore est maintenu; il ne pourra être modifié (|ue jiar l'accord du roi et de la représentation nationale. »
C'était le minimum de ce qui pouvait être réclamé par le Parlement, le ma.ximum de ce qu'on pouvait alors sinon souhaiter, du moins espérer du prince. Il venait de s'installer à Salzbourg. Chesnelong y fut envoyé pour lui transmettre nos propositions et c'est encore dans son récit détaillé et sincère qu'il faut suivre cette ambassade de laquelle a di'pendu le sort de la France.
KCHKC DE LA TKNTATIVE M ON ARCII I Q UF- 173
Sdiisfait que son droit à la couronne fût explicitement reconnu, le prince ne souleva aucune objection conslrtulionnclle. ne contesta aucune liberté (1). Comment l'aurail-il fait d'ailleurs? Ces libertés, ces «garanties, cette ilivisiondes pouvoirs, il les avait admises d'avance, et les termes mêmes de la déclaration étaient empruntés à des documents (|u'il avait signés. Aussi Clicsnclong- constatel-il qu'à cet épanl « il iront <\uh enfoncer une porte ouverte ».
Il n'y eut de difliculté que sur un seul point : le dra- [)eau: et sur ce point, Cbesnelong déplova tout ensemble l'opiniàlreté du citoyen qui se refuse à désespérer de l'avenir de sa patrie et la souplesse tenace du négociant résolu à conclure une affaire épineuse mais nécessaire. Il finit par arraciier au prince l'assurance qu'il ne réclamerait pas le cliangcmenl du drapeau avant son avènement; mais le prince — il faut citer textuellement les termes qu'il avait employés ou agrées — s'était « réservé lie présenter au pays, à l'Iieure qu'il jugerait convenable, rt se faisait fortd'obtenirde lui par ses représentants une solution compatible avec son lionneur et qu'il croyait de nature à satisfaire l'Assemblée et la nation » . Ainsi la possession d'état restait assurée au drapeau tricolore sans que l'avenir lui fût garanti, et cette assurance, malgré la réserve mystérieuse (|ui l'accompagnait, parut autoriser la conliini.ition de la campagne mnnanbiqne. (lomment imaginer, en elfet. (|ue, le drapeau tricolore; une fois ibnré par l'armée et le peuple en face du roi, le roi reeii l'abii de i-e drapeau songerait encore à le rejeter? « Je MDuvais assurément insuflisaut, » m'a dit plus tard le duc
M) • .Ip m'allrndais <lo sa pari, il fatil le rlirc. A une n'sorve, » rcril ' 'iPsnclongpii rnidanl roiiiptc (le sa prcniiiTc confùrciicc avec le prince II- les i|ui'9lioiis ronslitiilionncllps . La irscrve aurait pu avoir pour jct la poilto il ilonnrr à la foriiiulc de la rcsponsaliililé des minislres... ' i réserve ne fut pas faite. • {La campagne monarchique île 187:!. p 122 I 133.)
,lMJrot,lir..<lnulrr,,ui,.nns.lnil rai.|H..y .In nunf ,l. Chainhor.l. uun. j'ai .tu ,,,. il voulail m' la,r. loir.r la „,,i„ „ 1-:,, depuis 4... la ran.pa^-.ic clail ouverlcnoni c.la.aéc, sans nu-ronnailrc l-in.orlihulc des chances, Hro^lic, avanl pris son parti de les cour.r se la.ssa.l .1.- „lus en plus séduire par la heaulé du n.sultat a ohlen.r. „ Quelle -randc chose uons allons laire 1 » n.e d,sa.l-.l alors avec uue sorte d'ellusiou, un jour que je le rencontrais à Versailles, dans ce palais de la monarchie devenu l'asile de notre Assemldée, .p,i devait bienlôl y repr.Midre s.-.ance • « uiellre un tenue aux divisions .les honnêtes n.,M,s accorder ensemble les traditions et les libertés de ce „avs lui préparer un avenir! ,. Puis, revenant, suivant sa coutume, quand il s'entretenait avec moi. aux souvenirs (lui nous étaient communs : « Après tout. <• est a „„ni nous travaillions au Correspoiulmit. Kn ce lemps-la. '■,,|ait une Revue .,u-il s'agissait de relever: aujourd lu... c'est la France ,, »
Tris étaient nos visées et nos espou's. Ouel.p.es espnls ,l„„,.l„s ont p.-nsé. surtout depuis ravortem.uit de notre enti^prise. que ce n'était point par un Parlement m au ,noven de manœuvres parlementaires qu d convenait .p.e 1, ,;.tauralion s'a.'compltt. J'ai touj.mrs en peine a compnmdrequelproccdeilseusseutprercre.Acoupsur.ee L-ctait pas l'intervention étrangère Auraieut-ils souhaite la ^uerre civile? ou bien estimaict-ds plus digne du ro, , t ,1a' peuple nu coup -le main accompli par quehp.es cous- .iJcurs ou quelques soldats^Knloul cas. aucun de ces l,,,,.,,s dacliou n'a jan.ais clé recherché par le pnnce, ,„,•„„„, se trouvait a notre portée. C est par le 1 ar e- „„.„,■,! nous était donné d-agir, et nous étions prêts, ea vertu d'une délibéradon libre et rélléclue des représentants de la nation, a ramener le roi sans qud eut a sacriHer une parcelle du pouvoir qn'd revemhquait. m a p,o,ncttre k aucun de ceux qm Im rendaient la couronne
lu: L ^ II. iNT n I \ I
le inoindro avantage persomicI.Janiaisreslaiir.'i lion, s'éfailellc accomplie, en France ou ailleurs, iules con.iitions- plus honoraliles? L'cxipen.e ,lii prince au snjel ,lii drap,. au aurait même pu lui proliler. <•! par coii.sé(|neiil, ne p,,iiil sembler impolitique, s'il avait su s'en départir à leinps. En faisant de celte question le pivol de sa n'-sislance. en obligeant les négociateurs à coiicenlicr leurs rllnrls sur ce point uni.pie. n'avail-il pas ol.leiiu qii.niciine des prérogatives (piil enlciidail exercer ne lui |Vi| c.iileslée? Comliien les l'irconstaiices d'aiil.-nrs ne l'avurisaient-elles pninl son avènement! A deux reprises, une première fius. de 178!) à n'J2., une seconde fois en I.S.fd. I,-, -ardc nali.Miale et le peuple de l>aris avaiciil ,■!,■■ .onlre la royauté lé^giiime les instrnmcnlsde la révolu! ion ; et \ni\h qu'en IHl'.i la garde nationale était dissoule el le nouvernement ramené ;i Versailles. Coinhien daiiires raisons d'espérer (|ue notre enlreprise. si elle alioiilissail. aurait un suci-ès plus dnralile ipie la Hcstauralioii de JXi '|. et de IHi;-. : « l/.\s,seiiildéc de 1871, » disait alors .lolin i.emoinne, « lAsscmhlée actuelle possède légitimement, quoi (|u'ondise,lcdroitconslituant... Il est contraire à la véiil,'. de riiisloirc, à la réalité des faits conicinporains. de pntc-ndre que IWssemhléc a été le produit dune surprise et n'a pas été au nioiiient de sa nais.sance l'expression sincère de la nation. .. Klle a été nommée quand nous étions sans gouvernement, sans administration, sans préfets, sans fonctionnaires, et c'est précisément pour cette rai.son, et |)arce qu'elle n'a pas été choisie sons la pression de cette domesticité tyranni(pie qui est la plaie d<. la France, qu'cdie peut .se dire véritaldemenl sortie du cieur et des entiailles de la nation ,.
« Oii'elle ait conscience .le son immen.se su|.éri(.rité morale sur les corps constitués qui tirent autrefois la prenucre Heslauration. En ce temps-là. la décliéance de l'empire et le rétablissement de la royaulr furent votés
Kf, SOUVRNIRS l'OI.ITIOlIKS
par un sénat et mi corps logislalif composes do crûalurcs de l'ompereur et ([ui lui avaient prèle serment. Telle n'est pas la situation de rAsscmlilée d'aujourd'hui. Elle n'a point de honte à boire ni de serments à reprendre : elle a la conscience libre... » {Débuts, 27 octobre 1873.)
Quelques jours plus tard, le même Joim Lemoinne écrivait encore : « Nous voyons tous les jours des journaux, soit franijais, soit étrangers, redire imperturbablement que le comte de Chambord va ramener avec lui des multitudes d'émigrés qui, selon la formule, n'ont rien appris ni rien oublié. Et où donc seraient-ils et d'où viendraient-ils ces émigrés? Il n'y a eu depuis cinquante ans que des émigrés volontaires, tout au plus des émigrés à l'intérieur. 11 y a eu dos exilés et des déportés : mais ce n'est pas le fait de la monarchie. Aujourd'hui les émigrés n'ont pas besoin de rentrer, par la simple raison qu'ils ne sont pas partis. » [Débats, 30 octobre 1873.)
« Il viendra un jour, » m'écrivait alors, à propos du drapeau, un des meilleurs membres de la droite, Tailhand, qui devint plus tard garde des sceaux, « il viendra un jour où l'on ne croira pas que le rétablissement de la monarchie en France, c'est-k-dire notre salut social, ait pu être un moment allaché à une telle difficulté M). » Et pourtant il en fut ainsi : ni à l'heure décisive aucune autre difficulté n'a été alléguée; ni depuis, aucune autre n'a été révélée. Après entente spontanée siu- loul le reste, sans le maintien du drapeau, on en avait tovijouis été prévenu, (III n'en avait jamais pu douler, il était impossible de former une majorité dans le Parlement. Et pourquoi cette exigenc(> parlementaire, sinon iiarce iprelle était la condition indispensable de rassenliinciil national'^ .\u\ veux du pavs, il s'agissait de savoir en di'liniliNc si le nii, en se plaçant à la télt^ de la France, racccpicrail telle
(1) 28 BCplombro 1873.
KCHEC DK LA TE.\TATIVE MOXARCHIÇIUK 177
f|u'olle était, ou s'il priUondrail la refaire à son «ré et la rendre méconnaissai)lc à elle-inènic. Telle n'était assurément pas sa pensi'e. Mais alors que signifiait sa résistance au sentiment national? Kt s"il était incapable de comprendre ce sentiment au moment de mouler sur le tnuie, coinment saurait-il régner ensuite?
Pendant nos vacances, jetais venu plus d'une fois assister à nos réunions préparatoires. Vers le milieu d'octobre, le manaj^e de ma heile-sœur nous rappela, .Mme de .Meaux et moi, h Paris. Chesnelong revenait à ce moment de Salzbourg:; à droite, au centre droit, on applaudissait au succès de son ambassade; cbacun, ami ou ennemi, y voyait le a:ae:c assuré de l'événement décisif. J'allai le voir à son arrivée et fus frappé, non seulement de la modestie personnelle dont cet excellent liomme ne voulait point se départir, mais aussi de son application à restreindre la portée des concessions ipi'il avait obtenues. « Je n'ai pas résolu la question, » me ditil. • mais ce qui i-tait la question de la veille est devenu la question du lendemain. » .V quoi je réponilais : « Pourvu <|u'elle se pose seulement le lendemain, elle est résolue d'avance. « Comment ailmettre, en ellet, que le roi rejetât après son avènement le drajieau déployé pour le recevoir? Cliesneloui,' insistait cependant, ne dissimulant pas quebpie inquiétude, et déclarant ne pas connaître la « solution » r|ue le prince s'était réservé de présenter. Ce n élail pas, disait-il, les Heurs de lys sur le drapeau tricolore; cet arranf^cment avait été proposé et repoussé. «Connue je revenais de <et entretien, j(^ me demamlais ;i mou tiiur quelle pouvait bien être la cond)inaison (|iie le prince entourait de tant de mystère. Je songeais qu'il entendait peut-être abdi<pier, qu'ayant obtenu la rei-onnaissaiice pleine et entière, de son droit sans [louvoir néanmoins garder son drapeau, craignant de se diminuer s'il était obligé de se rlémenlir. il arrangerait tout en
là
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c.'dant lo trône au coiiile de l'aris; cl ce parli ne inc semblait pas sans grandeur parce (ju'il n'était pas sans générosité. Tout autre était sa pensée; Chesnelung a soupçonné qu'il se proposait tout simplement de retrancher du drapeau tricolore la couleur rouge et d'adopter un drapeau blanc et bleu: et j'ai lieu do croire, en ellet, qu'il a plus tard avoué ce dessein à quelques conlidenls : voilà par quelle concession il s'imaginait gagner l'opinion
publi']'!"-
(juohjues jours après ma visite à Cliesnelong, le duc de Nemours, a-compagné de son gendre le prince Czartoriski. cl le duc (rAumalc faisaient à Mme de Monlalem-r licrl riionneur d'assister à la soiiée de conlrat donnée j.our le mariage d'une de ses filles, l.e duc de Broglie et M. lUillet s'y trouvaient également. Toutes les conversations roulaient sur le retour prochain de la royauté. Princes, président de la (',liand)rc, premier ministre acceptaient pareillement les félicitations sur le grand événement (ju'ils étaient pri's d'accomidir ensemble, et personne, en les approchant, ne pouvait douter ni de la sincérité de leurs vœu.\, ni de l'énergie de leurs conununs efforts. IJullet s'entretenait avec Broglie de la procédure à suivre pour proclamer le roi dans la séance ([u'il allait bientôt présider. Le Polonais Czarloriski disait à Broglie, qui abondait en son sens : « C'est surtout comuie ministre des affaires étrangères que v(ius devez vous réjouir, c'est dans vos rapports avec les autres ])uissances. j'en suis sûr, (pie vous sentez davantage (■(inibicn la l'"rance a besoin d'un roi. « (;ei)endant les princes n'étaient pas sans appréhension. Le duc de Nemours, disait-on, s'était vainement ellorcé d'<,hlenir ii Frohsdorf ce que Chcsnelong passait j^our avoir aiTaclié depuis; mais il se renfermait, impénétrable, dans sa boime grâce solennelle. Le duc d'Aumale, au contraire, sans fléchir dans la résolution une fois prise, ne parvenait pas ii dissi-
KCHKC DE LA TKNTATIYK MON A lîC II I (J [I K i:;i
mulcr son iiu|iiii'Ui(lc. l\ous rcmar(|iiàmcs sur sa plivsionomie un voil(> do tristesse, el conuno Afnie i\o. Mcaux le coinpliiiienlait et le roniorciait du service (|uo lui et les siens rendaient h la France en se rani:;;eant derrière leur aîné pour le ramener au tronc ; « Knlin, » — réj)ondait-il avec un accent niélancolifpie, — « (juDi (pi'il arrive, nous aurons fait tout notre devoir. »
A travers les alarmes discrètes des uns, les espérances ilevenues bruyantes des autres, les préparatifs de l'acte attendu de r.\ssend)lée se poursuivaient plus activement à mesure i\w la ri'iilrée approchait. La presse devenait chaque jour plus favorahlc à notre projet. Le Journal dex Di'hfils. notamment, le soutenait avec une rcmar(|ual)lc viirueur iiar la plmni' de .lolin l.emoinne (1). A droile.
(I) Ind.-poii.latiui-.oiil ,los c.\ti;iits ciUs plus haut, je rappellerai les articles suivanl.s parce qu'ils luontront bien pour quels molils et à rnielies conflilions des esprits nullement inféodés à la légiliniité, comme Jolin Lemoinne, avaient (fui par se rallier A nos vues ;
« Apres le rapprochement qui s'est opéré entre les deux grandes fractions du parti conservateur, il no nous parait pas douteux que le rétablissement do la Mionarchie ne .soit assuré dès aujourd'hui d'une majorité sunisante dans rAssenibléc. Mais il importo que les raisons qui auront d.-ternniié cette majorité soient présentées au pays sous une forme claire et intelligible... Cela ne veut pas dire que nous demandions une constitution en deux ou trois cents articles; nous n'avons jamais été pariisans des constitutions longuement écrites. Mais il nous parait nécessaire que ces libertés civiles, poliliques et religieuses dont on nous annonce la confirmation et le maintien soient précisées plus distinctement... Ces droits fondamentaux une l'ois posés comme base de la conslitution et la participation du pays à la confection des lois étant assurée, la rovauté serait sans donte volontiers .icceptco par la nation comme la forme do gouvernement le plus conforme k son Jiistoiro. X ses besoins et à ses habitu.les el la plus propre :1 maintenir la .stabilité des institutions.
« Nous n'atta.hons point d'importanco aux arguments de ceux qui refusent A rAsscmblée le droit de constituer un gouvernement délinitif (tn ne lui contestait point ce droit quand il s'agissait do constituer la république. . {IhUutu, 20 octobre t87;i.)
- Nous voyons, d'après les explications données liicr. quo les garanties que nous demandions sont assurées et que l'acte qui devra rétablir le gouvernement monarchique sera inséparable de celui qui consacrera les droits nationaux. Cet acte double sera bientôt formulé et le pays pourra
. ... Nous demandons à ceux qui persistent A porter du crttc de la solution républicaine le poids de leurs opinions libérales et conservatrices.
au centre ilroil, on se réunissait pour cnleiHlre Cliesnelong, et les explications qu4l donnait en termes soigneusement mesurés étaient ensuite amplifiées et commentées
en un mol constilulionnelles, la permission de leur adresser ecUe question : si tontes les libertés (•numérées dans l'aclo préparatoire publié par les réunions nionarcliiques leur étaient garanties et assurées, liésiteraientils à accepter le rétablissement d.' la royauté? Nous croyons que non. Quelle est dom; la raison de leur résistance? f/esl qu'ils ne croient pas, pour la royauté, nous ne dirons pas à la volonté, mais à la possibilité de tenir ses promesses. Ils croient que, même avec les meilleures intentions, la royauté sera plus failjle que sa destinée et qu'elle oljéiia f.ilalement aux tendances qui l'cmtdéjà menée aux révolutions.
« Nous sommes plus rassurés : nous avons jilus de confiance dans les leçons de l'iiistoire et dans le progrès des mœurs publiques... Nous avons des libertés acquises par plusieurs générations successives, consacrées par l'bistoire, all'ermios par le ti-nips. que rien ne peut plus atteindre . d'une manière permanente et qui opposeront à toute violation ime résistance invincible. Voilà ce que devraient se dire les hommes libéraux et conservateurs qui hésitent encore à apporter au rétablissement de la nionarcbie constitutionnelle un concours dont nous apprécions tout le prix. qui. après avoir fait les efforts les plus sincères pour établir la république conservatrice, l'ont vue avorter dans leurs mains et no se trouvent plus désormais en présence que d'une république anarchiquc... » (Déhals, 21 octobre 187;!.)
. La répul)lique conservatrice est désormais reléguée dans la catégorie des ponts suspendus qui. en subissant l'épretivc du cbargenicnt, sont très proprement tombés dans l'eau el nous avons à faire maiolenant l'expérience lie la république républicaine. Or. c'est précisément à celte e.vpérience que le pays se refuse... parce qu'il est déjà payé ou du moins il a déjà payé pour la faire...
« Les radicaux en ce moment se font très doux et 1res modestes: ils transportent sur la montagne ces bons républicains conservateurs el. leur montrant, nous ne dirons point toutes les places, car nous ne nous servons pas do ces arguments grossiers, mais le triomphe de leurs opinions, de leurs idées, de leurs principes, leur disent ; « Tout cola est à vous si c vous vriiez avec nous. » Mais le lendemain du jour où les partisans de la république conservatrice auraient fait échouer le rHahlissemcnl de la monarchie, les radicaux leur diraient ; « Maintenant «pie vous avez brti\é « vos vaisseaux, vous êtes bien forcés de nous suivre et nous reprenons .. le commandement »
.. Kt CCS hommes que non seulement Pascal avait devinés, mais que Moliiie avait huriu-s. diront aux conservateurs qui voudront élever la voix dans la maison :
C'est » vous d'en sortir, vous qui parlez en niallre ; \..i maisnii m'iipparti'nt : je le fiT.ii cnnnnilre,
.. Ouant à ce qu'ils feront de la maison, lorsiju'ils en seront les maîtres, riiisroirc. et l'histoire toute moderne, est là pour nous l'apprendre. .. (Débats, 20 octobre dS73.;
i;cHi:c nE la tkntative monahciiiqui: isi
dans le sons le [ilus |)r()|.ie à rallier ro|iinion |)uljiii|ui; à notre cause. En deliors de la droilo et du centre droit, les quarante ou cini|uante voix nécessaires pour compléter notre majorité se rattachaient h nous de proche en proche. Je rencontrais, p-u- exemple, à une audience du procès IJazaine, à Trianon, le champion de la répnhlicpie conservatrice dans le dernier ministère de M. Thicrs, Goulard; n"espérant plus que la répuhlique restât conservatrice, il s'employait à seconder notre propap:ande et venait de ijagner à la monarchie le suffrage de Fourlou, en dépit des préjugés « bleus » du département que Fourtou représentait. Nous ne nous lassions point de pointer les voles sur lesquels nous pouvions compter. Jinlin ces pointages successifs arrivaient à un résultat satisfaisant : la majorité était ac(iuise à la monarchie, je venais de le constater et de le mander joyeusement à ma mère restée en Forez, lorsque je vis entrer mon oncle de Merode, l'un des membres du centre droit (|ui s'associaient avec le plus d'entrain à nos projets de restauration : « Tout est rompu, » me dit-il, et il me fit lire dans l'Union la lettre l)ar laquelle le prince refusait irrévocablement le sacrifice du drapeau blanc et rejetait sans retour J(ï drapeau tri<'olore.
La (pjestion du l.nidernain redevenait la question de la veiUc, ou plutôt il n'y avait plus de question : tout notre labeur s'effondrait, tout était bien rompu en ellet.
Chacun de nous s'est demandé alors cl les survivants de cette époque se demandent encore ce (|ui a pu déterminer la fatale résolution du prince. Sans doute, les commentaires dont je parlais tout à l'heure l'ont irrité; sa lettre à Chcsnelong porte la trace de cette irritation en même temi.s <iue du trouble i|ui agitait son àmc. .Mais en définitive, (|uelles que fussent les interprétations et les conjectures non autorisées, ses déclarations au sujet du drapeau n'avaient pas été altérées. Toute l'inlidelilé qu'où
a pu saisir .laiis un ro\u\>\v ivimIu. aaiilcurs reclifié dès le leiitlomain, c'osl la subsliluliou du mol transaction au mot .so/«f»*». i'-l ••■''Si pour ces trois syllabes que la royauté aurait manqué à la France! Non : la vérité est (jue le prince n'avait jamais accepté la condition indispensable de son avènement et qu'à l'heure décisive il l'a repousséc. De là, comment ne point conclure (ju'au fond de lui-même il n'aspirait pas à régner"? Il s'y croyait appelé par la Providence; il se tenait pour obligé d'y prétendre; mais il craignait d'y parvenir. Il a reculé devant le trône, comme font les honnêtes gens devant un devoir au-dessus de leurs forces; il a reculé, sans se l'avouer à soimême, se tenant juscju'à la fin en suspens et s'accrocliant à des prétextes qui abusaient sa conscience. Relégué tout enfant loin de la France et, malgré ses efforts sincères pour la connailre. s'y sentant d'avance comme dépaysé, sans descendants directs et n'ayant que trop de motifs de se désintéresser de ses héritiers, sevré par conséquent du sentiment dvnaslique qui se confondait chez les vieux rois avec le sentiment paternel, il a mieux aimé demeurer, eomme il en avait l'habitude, roi !» partibtis, impuissant et respecté, et, s'il lui restait de son origine quelque goût pour le pouvoir, s'en donner l'illusion .!n gouvernant de loin et comme dans le vide un débris de parti qui ne lui résistait jamais. N'est-ce pas là l'explication du phénomène psychologique qui étonnait à Chambord l évêquc d'Orléans'?
Phénomène unique dans l'histoire neuf fois séculaire de la rovaulé française. Elle s'était i)erpéluée, cette royauté, la plus ancienne de l'Europe et longtemps la plus vivace, en se transformant avec le pays, en s'appropriant d'âge en àg(! aux besoins, aux instincts nationaux. Trois fois jusqu'à notre époque elle avait sombré et la nation avait failli sombrer du même coup. Trois fois elle avait été restaurée pour restaurer la France avec elle.
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Mais aucune de ces restaurations ne s'était accomplie sans conditions. Pour rendre le trc^nc fi ("Jiarli'S V[[, il n'avait pas sufli dn miracle de Jeanne d'Arc: il avait fallu un traité fort onéreux avec reinienii de la légiliinilé nivale. le duc di' IJourgo^Mie. I[enri l\' n'avait pu régner iiu'eii endirassant la ndigiou de son peuple, lùilin si les Hourbons en 181 i avaient écarté le drapeau tricolore — Dieu sait avec (|uel donunage pour la France et pour eux — le comte d'Artois, pour entrer dans Paris, avait revélu 1 Uniforme contemporain de ce drapeau, l'uniforme de la garde nationale, et Louis XN'IIF, (|ui longtemps s'était déclaré dans « l'heureuse impuissance de clianger l'anliiiue constitution du royaume », Louis Wl M avait donné la Charte. C'est donc à turl ipi'auluur du comte de Clumd)ord les courtisans de son e.\il, et plus encore en face de lui. les adversaires de sa cause ont soutenu d'un connnua accord i|ue la tradition monarchique ne comportait pas la transaction nécessaire. La vérit'- est au contraire (|u'en repoussant cette transaction, le malheureu.x prince a méconnu les antécédentsdesa race aussi hieii i|ue lessenlimenlsde son pays. Ponr(|uoi ilonc la Providence a-t-elle perr)ns (|u'd les méconnût? Sans donle. hélas! parce q\H'. nous l'avions mérité. Depuis 178!). la France avait répudié les meilleurs gouvernements; ses repré-senlantsont vainement tenté de lui rendre, en I87;i, celui (|ui l'aurait relevée; : elle avait laiss(' décapiter F^ouis Wl, renverser la Ileslauralion; Henri V lui a fait défaut
La lettre du comti' de (ilunnhord à Cliesnelong, datée du 27 octobre, avait paru dans l'Union le jeudi 30 au soir.
184 SOUVICNIIIS rOLlTIQUKS
Ce jour-là, les ministres, qui résithiienl tdors ù Versailles, dînaicra chez l'un d'eux, Dcssciligny. Le président de rasscnd)léc, IJud'el, s'y trouvait également. Dans la soirée, sous le eoup de la surprise, les députés des diverses nuances de la majorité s'empressaient autour du sjouv criicmenl, avides d'apprendre ce (ju'il savait, «le presscnluce ([uil allait l'aire: cl. parnii eux. les |dus déçus, les mend)res de l'e.xtrcme droite, n'étaient pas, à celle prenùère heure, les moins amers contre leur prince; lirogUe, saisissant lîuiïet par le bras et le tirant à l'écart, lui dit : « Vous entendez ces hommes-là; eh bien! dans quinze jours, c'est moi qu'ils accuseront d'avoir emi)èché la monarclne; mais nous avons quinze jours pour donner à la France un gouvernement cl la sauver. »
Son plan fut arrêté sans délai. Dès le lendemain soir, en petit comité chez le duc Decazes, devant quatre on cinq d'entre nous, il l'exposait de point en point, tel qu'il allait l'exécuter. 11 i)révoyait que les hommes politiques (lui, par des motifs divers, avaient pris parti pour la monarclne, chercheraient d'abord quelque moyen de la fonder, en se passant du roi (jui se dérobait à la couronne ; mais il était persuadé qu'ils ne parviendraient pas même à présenter un jtrojet quelconque, à plus forte raison à le faire voler, «juil faudrait donc s'en tenir au pouvoir du Maréchal, consolider ce pouvoir sans en changer le titre, lui assurer une durée lixe, le rendre indépendant de l'Assend)léc actuelle et surtout des Parlements futurs, consliluer ainsi l'autorité, en la personnidant dans un homme à défaut d'une dynastie; puis, autour de celle autorité temporaire, mais stable et d'ailleurs incapable d'aucun empiétement, construire ullérieurcment des instilulions libres. A ses yeux, entre la démagogie cl le césarisme, il ne nous restait plus d'autre refuge.
.Mais avant d'aboulir à celle conclusion, il fallait que les partis monarchiques épuisassent les combinaisons qu'ils
LE SKl'TENNAT 185
(iL'vaiiMil iiiiiii;iiicr <l'al)oni |i(iur Iroiiipcr l(!ur Jésappoinlomenl, et qu'ils les épuisassent pruinptemeut; car, sous peine (i'écliaiiiier sans retour aux conservateurs, le pays ne pouvait (lein(>urt;r en suspens. Personne alors, pas plus a I extrême droite qu'ailleurs, personne ne proposa (l'appeler au Irùne le comte de Cliambord; aux yeux de tous, à ce moment, il s'était rendu imiiossible. Mais plus d'une lois aux jours de crises, les dynasties européennes s étaient |»erpéluées ou relevées en sulistituant à leur i-lief, incai)al)lc de régner, un de ses héritiers. La maison irAutriclic, par exemple, s'était conservé l'Empire au dixseptième siècle en écartant les princes qui séparaient du trône Ferdinand II ; au dix-neuvième, en écartant ceux qui en séparaient Françoi.s-Josci)li. En France, où il s'agissait, non pas de maintenir, mais de rétablir la royauté, cette ressource nous a manqué. La hrauclie cadette de la maison royale n'avait pas attendu d'être 1 héritière de la branche aînée pour s'emparer de l'héritage; une révolution le lui avait livré; une autre révolulion le lui avait ôté : le lui remettre maintenant en écartant l'amé, encore vivant, n'eût point semblé restaurer le droit, mais au contraire renouveler l'usurpation; ni cet aùié ni ses partisans ne s'y seraient prêtés; les princes d Orléans, retenus par les engagements qu'ils venaient tle prendre, ne s'y prêtaient pas non plus, et nous ne pouvions recourir à l'expédient qu'on eût employé dans tout autre pays : la maison d'Orléans cl la France expiaient ensemble la révolution de 1830.
Tel était cependant à cette époque l'entraînement ou plutôt la ténacité monarchique, qu'à la i)lace du roi défaillant on songea d'abord h instituer soit un régent soit un lieutenant-général du royaume, pris dans la maison royale. La proposition en fut faite chez le général Changarnier, où le centre droit et la droite modér.'-e s'étai.nt liâtes de se réunir; et comme, dans cette réunion qui comptait tant
(lo vieux royalistes, un limidc murmure s'élevait contre les princes d'Orléans, la voix autorisée entre toutes du comte de Maillé y coupa court aussitôt : « Toute iim \ ic » dit-il, «j'ai détesté les d'Orléans; mais depuis la soumission de M. le comte de Paris à M. le comte de Cliambord, je tiens pour iarlienx (|uicon(|ue les atla(iue. " La réunion se pronon(;a d'un comunui accord pour une régence; et do tous les princes, le duc d'Aumale étant alors le jilus en vue, il fut, sans contestation aucune, désigné pour cet
office.
Cependant, pour soumettre ce projet à l'Assendilée, il fallait y rallier les suffrages de l'extrême droite. 11 lui fut communiqué ; elle en délibéra sans délai, en adopta la disposition première et substitua seulement au duc d'.Vumale, objet spécial de ses méfiances, le prince de Joinville : à quoi, le centre droit et la droite modérée consentirent aussitôt sans difficulté.
Le gt'mcral Changarnier fut donc liuugé d'oll'rir, au nom de la droite tout entière, la régence ou la lieutenance générale au prince de .loinville. Celui-ci refusa, disant an général Cbangarnicr, (pii nous transmit ses explications; « Ce qui justifie la cuinluite de mon père en 1830, c'est qu'à cette épo(pie la l'rance u\niùy pas d'autre ressource que Ini. Si j'neceptais l'ollVe ipii m'est faite aujourd'hui, on aurait le droit de condamner mon père rétrospectivement, parce (pie nous semblerions toujours prêts à saisir le pouvoir, de quelque façon (pril devienne vacant. La France a maintenant ce quelle n'avait pas en 1830: un iziinvernemcnl encore debout. Elle a le Maréchal: il Tant le maintenir. Je veux et nous devons .'tre t,ous m;u--malioniens. » L(- .Maréchal fut alors sondé pour savoir s'il accepterait le titre de rr-ent on de lleutenant-géiuM-al du royaume. Mais, prél à reslei- à son [losle connue il avait été pVèt à en descendre, par devonenuMit au pays, il refusa de changer le titre sous le(|uel on avait
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trouvé utilo l'I lioiioral)lc (|u"il iicco|itàt le pouvoir, iw. se souciant pas de gouverner au nom d'un roi par Icipii'l il risquerait d'être désavoué.
Le duc de Hroglic ne s'était donc pas trompé ; il fallait s'arrêter au projet qu'il avait conçu. Dès la rentré»; do r.\ssem!)léo, le ."j noviMnijro. si.\ jours après (pjc la lettre du comte de Cliainhord avait mis (in à la tentative inonarcliiquc, la prorogation des pouvoirs du .Maréchal élait proposée par 239 députés, et quinze jours plus tard, le 10 novembre, votée par 376. Le gouvernement n'était resté que trois semaines en suspens, et les conservateurs, malgré l'écroulement de leurs espérances, le gardaient en mains.
Si rapid(> cpi'il cùl rU'-, ce dénouement n'avait pu élre obtenu sans négociations ni di'bats et nos adversaires avaient saisi l'occasion d"e.\poser leurs doctrines. .'\I. Uouiier avait préconisé l'appel au i)euple et li; plébiscite. .M. (Irévy et .M. Jules Simon avaient contesté à l'Assemblée le droit d'instituer un délégué appelé à lui sur- \ivrc. Cependant ce n'était ni dans l'un ni dans l'autre sensiiue la majorité risquait de pencher. Le centre gauciie avait plus de chances de l'emporter en proposant d'accejiler le pouvoir du .Maréciial, mais à des conditions (pie le .Maréchal et ses partisans repoussaient. L'originalité du projet suggéré par le duc de Broglie et recommandé |iar les messages du Maréchal, consistait en efFet adonner a l'Ktat un chef avant dy fonder des institutions, à mettre '•e chef, immédiatement et pour un temps donné, hors d'atteinte, pendant qu'autour de lui la forme; définitive du gouvernement serait débattue et réglée pour l'avenir. Sans doute, il eilt été plus logiijue de procéder comme le proposaient les orateurs du centre gauche, .M.M. Dufaure et Laboulaye, de rattacher la confirmation des pouvoirs du .Maré'chal au vote intégral des lois constitutionnelles, d instituer le pouvoir législatif en même temps que le
pouvoir exécutil' cl d'assurer d'avance la Iransiuission régulière de l'un et de l'autre. Mais pour cela, il eût fallu se ])rononcer sans délai sur la forme du gouvernement; et dès lors, avec les anciens dissentiments et les récents mécomptes qui entravaient l'action des conservateurs, on n'eût pas « rallié autour du pouvoir tous les amis de l'ordre sans distinction de parti ». De plus, pendant l'inévilalde durée des discussions et des agitations constitutionnelles, le pouvoir exécutif, celui sur qui repose avant tout la tranquillité publique, serait demeuré indéfiniment en suspens; il eût manqué de « stabilité et d'autorité (1) ». Or c'est précisément pour parer à ces périls qu'on avait proposé le Septennat du Marécbal : ainsi nommait-on la prorogation de ses pouvoirs, parce que leur durée, d'abord indiquée pour dix ans, avait été réduite à sept. Mais il fut expressément convenu qu'aussitôt cette prorogation décidée, on procéderait à l'élaboration des lois constitutionnelles, que le pouvoir législatif, qu'on semblait décidé à partager entre deux Chambres, serait organisé à côté du pouvoir exécutif, en un mot, que le ciief de l'Étal serait environné des institutions nécessaires pour aH'crmir son autorité en la réglant; ccate condition, posée comme indispensable à l'exercice de cette autorité, ne fut alors aucunement contestée.
Le projet ainsi combiné par le duc de Broglie, exposé et défendu par le meilleur débuter de la droite, Octave Depeyre, fut adopté sans modification. La majorité, d'abord incertaine et chancelante, s'affermit et s'accrut rapidem.ent à mesure que le débat avançait. Elle se composait principalement des hommes qui avaient voulu restituer la monarchie à la France et, sous le coup de leur échec, se sentaient plus obligés que d'autres à ne pas la laisser sans iîouverncment. L'extrême droite ne nous
Message du Maiéohal lu dans la séanci; du 5 novembre 18T3.
LE SEPTENNAT jgg
refusa pas son conrours ; les ministres qui la représentaient dans le cahirict ou qui tenaient à ne point rompre avec elle avaient adliéré davance au projet, et l'avaient déterminée à voter avec nous (1); quand vint le scrutin définitif, sept membres seulement de ce parti s'abstinrent : tous les autres, les plus importants en tète, votèrent avec la majorité.
Ce vote, émis au milieu de la nuit, après dix iieures de séance, avait été précédé d'un discours du premier ministre manoeuvrant avec autant de sûreté que de dextérité au milieu des espérances trompées et des divisions persislanles. Lorsqu'il descendit de la trii)une. les conservateurs désemparés se relevaient, ralliés autour du .Marécbal, et se sentaient sinon satisfaits, du moins soulagés. Rcjetés loin du port au moment fie ralleinilre, ils avaient trouvé sur la plasTC un ai)ri.
Il y avait pourtant à côté de nous, dans iOmbre. im personnage que l'issue du débat devait amèrement désal)user. Peu de jours avant le vole du septennat, le comte de Cliamitord était arrivé mystérieusement à Versailles. Il avait demandé à s'entretenir secrètement avec le Maréilial: mais celui-ci s'était refusé à l'entrevue. Après avoir souhaité sincèrement la monarchie, le Maréclial la tenait alors pour impossible ; sa résolution était prise : il avait consenti à négocier la prorogation de son propre pouvoir avec divers partis: engager en même temps, à leur insu, une négociation contraire répugnait à la simplicité et à la droiture de son cararlère. Il ne confia pas même à ses minisires iouverlure qui lui était faite: le dur de Broglie. J en suis témoin, n'a connu la venue du comie de Chambord que jdusieurs jours après qu'il élail parti : ce qui p.-rmil au premier nnnistre de ronslater en même temps que la discrétion du Maréchal, l'insuffi.sance de sa police.
(I) MBnvEtM.Eix fc ViGNAii, Ernoul, p, 6.3.
ino SOUVENIRS POLITIOUKS
iiKiis (r,iillour.s m> lui iiis[)ir;i jias de regrets. 11 avouait (jiic si. ]irii(laiit 1(ï discours ([ui avait décidé du débat, il avait souproruié quel auditeur, invisible et présent, se tenait suspendu à sa parole, il en aurait été troublé et peutêtre n'aurait pas dinf;é sa discussion eoinnieil Tfivait fallu à travers les écueils.
.\ mesure (]uc la délibération avançait, il en était rendu compte en eiïct au i)rince, h trois cents pas du palais, dans la maison de M. de Vanssay, rue Saint- Louis, où il était descendu (1). C'est là qu'il devait passer en peu d'beurcs de déception en déception. Il était arrivé, croyant à son roval prestige et à l'impuissance parlementaire. Il avait comitté subjuguer le Maréclial en l'abordant, et le Maréchal ne s.'était pas laissé aborder. Il présumait ensuite (pie l'Assemblée n'arriverait pas à instituer un gouvernement et que l'échec de la manœuvre parlementaire ne laisserait au pays d'autre ressource que lui seul; c'était la dernière chance à laquelle il se raccrochait, imaginant peut-être, à travers le désarroi des partis, dans cette Assemblée déconcertée, je ne sais quel coup de main ou de Ihéàlre, qui le ferait apparaître soudain comme le sauveur inattendu et nécessaire. L'établissement du Septennat dissipa ce rêve. Il n'avait rien fait pour empêcher ce vote, il n'avait pas détourné ses lidèlcs les plus dociles d'y prendre part; c'était alors sa résolution de n'intervenir dans aucun acte parlementaire. Mais il comptait sans doute que la majorité se dissoudrait sans qu'il s'en mêlât. Lorsqu'elle se fut prononcée, il neul i)lus qu'à s'éloigner, mélancoli(iue et mécontent. Avant de quitter Versailles, il tint cependant à revoir trois à (pialre de ses serviteurs, les plus avant dans sa confiance; cl le principal d'entre
(i) Jo nio réfùr(^ ici au témoignage du marquis de Drcux-Brézé qui a dùnienti le bruit, assez répandu alors, que le comte de Cliamlioi'd avait passé la nuit, durant laquelle fut voté le Septennat, dans lacoui-du palais, au pied de la statue de Louis XIV. 'Marquis du Dni:rx-BuEZE, AoiM et Souvenirs, p. 152 et IGO.)
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eux, Lucion Brun, a déclare (|u'il ne leur avait rion dit du vote auquel ils venaient de s'associer (1). [1 faut croire néanmoins (|u'ils discernèrenl le nK'contenternent inexprimé de leur inaîire; car on les vit bientôt, à la suite de ce douloureux adieu, se démentir eux-mêmes, en refusant 0|)ini;'ilr('ment les moyens de vivre au pouvoir qu'ils avaient contribué à créer.
En repassant par Paris, le mallieureux prince apprit que la irarnison devait se rendre aux Invaliiles pour l'enterrement d'un amiral. Il voulut contempler ce spectacle à la dérobée. I^n liacre le conduisit au coin de l'une des rues qui aboutissent à l'Esplanade et là, tandis (pie les troupes s'assendjlaient, ne voulant pas être reconnu, il resta enfoncé dans la voiture immobile. Cette armée qu'il épiait ainsi sans se laisser voir, il aurait pu, à clicval, suivi des j^énéraux et des princes, la faire défiler sous ses yeux, à son conmiandement toutes les épées et tous les drapeaux s'iiirlinanl devant lui FI ne l'avait pas voulu.
l']prouvait-il alors (juclque regret de sa dt'Ierminalion? .N'élail-ce pas pour serapprocber du trône qu'il était venu à Versailles'? Kn dépit de celte dernière démarche, j'incline toujours à croire r|u'il ne se souciait pas de rép-ner. sentiment combaKu d'ailleurs, comme je l'ai déjà indicpié, |iar l'idée (ju'il se faisait de son ilevoir. .\près la lettre de Salzbourir, ce fut celte idée du devoir, ce fut un accès de repentir t\ui le poussa sans doute à Versailles. .Alais ce n-penlir ne devait aller ni jusqu'à la réiractalion ni jus(|u'à j'aiidication. Les incidenis cpii ont accompa^nié son voyage en sont la [ireuve.
D'une |)arl, en elfet, Cliesnelonç raconli' ipn-. sans le mander en sa jirésencc, le comte de Cliainbord, en arrivant, le (il somler cl sonda lui-même un général ^n'élait-
(1) CiiBS.VELONfi, la Campagne monarchique, p. 498.
ce pas le gônéral Ducrol?) sur les cUances qu'il pouvait avoir encore. Cliesnelong répondit que la seule ipii lui restât était trabanilonner à l'Assemblée le choix du drapeau (1). Le général, quel qu'il fût, donna sûrement une réj)onse analogue, et cette double consultation n'aboutit à rien. D'autre part, le marquis de Dreux-Brézé, déclare avoir été chargé de féliciter et de remercier le prince de Joinvillc d'avoir refusé la lieulenance générale du royaume. otTcrte pourtani au nom do l'extrême droite (2).
Inhabile à saisir la couronne, incapable d'y renoncer, le roi, déchu sans avoir régné, retournait donc, pour n'en plus sortir, dans son exil désormais volontaire, navré du sort qu'il prévoyait pour la France, mais se persuadant avoir tout fait pour le conjurer.
Ainsi finit notre tentative de restauration. Ainsi fallutil, à défaut de la perpétuité monarchique, installer une autorité transitoire qui écartât le péril du moment et réservât l'avenir. Lourde tâche qui échut au duc de Broglie ; les poliliciues qui le virent à l'œuvre, ralliant l'armée conservatrice prête à se disperser parce que le but qu'elle avait poursuivi se dérobait h son atteinte, les tacticiens cpii l'observèrent concentrant cette armée sur ime position ofi elle pouvait se retrancher encore et tenir tétc à l'adversaire, admirèrent la décision, l'habileté et la vaillance avec latjuelle il dirigea celte rctrailo.
Sous un gouvernement temporaire, la France pouvait désormais attendre un régime définitif. Lequel? La répubJiipie nu la monarchie? Nul engagement n'était pris à ce siijn. iinile détermination arrêtée. La république subsishiil fil fnil. mais les républicains restaient écartés du |iou\oir. VA. si Ir roi avail mampié à la monarchie, les inoniircliistes continuaient à prévaloir au Parlement.
(1) CiiESNEi.oNC. la Campagne monarchique, p. 467 ni suiv. et p. 471.
(2) iMarquis de Dredx-Bbk7.é, Noies ci Souvenirs, p. 126.