‹ Souvenirs politiques, 1871-1877Chapitre 19 sur 38 · I.K MIMSTÉRK .IULKS SIMOX · texte numérisé non relu

I.K MIMSTÉRK .IULKS SIMOX

satioii Autrefois, dans le feu de l'action, sous le coup de la défaile, elle m'a froissé souvent: aujourd'hui, loin du champ de hataille, dans le calme de la retraite, je persiste à la trouver injuste. Quand je considère, en eli'et. quelles passions, quels préjugés ont sévi contre nous cl nous ont aliéné' le pavs, il me paraît manifeste que ces passions et ces préjugés en voulaient par-dessus tout à la religion : les libertés accordées, les droits reconnus à l'Kglise, voilà ce qui ne nous a pas t'-té pardonné par nos antagonistes triomphants. J'en atteste les survivants des luttes de cette époque, dans quelques rangs qu'ils aient combattu : si nous sommes devenus impopulaires, c'est moins eu qualité de monarchistes qu'en qualité de cléricaux (1 ). D'autre part, lorsque j'examine de notre côté les fautes imputables à chacun — car nul n'en fut exempt en ces jours difficiles — celles que certains représentants de l'Eglise ont commises ne me semblent pas les moins fâcheuses. Il serait difficile d'indiquer par quel acte, en quelle occurrence nous les avons engagés dans une querelle politique; plus dune fois, au contraire, après qu'ils s'étaient exposés eux-mêmes mal à propos, nous nous sommes risqués, non sans quelque dévouement, pour les couvrir. Ainsi en a-t-il été le 16 mai

Deux mois auparavant, le 10 niars, dans une allocution soleimelle, Pie IX avait exhorté les évèques de la chrétienté à défendre, non ])lus son pouvoir temporel abattu, mais son autorité spirituelle entravée ou menacée par le gouvernement italien. Il les avait pressés « dexci-

(I) • Lorsque le.« circonstances eurent favorisé fétablissement d'un lilat républicain, • écrivait M. de Marcère. il y a quelque temps, « un certain parti dans la Ré|iuliliqup nourrissait, des avant son avcncment au pouvoir, le dessein de dé'liristianiser la France. Il n'en faisait pas mystère et ils l'ont dit en propres ternie." A)is,«itMt aprcs leur avènemtnt ils se font mis à l'iruvre . Il ont toujours le même objectif, lequel est désigné dans la formule fameuse : Le rlénralisme. roità l'nmrmi. formule qui dissimulait sous un faux nom destiné à tromper les ànies simples le dessein véiilable de ceux qui l'ont émise, >■ (Voix nationale, Sâjjuillet 1902.)

ter les lidèles à agir auprès rie leurs gouvernemeiils selon les lois de leurs pays respectifs, afin que Ton doimiil un regard ii la situation du (dief de l'Église catholique. » lin France, cet appel ne pouvait nianciucr d'être entendu: cependant, la plupart des catlu)lii|ues s'étant rendu cornple des périls (|ui menaçaient enroi-e le pays, leur patriotisme devait (('Uipérer les [)laiiiles (ju'inspirait leur foi. Quand des sénateurs et des députés allèrent en entretenir le ministre des all'aires étrangères, le duc Decazes se borna à leur répéter dans son cabinet les assurances de « sollicitude sympathique et filiale n, qu'il avait données deux ans auparavant à la tribune, en prenant d'ailleurs grand soin de ne pas oli'enser le gouvernement italien; et, dans le Parlement, il ne fut à cet égard rien demandé de plus. Ailleurs on alla plus loin. A ce moment, malgré que la liberté d'association ne fût pas encore de droit commun, des comités catholiques s'étaient organisés dans divers départements en vertu d'une autorisation administrative donnée en i87i: un congrès catholique se réunissait k Paris sous la présidence de Chesnenelong et, de ces comités, de ce congrès partait une pétition conforme au désir de Pie JX. Elle demandait au Président de la République, aux sénateurs, aux députés « d'employer tous les moyens en leur pouvoir pour faire respecter l'indépendance du Saint-Père », pour assurer la liberté de ses communications avec les chrétiens de tous pays. A coup sûr, dans la pensé(! des pétitionnaires, les « moyens à employer » devaient être pacifiques; et, pas plus "que l'allocution pontificale, le texte de la pétition n'inqjliquait une croisade en faveur du pouvoir temporel. La presse de gauche en France, la presse gouvernementale en Allemagne et en Italie, paraissant obéir à un commun mot d'ordre, n'en accusèrent pas moins les catholiques français de vouloir la guerre. Aucune imputation n'était mieux faite pour les blesser et pour leur nuire : aussi

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la repoussaienl-ils avec une indiofnation unanime. Leur plus ardent et brillant orateur, précéilemment exclu <le la chambre à l'instigation de Gambetla et qui venait d'y rentrer réélu, le comte Albert de Mun, le déclarait : « Si rien au monde ne peut nous empêcher d'aimer le pape, de le dire et de le lui témoigner, nous saurons toujours le faire en tenant compte de la situation de noire pays, nous n'aurons garde d'oublier les devoirs (pie nous impose la misérable condition que d'autres nous ont l'aile. » Et comme, en face de lui, l'odieuse et pernicieuse imputation trouvait écho sur les bancs de la gauche : « Vous n'en croyez pas un mot, » répliquait-il, « non, vous ne pouvez pas nous juger capables d'aussi sacrilèges desseins (i). » Desseins que l'orateur catholique avait en effet un double motif de répudier : car une guerre, rallumée par le pape et pour le pape, si par impossible elle eût éclaté alors, aurait porté le coup le plus funeste au catholicisme en France.

Cependant c'était la fatale conséquence de l'annexion de Rome à l'État italien que les lois intérieures de cet Étal, en ce qui touchait la religion et l'Église, intéressassent les autres peuples et fussent de nature h provoquer leur ingérence. De là, chez les polili(iues italiens, des alarmes et des ombrages dont notre gouvernement prenait souci et qu'il s'attachait sans relâche à dissiper. Quand il connut la pétition qui se colportait, il en interdit la circulation et prononça la dissolution des comités catholiques d'où elle était issue. C'était certes assez pour prévenir ou calmer les suceptibiHtés italiennes. 3Iais aux radicaux français, il fallait autre chose, il leur fallait en France une agitation anticléricale. Une lettre d'évèque leur en fournit le prétexte.

En déférant à l'invitation du Saint-Père, la plupart de

;1) Cliambre des députes. Séance du 4 mai 1877.

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nos évoques s'étaicnl bornés k des manifestations inofrensivcs, la plupart, mais non pas tous. Il y avait alors à Nevers un prélat appartenant à l'école intransigeante, Mi;r (le Ladoue, ancien grand vicaire de 3Igr de Salinis, l'un des chefs de cette école. Pour faire lionneur au clergé du pays qu'il re[)réseiilait, Hathie, étranger aux dissidences antérieures entre catlioliqucs, avait, tandis qu'il était ministre des cultes, tiré l'abbé de Ladoue du diocèse d'Auch ; et Broglic, alors chef du ministère, n'avait point fait obstacle à cette nomination, soit que, dans sa position nouvelle, il ne lui convînt pas de prendre garde aux vieilles querelles, soit que les préventions du Vatican contre les catholiques alors au pouvoir les obligeassent à des clioix qui ne leur agréaient guère. A peine installé, le nouvel évéque. faisant preuve d'une indépendance sans péril pour lui-même, avait organisé parmi ses prêtres des conférences contre le « libéralisme catholique », traité par lui de « secte dangereuse », c'est-à-dire contre l'opinion qu'a\ait professée le premier ministre, et en particulier contre la liberté d'enseignement revendiquée et obtenue à titre de droit commun (1) par son collègue Tévéquc d'Orléans. Deux ans plus tard, ce fut ce même prélat qui pourvut d'un grief les ennemis de l'Église.

Dans une lettre adressée au Maréchal et publiée par f Univers, Mgr de Ladoue l'adjurait de « déclarer nettement qu'il n'acceptait aucune solidarité avec la révolution italienne m, déclaration entraînant, ipie l'évéque s'en aperçût ou non, la rupture des relations diplomatiques avec le gouvernement italien, l-ln même temps il communiqua officiellement cette lettre aux maires et juges de paix de son diocèse, en leur qualité de « dépositaires d'une partie de la puissance executive de la France », et

(1) Circulaire du 30 novembre 1873. Conférences de 1874 résumées par l'évéque lui-même. Nevers, 6 janvier 187i.

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les invita à se concerter avec lui pour « faire prévaloir, dans les divers conseils du pays, des convictions. analogues » aux siennes.

L'empiétement sur Tautorilé civile était flagrant, mais nullement inquiétant. Il n'était pas à craindre que les maires et les juges de paix de la Nièvre vinssent à se soulever à la parole de leur évéque. ^lais la gauclic s'empara de cette parole pour dénoncer les « menées ultramontaines». Elle la joignit à la pétition des cercles catholiques, il quelques excès de langage relevés dans un ou deux mandements, dans deux ou trois journaux. Sur. ce mince fondement, une manière d'accusateur public à la mine et au Ion funèbres, M. Leblond, édifia un réquisitoire interminable, dont Gambetta, par une harangue cnllamméc, tira la conclusion, le lendemain, en mettant en cause l'Église tout entière et en poussant le fameux cri de guerre : a Le cléricalisme, voilà lennemi ! »

Auparavant Jules Simon avait répondu à M. Leblond. Il s'était appliqué, d'ime part, à démontrer qu'en dépit de toute allégation contraire, le pape à Rome « conservait la pleine liberté de sa personne et la pleine indépendance de son jugement ». D'autre part, il s'était prévalu de la satisfaction donnée aux griefs spécieux ou fond(''s de la gauche : la pétition interdite, les comités dissous, la lettre et la démarche de l'évéque de Nevers blâmées et réprimées par le gouvernement. Mais en même temps, ces manifestations qu'il réprouvait et qu'il arrêtait, il avait pris soin de les attribuer à « une infime minorité » : il avait déchargé de toute responsaiiilité « l'immense majorité des catholiques et la majorité du clergé » : d'où l'on devait inférer qu'il n'y avait pas lieu désormais de s'armer ni de sévir contre eux. Ce n'était pas le compte de la gauche, et Gambetta s'était jeté, le lendemain, dans le débat, précisément pour englober dans l'accusation M l'unanimité de l'épiscopat » et, avec lui, prêtres et

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