‹ Souvenirs politiques, 1871-1877Chapitre 2 sur 38 · L'ASSEMBLÉE NATIONALE A BORDEAUX · texte numérisé non relu

L'ASSEMBLÉE NATIONALE A BORDEAUX

mandataires les plus innocents de ses désastres et par là même les plus aptes à le ridover.

Nous le sentions les uns et les autres, en nous rencontrant; après le premier instant de stupeur, nous abordions notre eliVayant labeur avec un zèle qui n'était pas sans espoir.

Deux sentiments parmi nous dominaient tous les autres : le patriotisme^ et la foi

Le ]>atriotisme, avivé par nos mallieurs et non ([('pourvu peut-être dillusions, éclatait pareil sur tous les bancs, de droite à gaucbe. Nous ne pardonnions pas à lermemi sa victoire; nous si2:nions la j)aix, décidés à ne pas la rompre, mais convaincus ([ue, tôt ou tard, de fa(;on ou d'autre, elle se romprait d'elle-même, et nous prétendions pri'paicr la revanciie (1).

Celle soir, cet espoir de revanciie s'est ('teint avec la génération qui s'était senti Fàme décliirée par la mutilation du territoire : une autre génération est venue (jui s'est résignée à la défaite. Reste à savoir si, en renonçant à poursuivre un but qui ne lui semblait pas à sa port(''e. elle n'a pas laissé s'affaisser en elle l'esprit national, l'esprit ([ui soulève un peuple au-dessus des app(''lits et des (]ii('relles vulgaires et le r(Mid capable d'elforts et de sacrilices.

La foi cIuM'tii'Mni'. nnaninic dans la dioilc rovalistc s'(''tciidait l'oi'l au delà, i^cs di'diats où la l'cli^ion se Irou-

(I) M Aulard le constatait WjConiiiK^nt dans son discoois aux Amicales (ie la Somme : •• Apri'S la (.'urrie île 1S70. apics Tinjuslc et odieuse mutilation de la Frant-c, la paix inipos/e, la pai.v contre lo droit no fut subie f)ue comme un armistice, comme un trijve. Toute la France se préparait à la revanciie militaire, et il était fatal au lendemain de nos défaites (|ue le patriotisme fiit guerrier. C'est alor.s que. moi-mémo je proposai au,\ enfants di's écoles, comme devise civique, le mot do Danton : « Toutes nus altercations tuent-elles un Prussien'? »

- Mais peu A peu. le temps fit son office on apais,ant la colère .. L'étahlissemont de ce que nous appelons la paix par le droit, nous l'attendons d'un arbitraire inlernalional plutôt que d'une nouvelle effusion de sang. » (Auriirc. H juillet l'.l04 )

,; SI) uv KM US l'Di.iTinur.s

xait .'Il cause .'laicul ctMix (|iii nous ni(laniiiiaii-nl .•! nous nilliaicnl (liivaulai;u, ceux où, inali-iv des opi.osilions iriv.luclil)lcs, la majorité se forinail plus nombreuse et plus soliilc ; on .levait le voir ,lu coinniencenienl à la lin lie noire carriiTC. Au .Irlml. au plus fort île la lutte contre la Cuinniune. sur la priipositiou de Cazciiove, lies prières puliliiiues élaient léclaïuces par un vote presque unaniuie. Plus tard, a la demande de rarchevècpie (le Paris se proposant de vouer la France au Sacré-Cieur, l'érection d^uie basilique sur la montagne de Montmartre était déclarée d'utilité publique en vertu d'une loi prépari'c sous le gouvernement de M. Tliiers, de concert avec Jules Simon, alors ministre des cultes, et votée ensuite sous le gouvernement du Maréchal sans modification (1). Au terme enfm de nos travaux, les prières solemielles auxquelles nous n'avions cessé, quant à nous, d'être fiilèles cbaque année, nous eûmes à cœur de les perpétuer : par un article de la loi constitutionnelle, le seul issu de l'initiative de droite, mais qu'une majorité désormais séparée de nous sur tout le reste avait adopté, ces prières liu-ent imposées à nos successeurs. Ainsi par des manifestations ])ul)liques, l'Assemblée souveraine attestait la loi natio-

,1) L-li-lise du Sacré-Cœur devait ùlre et a été construite ui.uiuoment avec le produit do souscn|Uions parliculi,Tes, sans aucune subvention de l'État ni de la Ville de l'aris. L'intervention de l'Ktat s est hornec a la déclaration d'utilité publique, destinée à perii.etlre 1 expropriation des rares immeubles pour lesquels l'achat de gré a gré pouvait ne pas

''' Le projet de loi a été voté conformément à la demande adressée par rar.hcvé.iue de l'aris à Jules Simon, alors ministre des culles. le ;. mars 1873 OucUiues députés eussent désiré .[ue la participation des pouvoirs public; à l'œuvre s'aflirmàt d'une façon plus tangible, pnr 1 "f'^'-^'» '>;»'; ^ l texte do la loi du vocable du Saerc-Cu.ur. M. de liolcastel demandait m,-mie que l'article premb-r fut complété par l'ad.lit.on d une formme indiquant que l'iïglise serait construite - pour altiivr sur la Tance, et, en particulier sur la capitale, la miséricorde et la l";'l««"i"';'Y. ';-,",., Ces diverses motions furent écartées, comme relevant do 1 autorité religieuse et non d'une assemblée politique, et l,-i loi fut V"l''e i une grosse marorité : 383 voix contre 146. ( Voy. Uapport de M. Keller, du 11 -uilia 1873, et séance du 24 juillet 1873.)

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iiale, sans porter d'ailleurs atteinte à lalibertc des citoyens.

f^e même esprit l'animait dans son œuvre lég:islative, (|iian(l cette œuvre intéressait la religion ; nous avions alors iMi (|naliti'' de catholi(iues ce qui nous manquait connue royalistes, un chef pour nous gjuider : l'évèquc d'Orléans.

Il était le seul évè(jnc, il l'ut liientùt le seul prêtre qui siéïïceàt parmi nous. Sa noble conduite durant la guerre lui avait valu les suffrages de son diocèse. Il arrivait à r.\sscnil)lée précédé d'une renommée éclatante, en relations avec tous les personnages considérables de son temps, et partout où il paraissait, babitué à tenir uni' grande place. M. Tliiers, dont il avait toujours cullivc l'amitié depuis le jour où il l'avait gagné à la liberté d'enseignement, s'était arrêté cbez lui, au retour de son voyage palriotique à travers riiurope. Le prince de Joinville, qu'il a\ait jadis ^réparé à sa première connnunion, lui avait demandé asile lorsqu'il était venu faire le coup de feu pour la défense d'Orléans et lui devait d'avoir échappé au.v l'russiens victorieu.v. .Vu comte de Ciianibord enfant il avait, à la lin de la Uestauralion. donné' les premières leçons de calécbisme ; et. depuis, d'anm^e en année, son borimiag<' n'avait plus mampié au prince exilé. La maréchale de .Mac-.Mahon recherchait ses conseils. Le duc de IJroglie avait récemment rédigé sous son toit, et de concert avec lui. le manifeste du Corresimiidniit au sujet du concile. \ r.\sseMd)lée, parmi les iionnnes nouvcau.x, il en comptait plus d'un, disposé, comme moi. ii lui scr\ir de confident et d'instrument. On ne le voyait pas toujours à nos séances: souvent, il se retirait dans quelque salle voisine, pour dire son bréviaire et dicter sa correspondance, ou pour conférer avec un ami. .Mais, quand sa présence devenait utile, elle ne faisait jamais défaut: il restait alors assi.s à son banc, sans s'agiter ni se prodiguer, attendant (]u'on l'abordât, et se servant au besoin de l'un ou de l'autre d'entn; nous pour |)orlcr ses mois

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.,1,-P Sa diuiiili''. sa TTSorvo, sa bonno p;ràcc, ses l'i-ards proiiortioiiiH's cl mesurés envers tous ses col- K-^ues assuraient son crédit au moins autant que son éloquence. Klociuence d'ailleurs singulière, et (]ui ne seyait t\uh lui seul : tantôt elle éclatait connue un cri lie rànic, tantôt se déroulait avec une solennité ndigieusc, sur un tout autre ton ([ue celui des débats parlementaires. Kt néanmoins, nulle autre parole n"a, dans ce Parlement, obtenu un égal succès; elle a déterminé plus d'un vote: elle a changé, dans plus d'un scrutin, la majorité prévue d'avance : chose des plus rares, on le sait, dans les assemblées délibérantes. Aussi bien, (>lle ne se faisait jamais entendre que sur les questions (pii intéressaieni l'Ésilise. Non pas (pie Mgr Dnpanloup se prévalût de son caractère ecclésiasli(iue pour professer rindillérence en matière politique. Loin de là, il se rangeait nettement dans les rangs de la droite modérée; son suffrage, en toute occasion, était ac(iuis à la cause monarchique, et, pour la servir, il n'épargnait pas ses démarches. Mais, à la tribune, il paraissait toujours en évéque. Les affaires religieuses étaient son domaine jjropre; et sur ce terrain, dans la poursuite des desseins que son zèle avait conçus, il déployait une activité discrète, mais infatigable, recherchait tous les concours, ne reculait devant aucun

obstacle.

A l'intérieur de l'.Vssemblée, l'asccndanl de l'évéciue d'Orléans était donc unique et incontesté. Par malheur, ii n'en était pas de même au deiiors. Parmi les catholiques, la fraction extrême et violente. l'Univen. ne lui panlonnait pas ses attaques. Son attitude au Concile lui avait aliéné beaucoup de prêtres et de fidèles, d surtout la cour de Rome, où Pic L\, d'ailleurs, tout eii rendant plus d'une fois hommage à ses services, ne l'avait au fond jamais goûté. Quand il montait à la tribune pour revendiquer les droits de l'Église dans la société moderne

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