‹ Souvenirs politiques, 1871-1877Chapitre 16 sur 38 · MIMSTKRi: DL'FAURK · texte numérisé non relu

MIMSTKRi: DL'FAURK

exemple. Albert de Mun, notamment, et Chesnelong étant exclus, la portion de l'armée conservatrice la plus exposée aux attaques, la piialanpe catiiolique, se trouvait décapitée. Dans cette armée ainsi désorganisée, c'était le parti bonapartiste, à peine représenté jadis à l'Assemblée n.itionale, qui tenait le plus de place, faisait le plus de bruit; et, comme il n'avait rien plus à coeur que de discréditer le régime parlementaire, troubler les séances lui paraissait à la fois plus utile et plus facile que d('d»atlre les questions Aussi bien, la majorité' suffisait à se déconsidérer elle-même. Aux yeux de tout observateur désintéressé, le niveau intellectuel et moral s'était abaissé dans le Parlement, en même temps (|iie le niveau social.

Sans talent, ignorante des affaires publiques, cette majorité nombreuse avait pourtant une qualité (jui devait la rendre redoutable. Elle savait suivre un clief et se laisser conduire, .\ussi celui de nous le plus capable de mesurer sa force et de lui résister avait-il reconnu cbez elle, tout ensemble « de la passion et du calcul » : le calcul d'un clief habile réglant la marche de soldats enrôlés en vertu d'une passion commune; et voici comment le duc de Broglie dévoilait, dès le début, le plan de campagne qui menaçait la société française : « Deux fois déjà. » disait-il, « le parti avancé est arrivé au pouvoir par les voies révolutionnaires, et deux fois, les principes de ce parti, le langage compromettant, les actes insensés lie ses chefs ont excité dans les intérêts matériels une telle épouvante que, par une réaction subite, le pouvoir lui a échappé des mains, la coupe lui a été retirée des lèvres. Eh bien! il ne veut pas que ce mécompte lui arrive une troisième fois et, pour s'en préserver, il veut ménager les intérêts matériels, les apprivoiser peu à peu à son empire : il est préoccupé d'une crainte très singulière, la peur de faire peur. Voilà pourquoi il consent à

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ajoiinior les 1';uii(miscs (Icstructions nécessaires dont on ptirlail quand on (Mait tlans l'opposition. El cependant (|uc taire? 11 y a des engagements électoraux à remplir, des passions excitées à satisfaire, di's amis pirssés et qui s'impatientent. Qu'est-ce qu'on pnurrail l)ien donner en [jàture à loules ces impaliences j)oui- leur l'aire trouver le temps moins long'? Si on leur donnait les questions religieuses à discuter, et les institutions religieuses à détruire!... Cela servirait à donner le change, on gagnerait du temps, et la politi(pie de l'opportunité, la politique des résultats irait à son but. du pas lent et sûr i|u'elle a annoncé, et qui lui convient ( I ). »

il V avait encore une autre pâture propre à satisfaire ou tromi)er la faim des assaillants, en accroissant leur crédit : les emplois publics. La conquête ne pouvait en être prompte ni soudaine, mais il importait de l'entreprendre sans délai, de la poursuivre sans relàclic

La première canqiagne idlait donc avoir un double objet : battre en brèche l'Église et ses institutions, mettre la main sur les ressorts et les ressources de l'Etat. Restait à savoir quel terrain le gouvernement aux prises avec cette tactique et se défiant de la lutte abandonnerait sans résistance, ce qu'il céderait, ce qu'il chercherait à défendre.

L'Assemblée nationale avait terminé sa carrière en organisant la liberté de l'enseignement supérieur, (jue l'Église avail r(\ cndiciuée connue le complément de la liberté, précédennnent conquise, de l'enseignement primaire et de l'enseignement secondaire, et dont elle se hàtail de faire usage en fondant des universités catholi(pH's. Il suflisait que la liberté de l'enseignement prolitiit il l'Église pour qu'elle déplut à la gauche, pour (jue la loi qui achevait de l'accorder devînt le point lic miiv

( 1) Siioat. Séance du 20 juillet 187G.

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fie ses premières attaques. « Je ferai abroger cette loi, » avait dit Gambetta dans une réunion électorale, et le nouveau ministère à peine formé proposait non de l'abroarer, mais de la mutiler, couvrant d'ailleurs cette première satisfaction accordée à la gauche d'un motif ou d'un prétexte juridique. Les légistes avaient soutenu que, les grades universitaires ouvrant la porte des carrières publiques, leur collation était un droit régalien que l'Klat ne devait point aliéner. En vertu de cette doctrine, le ministère prétendait retirer aux. professeurs libres toute participation à l'examen de leurs élèves, livrer sans partage le contrôle de l'instruction donnée par eux h leurs rivaux, les professeurs de l'État, et, derrière cette ri' vocation d'une prérogative dont, à coup sûr, les membres des universités catlioli(|ues n'avaient pas abusé, car ils n'avaient pas eu le temps de l'exercer, les adversaires de l'enseignement libre en poursuivaient la ruine : ils ne s'en cachaient pas. Cette fois, leur dessein fut déjoué. Le Sénat ne se prêta point à la proposition présentée par le Gouvernement et votée par la Chambre. De ce premier débat, il ne ri'sulla rien que des indices sur les sentiments et les intentions des partis en présence. L'attatpie contre l'Eglise allait se poursuivre sur un autre terrain

(iambelta présidait la commission du budget; il en profitait pour soumettre à ses investigations tous les services publics, sans prétendre d'ailleurs les désorganiser encore. Un seul budget fut contesté par cette commision : le budget des cultes, et non dans son ensemble, — - la proposition de le siipprimer ne fut pas présentée par elle et et ne rallia que peu de suffrages, — mais dans nombre d'allocations jugées nécessaires par le Gouvernement; à ce point qu'il arriva à M. Dufaure de s'écrier devant ces refus : « On semble considérer le Gouvernement comme un adversaire, n Sur ce terrain, le Gouvernement avait

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résisté, mais sans succès. Onze fois le prési.lont du conseil avait vu rejeter ses dcniandes.

Ce n'était pas assez : dans un tout autre diljut, un dernier échec l'attendait à la Cliamhre. Il y avait dans le parti républicain une l'action difficile, soit à renier, soit à contenter: les débris de la Commune. Les comnmnards se vantaient d'avoir, les premiers, combattu pour la République, et ils se voyaient hors la loi. Dès lors, la politique <lcs résultats n'était pas pour les satisfaire. Leurs impatiences risquaient de la compromettre; il importait de les apaiser. Tous n'étaient pas séparés du reste du monde à Nouméa. Parmi les chefs, plusieurs s'étaient réfugiés à l'étranger, sur nos frontières et, de là, condamnés par contumace, ils attisaient le feu à l'ultérieur. Parmi les soldats, tandis que beaucoup avaient été graciés, d'autres, réduits à un sort précaire, avaient échappé aux poursuites en se cachant et se faisant oublier. Épargnés mais non réhabilités, leur faute les inquiétait encore : ils ne marchaient pas de pair avec les bons citoyens. Aussi l'amnistie do la Commune était-elle inscrite dans les programmes électorau.x d'un certain nombre de membres, et des plus considérables, de la gauche (1). Dès que le nouveau Parlement s'était réuni, une amnistie plénière, puis partielle, avait été réclamée, mais en vain. Le Gouvernement avait combattu cette demande; le Sénat n'avait pas hésité à la rejeter, et la Clianihrc, conforinément aux conclusions d'une commission donlM. Leblond était rapporteur et dont MM. Lamy et Méline se liront les organes à la tribune, la Ciiainbro l'avait repoussée à une majorité considérable. Elle avait rejeté « l'amnistie partielle comme l'amnistie totale », alin do marcpier, avait dit M. Lamy, « qu'il n'y a rien, qu'il n'y aura jamais rien de commun entre la Répu-

(1) Nolamincnt de MM. Spullcr. Kmilc Drschancl, B.is.soi., Kloniet, Rouvier.

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blique faite par la France en 1876 et la République \aincue sur les barricades de 1871 ( 1 ) ».

Après quoi, pour couper court, à toute proposition ultérieure, -M. Dutaure avait iniag'iné de faire écrire par le clief de l'Etat au ministre de la g-uerre, chef de la justice militaire, une lettre publique prescrivant la cessation des poursuites, « si ce n'est en des cas exceptionnels qu'une loi pourrait difficilement déterminer à l'avance, » et qu'il appartieinirait au conseil des ministres d'apprécier; car désormais aucune poursuite ne serait intentée sans son autorisation, aucune ne devrait l'être, à moins qu'elle ne fût « connnand(''e, en quelque sorte, par le sentiment unanime de tous les liouiiétes gens de toutes les opinions [2) ».

Par cette promesse le Gouvernement avait pensé mettre un terme à toute agitation en faveur des comnmnards. Il n'en fut rien. Dès que le Parlement revint de vacances, la Chambre prétendit s'approprier la résolution adoi)téc par le Pouvoir exécutif et, connue si la parole du Maréchal ne suffisait pas, garantir par un texte de loi la cessation des poursuites. Cependant, ce texte ne devant pas, on le déclarait du moins, profiler aux grands coupables, les exceptions étaient, ainsi que M. Dufaure l'avait prévu. « difficiles h dt'terminer à l'avance; » et de fait plusieurs formules furent proposées : il ne s'en rencontra aucune qui ne risquât de soustraire à la justice d'éclatants et scandaleux forfaits, lui outre, pour ces cas exceptioimels, la Ciiamhre dessaisissait les conseils de guerre, dont l'attentive et clairvoyante équité n'avait pourtant reçu que des hommages; elle accordait aux communards de marque la cour d'assises et le jury, changement de juridiction qui devait rendre désormais la

(1) Chambre de; dépulrs. Séance du 16 mai 1876. (il Lettre du 26 juin 1876. Annvt poliliqur, 1876. par André Oambl, p. Î17.

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rôprcssioii inccrl.iiiu' aulanl (|u'inégale. Eiiliii di'ii.x mille ronluniaces environ, deux à trois mille déportés n'avaient rien fait de pire que les insurgés non poursuivis qu'il s'agissait de déclarer légalement indemnes. (Jiiand une telle loi serait rendue, comment retenir liors de France ces déportés et ces contumaces? A ([uel titre lesempèciier de rejoindre leurs pareils, mis à l'ahri de toute recherche, et d'entretenir avec eux, au cœur du pays, un ferment de réxolution sociale? La cessation des poursuites, législativement prononcée, devait entraîner fatalement l'amnistie, quelaChamhre semblait n'avoir écartée d'ahord que pour mieux l'assurer en la déguisanl.

Le parti républicain avait beau s'être proposé de marcher « lentement » pour avancer « sûrement » ; voilà donc où, dès la i)renuère campagne, par des voies plus ou moins déloiirnées, il tendait : à l'impunité légale de la Commune. Une fois de plus, sur la route gUssante où il s'engageait, le Sénat l'arrêta. Saisi du projet voté par la Chambre, le Sénat nomma tout d'abord une commission défavorable ; j'en faisais partie, M. Paris en était rapporteur; Paris et moi nous en soutînmes les conclusions à la tribune. Sans infirmer ni contester aucunement les promesses du Maréchal, nous alléguâmes qu'il importait de ne pas les laisser dépasser, qu'il appartenait à qui les avait faites, au pouvoir responsable de la paix publique, d'en mesurer et d'en fixer la portée, enfin, qu'il serait dangereux de transformer en un droit ac(]uis sans condition et sans retour le pardon, l'oubli bénévolement offert à des coupables prêts à se vanter de leur crime. Ce n'est pas sans tristesse qu'en revenant à ces lointains débats, j'y retrouve aujourd'hui des prévisions trop promptement et trop maliieureusement justifiées :

« Est-ce (|ue vous n'avez pas lu, » disions-nous, « hi vu'u de cinquante-deux membres du Conseil général di> la Seine? Au nom de « leur mandat » d'abord, au nom

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Je la « morale » ensuite, ils deniandent, quoi? L'amnistie plénière. Pour qui"? Pour des criminels égarés, vis-ii-vis •lesquels est venu ijout-ôlrc le temps de l'indulgence"? Non : ils demandent une amnistie plénière destinée à « effacer toutes les traces de la guerre civile ». 11 n'y a pas ici des juges et des coupables, mais seulement des vaimpieurs et des vaincus. Eh bien! puisque des membres ilu conseil municipal de Paris ont aujourdlmi reçu un tel mandat de leurs électeurs, demain, n'en doutez pas, devant les mêmes électeurs, les candidats aux fonctions municipales seront les hommes auxquels vous aurez assuré l'impunité légale (1). »

Le Sénat nous donna raison, mais malgré le gouvernement. M. Dufaure était fatigué de lutter contre la gauche; il traita avec elle. Sur un point seulement, il ne céda pas. Il maintint son refus de des.saisir les conseils de guerre; mais il consentit à substituera l'engagement du Mari'clial un texte de loi qui devait inévitablement en altérer le caractère, en étendre la portée ; et, le Sénat n'ayant pas souscrit à celle concession, il se retira. Lui qui avait dit, dans le débat même qui venait de se clore : « Quant à nous, la lellre du Maréchal .suffisait , » ajoutant que le gouvernement y resterait fidèle et rexécuterait, quel que fût le sort du projet débattu (2), il renonça à gouverner parce que ce projet était repoussé, parce que le Sénat s'en tenait à celle lettre; et par celle inconséquence fil retomber sur le Sénat et, dans le Sénat, sur la droite, la responsabilité de sa chute

Au fond, à la suite des nouvelles élections. M Dufaure avait entrepris de s'entremettre entre le Sé-nat à droite, cl la Chambre à gauche, en pratiquant, avec 1 appui du Sénat, sans rompre avec la Chambre, une [)oliti(|uc conservatrice C'était s'exposer des deux côtt'-s à des échecs

(i) Séanre du 1" décembre 1876.

(2) Sénat. Séance du 1" décembre 1876.

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Les plus nombreux, les plus graves lui vinrciil île hi gauche, avec laquelle il chercha néanmoins, jusqu'à la fin, (|uelque accommodement: et (|uanil, ébranh', déçu par les exigences des uns, les résisl;iiices ih's ;uiLres, il voulut tonibor, il le lit en louinanL le dos à la droite.

L'épreuve ne paraissait {)as concluante. Il y avait moyen de douter encori; si la politique conservatrice était ou non compatible avec la nouvelle Chambre et, puisque le Maréchal s'était décidé à cette expérience, il convenait de la prolonger en clicrcbant à M. Dufaure un successeur agréé par le parti n'^publicain. Ce successeur était inditiué davaiice : c'était Jules Simon.

En 1873, il avait combattu la prorogation des pouvoirs du Maréchal et, pour le discréditer, évoqué le sou\ enir de Sedan en des termes et sur un ton qui nous avaient blessés. Mais le Maréchal n'en gardait lui-même aucun ressentiment; il était prêt à rafi|H'lcr. à la suite de M. Dufaure. aupi'ès de M. Léon Say. .lulrs Simon aux ail'aires. L'obstacle à raNenemenl de ce dernier s'éleva dans son propre parti. Enhardi par ses récents progrès, ce parti songeait dès lors à mettre la main sur l'armée, sur les eni|)lois miiitaiies aussi bien que sur les emplois civils; il réclamait le changement des commandants de corps d'armée, et prétendait n'accepter le pouvoir, pour l'un des siens, qu'il celte condition. Elle était inattendue; ceux avec qui la gauche avait encore à traiter à cette i'|)()(|uc n'étaient pas disposés à la .subir. Au ministère de la guerre, le général de Cissey, \ieilli, venait d'être rem-

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placé par le général BciUiaut, soldai instruit, épris de son métier, portant très haut le sentiment du devoir militaire et, durant la guerre, ayant fait preuve de fermeté, non seulement en^face de l'ennemi, mais aussi vis-à-vis des bataillons de mobiles q.i'il avait été charge de dresser et de conduire. Étranger jusqu'alors à la politique, ses relations et ses idées l'inclinaient vers la gauche, ou du moins vers le centre gauche, plutôt que vers nous; mais, avant tout, il était résolu à maintenir l'armée en dehors des partis et de leurs compétitions; et c'est pourquoi, de quelque façon qu'd appréciât les divers commandants de corps d'armée, il refusait d'en sacrifier aucun à des exigences qui ne fussent pas inspirées par le « bien du service ». Au-dessus du ministre, le Maréchal, dont les généraux visés étaient les compagnons d'armes, devait moins encore les abandonner; il avait le droit de se montrer offensé qu'on le lui demandât. Enfin l'opinion pubUque n'était pas préparée non plus à cette prétention. Un effort commun de patriotisme venait de restaurer l'armée. Divisés sur tout le reste, les Français s'accordaient encore à la vouloir à l'abri de leurs discordes; et, si le chef de celte armée, devenu le chef de l'Etat, avait à la défendre contre l'invasion de l'esprit de parti, il pouvait trouver appui dans la nation. Aussi ceux d'entre nous qui tenaient pour inévitable une rupture entre le Maréchal et la Chambre estimaient-ils l'occasion favorable. La gauche le sentit; eUe discerna que, sur ce point, elle se découvrait trop vite; et, sans renoncer à son dessein — on devait le voir plus tard — elle sut l'ajourner.

Un jour que, dorant la crise ministérielle, je causais avec kerdrel dans un couloir du Sénat, Jules Simon passa devant nous. Kerdrel et lui, Bretons tous deux, avaient et.'; camarades de collège et se traitaient familièrement. Kerdrel linterpella : « Tu ne veux donc pas être

ministre, sans avoir à commander l'armée? » — « Oh! » répondit Simon de sa voix caressante, en pesant ses paroles, « la difficulté n'est pas là. Je ne suis pas, comme toi, président de la commission de l'armée ; je la laisserais volontiers au Marcciial et à qui lui plairait. » Le propos était tenu pour être répété ; Kerdrcl le répéta, on le recueillit à l'Elysée, et Kcrdrel fut cliargé d'aller offrir à son ancien camarade et constant adversaire la présidence du conseil. Lorsqu'il arriva, pour remplir cette mission, place de la Madeleine, au troisième étage, où logeait Jules Simon, il le trouva entouré de ses amis qui attendaient, non sans anxiété, l'issue de la crise. Ils redoutaient que le pouvoir leur échappât; ils souliaitaient l'occuper encore sous le couvert du Maréciial. L'offre qu'apportait Kerdrel les soulagea et les réjouit. Simon lui-même ne dissimula pas sa satisfaction. 11 dit à Kcrdrel en le reconduisant : « Au ministère, que pourrai-je faire qui te soit agréable? » — « Me conserver mon préfet, » répondit Kerdrel. Simon le promit et tint parole, ce qui n'était pas sans quelque mérite, à travers tous les changements que lui imposait son j)arti.

Voilà donc Jules Simon président du conseil et ministre de l'intérieur; car, pour s'assurer la prépondérance dans le gouvernement qu'il s'était chargé de diriger, il s'était attribue à lui-même le poste le plus difficile et le plus en vue. Il ne restait auprès du Maréchal qu'un seul ministre ayant appartenu au parti monarchique, le ministre des affaires étrangères; et celui-ci, le duc Decazes, désespérant de la monarchie, s'était entremis d'abord pour faire accepter par le Maréchal la constitution républicaine, ensuite pour amener les républicains au pouvoir. Les autres membres du cabinet n'avaient pas été choisis dans des rangs éloignés de leur chef. Il n'en avait à craindre ni dissidence ni rivalité. C'était dans le Parlement et au delà (ju'il allait se trouver entre le parti ré{)ublicain, — le

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