‹ Souvenirs politiques, 1871-1877Chapitre 17 sur 38 · LE MINISTERE JULES SIMON · texte numérisé non relu

LE MINISTERE JULES SIMON

sien, — à contenter et à contenir, et le parti conservateur. — celui (lu .Maréclial, — à ménasrer et à rassurer. Par quelles manœuvres se prt'server et réussir des deux côtésV Dans la même situation, la raideur de M. Dufaure ne l'avait pas empèclié de se heurter à ces écueils et de s'y briser. La souplesse de M. Jules Simon ne devait pas obtenir plus de succès.

.\u dc'but d'un récit sur le Seizi' Mul cl lu fin du Si'iiteninU. un Iiomme public. « témoin et acteur (1) » dans le lamp opposé au nôtre, rapporte qu'aux approches du l(i mai, Jules Simon, « soutenu mollement parle centre gauche..., était devenu suspect à la gauche, dont il trompait les espérances et dont il arrêtait la marche {'2). » Telle était l'accusation ayant cours à ce moment parmi les siens et qui devait le déprécier, même après sa chute : exemple saisissant de l'ingratitude des partis, car personne jusque-là n'avait été plus réellement utile au parti républicain. Les services qu'il lui avait rendus excitaient, par contre, la déûance des conservateurs; et, certes, à regarder sa carrière antérieure, cette défiance, à droite, de\ail paraître tout autrement justifiée (jue le mécontentement à gauche.

Aujourd'hui nous nous représentons volontiers Jules Simon tel qu'il se montra quand les siens l'eurent disgracié; et jamais peut-être disgrâce imméritée n'a relevé davantage un caractère. Mais alors, il apparaissait sous un tout autre aspect. C'était lui, nous l'avons déjà rappelé, qui, sous l'Empire, avait dressé le programme de la politique radicale. Depuis l'avènement de la Républi(|ue. il avait frayé la route aux radicaux. Tl est vrai que. sur cette route, ayant rencontré Gambetta, il était entré en rivalité avec lui, et que plus d'une fois cette rivalité avait profité aux conservateurs; maiSj en définitive, si l'un et

(1, De .Marcère, Atnnl-propof.

[il /rf.. p 17 et 18.

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l'autre ne marchaiont pas du nu'iue pas, ils inarcliaieul dans le niènui sens. Eu l«71, ii Bordeaux, par nu acte de patriotisme et de couia-e, .Iules Simon avait uns lui à la dictature de Cambetla, et décidé l'élection de 1 Assemblée nationale; mais ensuite, celte Assemblée ne se prêtant pas à ses desseins, notamment en matière d'enseignement, il l'avait dénoncée à la nation, en attribuant à un seul lionune. à M. Thiers, la libération du territoire et la renaissance du pays (1). H avait ainsi déterminé, le lendemain, la rupture de la majorité parlementan-e avec M. Thiers; mais, du même coup, il avait préparé pour l'avenir la légende destinée à discréditer celte majorité. Auparavant, dans le cabine l de M. Thiers, il avait, comme ministre des cultes, toujours déiéré, pour le choix des évèques, aux catboli(iues, et plus d'une fois, aux catholiques intolérants; mais en même temps, comme ministre de l'inslruciion publique, il avait livré l'éducation de la jeunesse à plus d'un ennemi déclare de la loi chrétienne, témoin M. Buisson, (iu'il avait tiré de Suisse et nommé inspecteur de l'enseignement primaire à Paris Eiiiin, au terme de TAssembh^e nationale, quand une défection inallenduc livra l'élection des sénateurs inamovibles à la gauche, n'était-ce pas chez Jules Simon et avec lui qu'avait été conclu le pacte le plus funeste aux conservateurs-? Si donc il ignorait l'art, où Gainbetta excellait, de s'attacher les siens en flattant leurs passions, et de se faire suivre en exaltant leurs espérances, il savait mieux .pie personne leur procurer des avantages.

D'autre part, il évitait le plus souvent .lollenscr ses adversaires; il se monlrail de préférence modéré, conciliant, et cela, non seulement par calcul pohtique, mais par goût, par habitude contractée au cours de sa carrière

(1) Discours prononcé le 19 avril 1873. ù la Soi-bonnc. deva.U l'.Vsscnblée lies délégués dos Sociétés savantes.

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philosophique ol littéraire. Son esprit élevé et raffiné répugnait à la violence, n'était point exclusif, et, sans renoncer à ses idées ni à ses scntimenls, entrait volontiers dans ceux d'aulrui. Ajoutez que, nourri d'études variées, rompu au travail, il se forma rapidement aux aflaires: le professeur devenu ministre parut fait pour l'être et acquit hien vite le crédit qu'obtient partout et toujours un homme qui est à sa place et sait son métier. A la tribune, sa parole ingénieuse et insinuante, sa voix, d'ordinaire souple et voilée, mais qui parfois éclatait tout à coup, semblaient plus propres à séduire qu'à convaincre; chez lui, l'art oratoire eflt été consommé s'il s'était moins laissé voir. Personnage non pas ondoyant, mais divers, avec lequel amis et adversaires avaient à compter tour à tour, et qui, se livrant et se découvrant trop peu pour inspirer confiance, devait pourtant, à l'épreuve, se montrer ferme et sincère. Lorsque les siens en effet l'eurent mis de côté, il se porta généreusement à la défense des droits violés par eux. Peut-être se rappela-t-on alors, à son sujet, le mot de Royer-Collard : « Ne persécutez pas un honnête homme pour les opinions qu'il n'a pas; vous les lui donneriez. » La vérité est que Jules Simon, sinon persécuté, du moins délaissé, ne changea point d'opinions, mais entre celles qu'il avait fit un choix qui honore sa mémoire. A son début dans la vie publique, il s'était déclaré tout ensemble iibi'ial et radical; au pouvoir, il avait tenu son radicalisme dans l'ombre sans y renoncer. \u terme de sa carrière, les radicaux s'étant attaqués à la liberté par haine de la religion, il défendit contre eux la libcrlé religieuse, comme il eiU défendu toute autre liberté; il resta libéral, tandis que ses anciens amis, ayant triomphé, n'affectaient plus de l'être

Cependant, à l'époque où nous sommes, il ne s'était point encore dévoilé de la sorte et les conservateurs

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inénies, qui jugeaient opportun do l'essayer k la tiHe du gouvcrnenicrit, no laissaient pas d'être prévenus contre lui. Prévention que le Maréchal n'éprouvait pas avant do l'appeler au ministère, car il ne le connaissait point, mais ([u'il partagea bientôt; et, comme il arrive entre gens qui se rapprochent sans se convenir, ce chef d'Etat se laissa d'autant moins gagner par son nouveau ministre que celui-ci s'y appliqua davantage. La simplicité rude et Fruste do M. Dufaure l'avait mis à l'aise; si différents que fussent l'esprit et la carrière do ces deux hommes, il y avait entre eux une certaine analogie de caractère qui avait valu au vieil avocat la sympatliie du vieux soldat. Au contraire, le langage doucereux, les facjons enveloppantes de Jules Simon froissaient ce vieux soldat et ne lui rendaient que plus pénibles les concessions réclamées pour apaiser la gaucho.

A la Présidence, le nouveau ministère, accepté d'abord sans difhculté, demeurait donc sans crédit. Au Parlement, le premier ministre débuta par une querelle avec Gambetta, qui n'était pas la première et dans laquelle il l'emporta. Il soutint la prérogative du Sénat en matière de finances, son droit à inscrire dans le budget, au même titre que la Chambre, des dépenses aussi bien que des recettes; et ce droit il le ht admettre par les députés : tant ceux-ci, à peine installés et mal assurés do leur force, redoutaient encore un conflit avec les autres ])0Uvoirs.

Ce succès aurait dû, sans doute, accréditer Jules Simon auprès des conservateurs ; mais en même temps il accordait à la gauche une satisfaction qui, pour elle, avait en définitive un tout autre prix : le changement des fonctionnaires. Déjà, le précédent ministère que présidait M. Dufaure, et dans lequel le portefeuille de l'intérieur avait passé de M. Ricard à M. de Marcère, avait destitué, mis en dis|)onihilité nu h la retraite, le 22 mars lH7fi, au

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