‹ Souvenirs politiques, 1871-1877Chapitre 3 sur 38 · L'ASSEMBLÉE NATIONALE A BORDEAUX · texte numérisé non relu

L'ASSEMBLÉE NATIONALE A BORDEAUX

de faron à se. faire écouter de cette société, il encourait les récriminations des journaux faisant profession de di'-fendre l'Église, il avait à redouter un désaveu du Vatican, et devait sans cesse se redire à lui-même le Foris liiiqiiir. intux timorés de l'Écriture.

,Ie touche ici à l'écuoil oii nous devions nous briser. L"échec des causes qui nous étaient clières est venu lieaiicoup plus de leurs représentants et de leurs partisans i|iic de leurs adversaires. Catliolicpies, nous avons été comproniis dès le début par les imprudences des évêques, desservis par les e.xcès de la presse cléricale, qui ell'aroucliait l'opinion publique contre l'Église et s'acbarnait à iliscréditrr dans les rangs fidèles les hommes les plus capables de la servir; à Home, enfin, le Pape ne nous a jamais témoigné confiance. Royalistes, nous n'avons pas élé plus heureux; nous n'avons pu faire accepter au roi la couronne. De là tant de mécomptes que ne signalera (pie liop la suite de ce récit.

Pourtant, si les desseins que nous formions pour l'avenir lie la France ne se sont pas accomplis, ce n'est [loinl pour ce seul motif. 11 y avait dans l'Assemblée elle-même un principe de faiblessi' (]u"au début nous n'avons pas su discerner, (jue, plus tard, dans le feu de l'action, nous avons pu nous dissimuler, mais que, dans la retraite définilive oii nous avons été relégués, nous ne saurions plus niécomiaîlre. Cette faiblesse de l'.Vssemblée tenait à son nriL:ine même. Elle était issue de l'élection la plus sincère et la plus sponlaiiiT qui fui jamais: et cependant elle n'était pas l'image exacte du peuple <pii lavait élue : elle valait, j'ose le dire, mieux que lui. Sous le ciim|i d'ini péril de mort, l'instinct de conservation avait refoule en ce peuple tout autre sentiment; et, pour être sauvé, il s'était donné aux hommes les plus exempts de ses préjugés cl de ses passions habituelles. Mais une fois le péril l'carté. il revint aux errements momenlain'mciil

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iihaiiiloiincs. se iltMaclia ilo ses ('lus ol nous laissa sans appui.

A li'iiafd (K' la rt'iii;ion, deux niouvcnioiiih contraints s'éliiicnt (lispul('' jns(|u"alors noire teni[)s et notre pays. Une renaissance i'elii;ieus{^ |iarnii les niaîlres(l(! la jjcnséo française avait niar(|U('' la pi-cinirrc nmilié du siècle et préparé des générations croyantes. Mais ensuite l'esprit public -s'était retourné. Nous étions à l'Assemblée nationale les derniers lu-ritiers de ceux qui avaient cbcrcht'! et lrmi\('' dans la liherti' ini soutien poui' la loi, tandis (pie, derrièri! nous, sous le second Empire, d'autres axaient grandi, qui s'étaient diMlommagé de la contrainte politique en secouant tout frein religieux. Ainsi se forma autour de l'Assemblée, à l'encontre de nos sentiments et de nos doctrines, une opinion qui, pour être redressée, aurait eu besoin d'être ménagée. Tout au contraire, les organes du clergé ne cessaient de l'irriter comme à plaisir. .\ussi à peine eûmes-nous disparu qu'une réaction contre l'Iliglise et conli't^ Dieu se déclara qui dure encore. Nous étions plus cliréticns (]ue la nation.

En matière politique, cette difl'érence entre la nation cl ses représentants était encore plus sensible : nous étions royalistes, et elle ne l'était pas. C'était déjà merveille cpie, (|uatrc-vingts ans après la Révolution qui l'avait ren- \ersée, quarante ans après sa restauration épliém("'r(% parmi des générations (|ui ne l'avaient jamais vue debout, la i()\autc légitime eùl encore un parti. Pour que ce paiii semblât j)rès de I Cniportei', il a\ait fallu des calastioidies inouies; et. si b; roi eût consenti à recevoir la couromie aux seules conditions aux(|ueiles nous jiouxions l'ollVir. si le roi eût acccqtté le pcu[)le tel (|u"il était, avec son drapeau, le |)euple aussi eût accepté le roi. .Mais d'avanc<! il ne le di-sirait pas, il l'ignorait ou même était prévenu contre lui l'ciur (|ue la l'oyauté recouvrât son prestige, il fallait d abord (]u'elle fût rétablie. La nation a\ait attendu

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